Église catholique en Brabant wallon

Archidiocèse de Malines-Bruxelles (Belgique)

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Mercredi des Cendres … en route pour le carême !

Une façon de vivre le  mercredi des Cendres est de prêter attention aux lectures proposées par la liturgie. Pour vous y aider, nous avons choisi pour vous un commentaire de ces lectures pour vous permettre d’entrer dans la profondeur des Écritures. Nous remercions la revue Feu Nouveau[1] qui nous permet de publier l’article d’Édouard Cothenet[2].

Le lectionnaire du carême a pour but de jalonner les étapes de la préparation des catéchumènes au baptême pendant la nuit pascale. L’année A se caractérise par la lecture de 3 textes johanniques majeurs : l’appel de la Samaritaine «Si tu savais le don de Dieu »,- la guérison de l’aveugle-né qui se caractérise par le cheminement de foi du miraculé malgré l’opposition des autorités, – la résurrection de Lazare, après la profession de foi de Marthe. Pour tous les fidèles, cette période doit inviter à revivre la foi de leur baptême, avec un effort de générosité en faveur de tous les malheureux.

En raison de son rite très expressif, la liturgie des Cendres connait souvent une belle affluence dans nos paroisses. La formulation ancienne « Souviens-toi, ô homme, que tu retourneras en poussière » était axée sur la préparation à la mort. À notre époque où la mort tend à devenir un sujet tabou, on ne saurait perdre de vue cette perspective. Cependant, la formule : « Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » a l’avantage de mettre en relief la nécessité de la foi pour participer à la résurrection du Christ.

Première lecture (Joël) : Solennel appel à la pénitence

Une invasion de sauterelles a dévasté le pays et provoque la famine. La tragique description qu’en fait le prophète doit nous rendre sensibles à ce fléau qui frappe périodiquement les pays du Sahel.

Un jeûne communautaire

« Revenez à moi de tout votre cœur », dit le Seigneur, tel est le mot décisif. Faire volte-face, c’est le signe d’une conversion sincère chez celui qui s’est aventuré sur des chemins sans issue. Il lui faut retrouver la route de la fidélité à ce Dieu qui, après le drame du veau d’or, s’est révélé comme tendre et miséricordieux (Ex 34,6).

Tous sont concernés pour une démarche marquée par des gestes spectaculaires, comme de se déchirer les vêtements. Serait-ce le principal ?

La supplication

Comme Moïse jadis, le prophète invite Dieu à se convertir lui-même en mettant fin à sa colère, et à prendre soin de son honneur, mis en cause par la détresse de son peuple. Plaidoyer à bien entendre : c’est nous qui devons retrouver la confiance en la miséricorde restauratrice de Dieu.

Le psaume de pénitence (50)

Le plus expressif des psaumes de ce genre, le Ps 50, est attribué à David, après son adultère avec Bethsabée et le meurtre d’Urie, meurtre évoqué par le sang versé du v.16. En réalité, ce Psaume a été écrit au temps de l’exil, en écho aux oracles de Jérémie et d’Ezékiel.

Les quelques versets retenus par le lectionnaire permettent d’établir un itinéraire de conversion. D’abord un appel au secours : « Pitié pour moi », puis la confiance en la fidélité (hésed) de Dieu qui, malgré la faute, maintient l’alliance, enfin la tendresse compatissante du Seigneur. L’aveu s’exprime en trois termes qui évoquent la souillure de la faute et la révolte contre Dieu. La formule «Contre toi seul, j’ai péché» oublierait-elle la victime ?

 

La notion de péché.

Le terme le plus usuel hamartia recouvre plusieurs nuances qu’il est important de distinguer. C’est un échec, comme celui du tireur qui rate son but. C’est un poids qui écrase, le sentiment de culpabilité. C’est une rébellion comme celle des sujets qui se révoltent contre l’autorité. Les traducteurs sont donc embarrassés dans leur choix. Saint Jérôme a utilisé iniquitas et peccatum. La TOB : forfait, torts, faute.

Pour nous, c’est l’occasion de réfléchir à la différence entre la faute morale et le péché. Un homme droit a conscience de ses fautes et de la nécessité éventuelle de réparer. Au sens religieux, le péché est une atteinte à la bonté de Dieu qui a donné ses commandements pour le bien de l’humanité. C’est à retrouver ce sens authentique du péché que nous invite le carême.

Crée en moi un cœur pur.

C’est la reprise de la prophétie de Jérémie sur la nouvelle Alliance : « J’inscrirai ma Loi sur leur cœur » (Jr 31, 33) et aussi d’Ezéchiel « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau.» (Ez 36, 26). Cet Esprit, c’est celui de l’homme et en même temps cet Esprit divin qui guide sur les chemins de la justice

 

Deuxième lecture (2 Corinthiens 5) : Appel à la réconciliation

Pour une grande part, cette lettre contient une explication tendue entre Paul et les Corinthiens qui se sont détachés de lui en raison de prédicateurs étrangers.

Dans cette péroraison, Paul fait usage du thème politique de la réconciliation en martelant le verbe (5 fois). Comme un ambassadeur, il est mandaté par Dieu pour cette charge. De la sorte, c’est Dieu lui-même qui par son Apôtre supplie les Corinthiens d’accepter l’offre de paix. À la différence d’un pardon unilatéral, la réconciliation exige la participation des deux partenaires. Les Corinthiens entendront-ils l’appel de Dieu et de Paul ?

Le Christ fait péché pour nous ?

Une phrase a fait couler beaucoup d’encre : « Dieu a fait péché celui qui n’avait pas connu le péché ». Chargé de nos péchés, le Christ endurerait-il la juste colère du Père ? Terrible représentation qui a eu cours pendant plusieurs siècles !

Il faut reconnaître ici un raccourci comme en Galates 3, 13: le Christ fait malédiction pour nous libérer de la malédiction entraînée par nos fautes. Surprenant échange : le Christ prend notre péché, notre malédiction pour nous obtenir la justice de Dieu, pour que nous devenions « une nouvelle créature » (2 Co 5, 17).

Évangile  (Matthieu 6, 1….18) : Pour devenir des justes

Dans le Sermon sur la Montagne, charte du Royaume, Jésus se présente comme venu non pour abolir, mais pour accomplir la Loi et les Prophètes (Mt 5, 17). Une série de 6 antithèses montre en quel sens Jésus spiritualise et universalise les préceptes de la Loi afin que nous devenions parfaits comme le Père céleste (5, 48). Rien que cela !

Dans un second temps, Jésus envisage trois pratiques de la religion juive l’aumône, la prière, le jeûne. Littérairement, trois strophes se correspondent avec le refrain  « ton Père qui voit dans le secret te le rendra ». Bons exemples du style oratoire de Jésus.

L’aumône. Ici, Jésus ne demande pas de vendre ses biens pour les distribuer aux pauvres, mais de leur apporter un secours. L’opposition caractéristique au secret est celle du paraître. Qu’est-ce qui compte : l’opinion des hommes ou le jugement de Dieu ? Une question bien actuelle en notre temps où le « look » compte tant !

Une scène de l’évangile éclaire l’exhortation à une discrétion telle que la main gauche ignore ce que fait la main droite. C’est l’histoire de la pauvre veuve qui glisse deux piécettes dans les troncs en forme de trompettes destinés à recueillir au Temple les offrandes des pèlerins. Qui l’a remarquée, qui a entendu le bruit des piécettes ? Jésus seul qui déclare : elle a mis plus que tous, sa propre vie (Mc 12, 43s).

La prière. Ici Jésus fait part de son expérience, lui qui se retirait dès le petit matin pour prier le Père (Mc 1, 35). Ce qui compte, ce n’est pas l’accumulation des paroles, comme s’il fallait par-là attirer l’attention de Dieu, mais la confiance dans la bonté du Père qui sait de quoi nous avons besoin (Mt 7, 7-11).

C’est dans ce contexte que Mt a placé le « Pater », modèle insurpassable de la prière chrétienne. Tout est dit en quelques mots (Mt 6, 9-13), des mots que l’on ne doit cesser d’intérioriser : « que ton Règne vienne !»

La 3e strophe concerne le jeûne. Il n’était prescrit par la Loi que le Jour des Expiations (Lv 16), une fois par an. Lors de calamités comme l’invasion des sauterelles, il pouvait être prescrit (1ère lecture). Les pharisiens le pratiquaient par dévotion, comme ce pharisien de la parabole : « Je jeûne deux fois par semaine » (Lc 18, 17). Satisfait de sa prestation, il méprise son prochain. Est-ce le jeûne qui plairait à Dieu ? Déjà un prophète (Is 58) déclarait que le jeûne véritable, c’est la cessation de toute violence dans les affaires. Les applications ne manquent pas en ce temps de carême.

 

Le jeûne et l’aumône selon saint Léon le Grand

Rien n’est plus profitable que de joindre aux jeûnes spirituels et religieux la pratique de l’aumône ; sous le nom de miséricorde, elle englobe beaucoup d’actions de bonté qui méritent l’éloge, et c’est ainsi que les âmes de tous les croyants peuvent se rejoindre dans un même mérite, malgré l’inégalité de leurs ressources.

Homélie de carême VI, 3, 5

 

 

Service de la Liturgie

 

[1] Feu Nouveau 66/2, pp.51-56)

[2] Édouard Cothenet, Prêtre du diocèse de Bourges et professeur honoraire de l’Institut catholique de Paris