Église catholique en Brabant wallon

Archidiocèse de Malines-Bruxelles (Belgique)

Église catholique en Brabant wallon

 

Être une Église au milieu du monde

Homélie de Mgr Jean-Luc Hudsyn

Pour le 22ème dimanche (Année B)

Pro Petri Sede – Rixensart, le 29 août 2021

« Les pharisiens, nous dit S. Marc, se lavent toujours soigneusement les mains ; rentrant du marché, ils s’aspergent d’eau ; ils multiplient lavages de coupes, de carafes et de plats »… On pourrait comprendre qu’ils le fassent en temps de Covid… mais pour eux c’est un état d’esprit permanent, c’est même une façon de comprendre le monde qui les entoure. Pourquoi un tel acharnement à se purifier ? à se laver de toute souillure quand ils sont au contact du monde ? Pourquoi cela prend-il tant de place ?

La raison en est évidente : si ces rites de purification sont si essentiels c’est parce que le monde qui les environne n’est que souillure et impureté. Pour eux le monde se divise en deux : il y a eux et il y a les autres. Le monde de la pureté et celui de l’impureté. Le monde des parfaits qui est le leur, et le monde des pécheurs qui est celui des autres : comment ne pas être dès lors sur la défensive, se préserver, et tenir ce monde et ces gens à distance.

Le problème c’est que cette façon de comprendre leur perfection, leur supériorité morale, eux qui sont du côté de Dieu, leur fait dresser des murs, tracer des frontières, pour ne pas être contaminés par tous ces païens, ces étrangers et aussi tant de malades, les publicains, les femmes dites douteuses… Or, justement, voilà que ce sont vers tant de ces hommes et de ces femmes que Jésus allait. Il les fréquentait, franchissant comme si de rien n’était ces frontières de la bienséance et de la bien-croyance. Pire encore, ne voyait-on pas régulièrement Jésus s’émerveiller de ce que « ces gens-là » pouvaient vivre au plus profond d’eux-mêmes, qu’ils soient lépreux, aveugles de naissance, paralysés, samaritaines, centurions romains, et même une certaine cananéenne, ce peuple honni… Pour Jésus, c’était très clair : l’impureté vient du dedans, le pur et l’impur cela se joue dans notre cœur où le bon grain et l’ivraie s’entremêlent. Il savait que la grâce et le péché se trouvent souvent mêlés en chacun de nous et que la frontière entre le bien et le mal, le pur et l’impur ne passe pas entre les gens mais qu’elle passe en chacun, dans notre propre cœur.

Evidemment avec la vision qui est la leur, avec ce sentiment qu’ils sont du bon côté, celui des purs et des parfaits, on comprend que l’évangile de Luc dise des pharisiens qu’ils étaient « convaincus d’être des justes et que – du coup – ils méprisaient les autres » (Lc 18,9). C’est le risque quand on se croit du côté des purs : on se compare, on regarde les autres de haut, on pratique volontiers l’intransigeance, on a l’exclusion et le jugement facile… Bref, le contraire des façons de voir et des manières d’être de Jésus… Il porte sur l’autre quel qu’il soit, un regard qui cherche à discerner en lui ce qu’il vit déjà de bon, de beau et de vrai. Aussi, il ne craint pas d’appeler à lui Matthieu le publicain ; il s’invite à dîner chez son confrère Zachée. Il sait ce qu’il en est de Marie-Madeleine. Il est comme cela…

Cet Evangile ne nous parle pas des autres… : il nous invite nous à nous convertir face à des tentations qui peuvent être nôtres. Il nous appelle, par exemple, à convertir notre regard sur l’autre, sur ce monde sécularisé qui nous entoure, sur ceux qui ne partagent pas notre foi, qui ont pris leur distance : comment discerner en eux ce qui faisait dire à Jésus à ce scribe : « Tu n’es pas loin du Royaume des cieux » ? Comment discerner dans le non-semblable ce que Vatican II appelait ces « semences du Verbe » : ces fruits du Royaume déjà en germe en eux et dont il nous faut prendre soin.

Reconnaître que nombre de nos contemporains qui ne sont pas de nos enclos, cherchent le vrai ; luttent pour le bien, pour la justice ; cherchent à exorciser les démons qui défigurent l’humain, qui détruisent la création. Reconnaître la solidarité, la fraternité généreuse dont ils sont capables comme on a pu le voir lors de ces inondations ravageuses que nous venons de connaître.

Reconnaître dans ceux qui ne fréquentent pas ou peu nos assemblées, que certains n’en pratiquent pas moins de multiples facettes de l’Evangile. Et sans doute parmi eux, nombre de vos enfants ou de vos petits-enfants… Reconnaître en eux cette présence secrète de l’Esprit à l’œuvre. Avoir cette attitude qu’on voit dans le Christ faite d’attention à l’autre, de compassion, de souci de croire en une rencontre toujours possible quels que soient nos désaccords, nos différences et parfois nos conflits.

Votre désir au sein de votre association c’est de soutenir le successeur de Pierre dans ses œuvres pastorales et missionnaires. Vous aurez reconnu combien cet Evangile est en résonnance avec les accents vigoureux que le pape François veut donner à notre Eglise. Le soutenir, c’est aussi entrer dans cette façon-là de faire Eglise : être une Eglise en sortie comme il le dit : une Eglise fraternelle, solidaire, en dialogue. Cela n’empêche pas de rester ferme dans le discernement et dans le combat contre le mal. S. Jacques nous invitait à nous garder sans tache au milieu du monde : il s’agit donc bien d’être sans tache, d’avoir un cœur pur mais : « au milieu du monde ». Il ne dit pas : à côté du monde ou en surplombant le monde. Etre une Eglise attentive et fraternelle pour tous ceux dont le Christ était proche.

+ Jean-Luc Hudsyn

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