Église catholique en Brabant wallon

Archidiocèse de Malines-Bruxelles (Belgique)

Église catholique en Brabant wallon

 

Merci pour vos colis de Noël – Témoignage d’un détenu

Ce mail pour vous souhaiter à tous une très bonne année pleine de santé et d’espérance.

L’aumônerie catholique de Nivelles, en ma personne et au nom de toutes les personnes détenues, remercie infiniment toutes les personnes qui ont pensé à nous à travers leurs dons (en temps, en prières, en nature et financièrement…).

Un tout grand merci pour eux !

Vous trouverez ci-dessous un texte écrit par une personne détenue, relatant son ressenti en ces temps de confinement (récit de Noël).

Cordialement,

Annie-Eve OUATTARA
aumônier à la prison de Nivelles


Un Noël en prison

Ce soir, je ne sais pas qui de nous est le mieux loti, emprisonné seul, en duo, en trio, en quatuor… dans une pièce beaucoup trop petite pour vivre décemment. Dans un lieu où tout nous rappelle qu’on est puni pour des actes, des fautes commises, à tort ou à raison… nous sommes condamnés à payer à la société nos erreurs sans sursis.

Nous sommes étiquetés « déchets de l’Humanité » à juste raison, … peut-être ?!   Là n’est pas la question de ce jour.

Ce soir, je me sens sale et plus seul encore que les autres jours. Tout le monde m’a rejeté, je n’ai plus personne. Je les comprends, même moi, je ne m’aime pas. J’ai éteint la lumière blafarde, coupé le chauffage pour avoir froid dans le noir et ainsi rejoindre ma tristesse, mon désarroi, mon impuissance face à ma déchéance.

Pourquoi ? Mais pourquoi me suis-je mis dans ces sales draps ?

La question me hante, m’empêche de dormir là où d’autres dorment tranquilles dans leur liberté. Je veille du crépuscule au lever du soleil et puis m’endors dans la misère des bruits et des cris de rage de tous ces gens, ici,  comme moi en cage. On a beau se dire : Un jour viendra où tout ira mieux ! En attendant, on est loin d’être heureux, enfermés, gardés comme des chiens dangereux dont on s’occupe peu. Et pourtant, il faudra bien s’en sortir si on veut pouvoir vivre mieux.

Sur mes joues, je sens courir des larmes chaudes de désespoir. J’ai beau vouloir les empêcher, ce soir elles sont à fleur de peau.

J’en ai MARRE, MARRE, MARRE, MARRE …….. !!!!!

Je veux sortir, me prendre en main et partir loin de ce coin détestable où je ne suis plus que l’ombre de moi. Je pense sapin, guirlandes, lumières étincelantes, chants et chaleur humaine pour nourrir d’amour mon cœur, demander pardon, et pardon encore à tous et à la lumière du jour que je fuis chaque matin, et puis affronter la vie et mon destin sur un autre chemin.

Tout en voulant chasser ces pensées, je sens en moi naître un sourire, une lueur d’espoir me pousse même à rire, j’en attrape un fou rire qui me soulage, me réchauffe et me donne espoir, courage.

Au même moment, dans la cellule voisine, une voix s’élève, un chant naît. J’en perçois les paroles que d’autres plus loin reprennent en chœur. Même les agents de nuit dans les couloirs s’y sont mis. C’est un chant de Noël que je rejoins au refrain. La prison en vibre, les murs ouvrent leur cœur.

Oh douce nuit, oh sainte nuit, sois-moi magique. Donne-moi de ton essence et de la puissance pour réussir à m’en sortir et ne plus jamais revenir ici. Aide-moi à devenir raisonnable et respectueux.

Donne-moi, SVP, de l’amour, je t’offre le mien. Fais-en ce que tu peux !!

Anonymement vôtre
30/11/2020