Cette semaine, nous vous proposons de partir à la découverte de Sainte Gertrude et de Sainte Marie d’Oignies. Comme pour toutes les saintes de la série, retrouvez-ici notre petit itinéraire de balade pour marcher sur leurs pas.
Il y a de très fortes chances que vous connaissiez déjà Sainte Gertrude. Surtout si vous habitez Nivelles, ou le Brabant wallon. Cette grande sainte du 7ème siècle a fortement marqué la région par sa vie. Les Brabançons lui vouent un grand attachement. En témoigne le Tour Sainte-Gertrude.
Mais à Nivelles, il y a aussi Sainte Marie. De Nivelles ou d’Oignies, c’est selon. Ayant vécu quelques siècles plus tard, elle est un bel exemple de vie évangélique. Elle privilégie en effet l’intimité avec Dieu et le lien avec les plus pauvres.
Voyons voir ce que la vie de sainte Gertrude et de sainte Marie d’Oignies nous indique pour aujourd’hui. Puis nous découvrirons en détail qui elles sont.
Ce que Gertrude et Marie nous proposent aujourd’hui
Sainte Gertrude et sainte Marie sont, comme les autres saintes proposées dans notre série d’été, enracinées en Dieu. C’est ce qui anime et oriente toute leur vie. Que ce soit dans la vie religieuse pour Gertrude ou dans le mariage pour Marie.
Toutes deux nous invitent aussi à prendre soin des exclus et des personnes laissées pour compte. Il s’agit d’appliquer ici ce que demande l’évangile. Dans notre société où de plus en plus de personnes sont en difficulté : burnout, séparation familiale, éloignement de la famille… Pourquoi ne pas s’inspirer de Gertrude et Marie et tisser des liens avec elles ?
Dernière chose. Sainte Gertrude arpentait les terres de l’abbaye à pied, ou avec une charrette. Ces trajets prenaient plus de temps qu’actuellement, où nous roulons souvent en voiture. Pourrions-nous y voir une invitation à nous déplacer de manière plus douce ? Réintroduire de la lenteur dans nos vies, c’est aussi prendre le temps d’observer et de s’émerveiller. De se reconnecter au rythme de la nature et de nos corps. Une bonne antidote à l’épuisement généré par nos modes de vie ultra-connectés, ou tout doit être comptabilisé, rentabilisé.
Qui est Sainte Gertrude ?
Née au 7ème siècle, a priori près de Landen (Brabant flamand), Gertrude est la fille de Pépin de Landen (grand-père du futur Charlemagne) et d’Itte. La famille possède un grand domaine, qui s’étend jusque Nivelles. Nous sommes au temps de la christianisation de la Gaule du Nord, actuelle Belgique.
Sainte Gertrude, dès ses 12-13 ans, sait qu’elle souhaite consacrer sa vie à Dieu. A la mort de Pépin, Itte, sur les conseils de Saint Amand, évêque annonçant le Christ dans la région, décide de transformer le château familial de Nivelles en abbaye. Elle soustrait ainsi le domaine dont elle a hérité aux envies des seigneurs alentours. Elle permet aussi à sa fille de suivre sa vocation.
Itte nomme sa fille Gertrude première abbesse de l’abbaye de Nivelles. Bientôt, d’autres jeunes femmes se joignent à elles pour une vie de prière, d’étude des Ecritures et de charité pour les plus pauvres.
Gertrude meurt à 33 ans le 17 mars 659. Elle est enterrée dans l’église de l’abbaye, l’église Saint-Pierre. On sait peu de choses de la vie de Sainte Gertrude. Cependant, il semble qu’elle ait, déjà du temps de son vivant, attiré les foules. A sa mort, nombreux sont ceux qui viennent lui demander des grâces sur sa tombe.
Postérité
D’abord vénérée par les habitants de la région, le culte de sainte Gertrude se répandit rapidement dans toute l’Europe et fut officiellement reconnu par une bulle pontificale du pape Honorius II en 1219.
Son tombeau, devenant un lieu d’attraction de grandes foules, justifia la construction d’églises de plus en plus grandes pour aboutir à la prestigieuse collégiale actuelle.
Des églises et chapelles lui sont dédiées partout, depuis la Norvège jusqu’en Espagne : on dénombre plus de mille lieux de culte. Il existe ainsi un lien très fort entre la paroisse Sainte-Gertrude de Wattenscheid en Allemagne avec la paroisse de la Collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles.
Enfin, le Tour Sainte-Gertrude imite tous les ans les visites que faisaient Dame Gertrude sur les terres de l’abbaye. Ainsi, chaque année, ce sont entre quatre et six mille pèlerins qui se mettent en route à la suite du char portant les reliques de la sainte. Dès 7h du matin, les pèlerins font le tour du territoire nivellois (environ 17km), priant en divers haltes. La fréquentation du Tour Sainte-Gertrude est un témoignage fort de l’attachement des Nivellois à la sainte patronne de leur ville.
Ce que dit la légende à propos de sainte Gertrude
Plusieurs miracles sont attribués à la sainte. Déjà de son vivant, on raconte qu’elle eut une vision de là où étaient enterré saint Feuillen et ses compagnons. En effet, ceux-ci, moines à l’abbaye voisin de Fosses étaient venus rendre visite à Gertrude. Sur le chemin du retour, ils sont attirés dans un guet-apens et assassinés. Ne les voyant pas revenir, les moines de Fosses partent à la recherche. Sur les indications de Gertrude, ils retrouvent les corps des moines assassinés.
Les textes rapportent en outre de nombreux miracles entre la mort de Gertrude et le IXème siècle. La troisième abbesse de l’abbaye reçut une apparition de sainte Gertrude demandant que son lit de mort soit transporté dans l’église. Les personnes le touchant s’en trouvaient guéries.
Sainte Gertrude est aussi connue pour apporter son aide aux marins en danger et son attention pour les étrangers. Elle est ainsi petit à petit devenu patronne des voyageurs. C’est pourquoi on retrouve beaucoup de chapelles Sainte-Gertrude dans les ports de la mer Baltique notamment.
Enfin, on représente souvent sainte Gertrude avec des rongeurs. Les divers écrits relatant sa vie n’en disent pourtant rien. D’où viennent donc ces rongeurs ? Serait-ce d’un miracle de sainte Gertrude qui aurait protégé les cultures d’une invasion de rongeurs.
Qui est sainte Marie d’Oignies ?
Au niveau strictement historique, nous connaissons peu de choses sur la vie de Marie d’Oignies. La principale source d’information est une vie rédigée deux ans après sa mort par Jacques de Vitry, un théologien parisien qui séjourna quelques années à Oignies. Un supplément à cette biographie a été écrit en 1230 par le dominicain Thomas de Cantimpré.
Marie est née en 1177 dans une famille aisée de Nivelles. A 14 ans ses parents la marient à Jean, présenté comme un jeune homme de bonne famille. Le frère de Jean, Guidon, est prêtre, il devient le conseiller spirituel du couple. Peu de temps après le mariage, que les conjoints ne consommeront jamais, ils vont s’installer à Willambroux où pendant 16 ans, ils se dévouent au service des pauvres, en particulier des lépreux.
En 1207, Marie quitte Willambroux et rejoint une petite communauté de femmes installée à proximité d’un prieuré de chanoines augustiniens à Oignies. C’est là qu’elle rencontre Jacques de Vitry qui deviendra son confesseur. Elle meurt à l’âge de 36 ans, le 23 juin 1213 et est inhumée au prieuré d’Oignies.
Le contexte historique de sainte Marie d'Oignies
Une grande ferveur
Les 12e et 13e siècles en Occident sont marqués par des mouvements de grande ferveur religieuse dans le peuple chrétien. On voit naître des groupes de laïcs, hommes et femmes, qui cherchent à vivre une vie évangélique.
Certains groupes ne seront pas à l’abri de dérives[1] et pour lutter contre celles-ci, un prêtre, Dominique (1170-1221) se décide à fonder une communauté de prédicateurs, les dominicains. La lutte contre l’enrichissement de l’Église amène un laïc, François d’Assise (1182-1226) à inaugurer une nouvelle forme de vie avec des religieux qui ne possèdent rien (les « mendiants ») et qui parcourent les routes pour évangéliser les villes.
[1] Tels les Vaudois en Italie, les Cathares (appelés aussi Albigeois) dans le sud de la France.
En Belgique, des femmes pieuses
En Belgique, un mouvement de vie spirituelle intense s’épanouit, surtout dans le monde féminin. Dans le prologue de la vie de Marie d’Oignies, Jacques de Vitry brosse un magnifique tableau de ces femmes pieuses[1] du Brabant et du pays de Liège : des femmes qui se sanctifient dans l’état de mariage, des célibataires et des veuves qui renoncent aux richesses de leur famille et mènent dans la prière, le jeûne, l’ascèse, une vie d’union au Christ pauvre, humble et souffrant.
Elles travaillent de leurs mains, se mettent au service des démunis. La Parole de Dieu est leur source d’inspiration. Quand l’évêque de Toulouse arrive dans nos régions, il déclare « avoir trouvé la terre promise dans le diocèse de Liège ».
[1] « mulieres religiosae »
Naissance des béguines
Comme l’état des mœurs à l’époque fait du célibat une situation fort précaire, les femmes qui n’appartiennent pas à un ordre religieux se regroupent ; certaines vivent en ermites, près d’une église. Parmi elles, Marie d’Oignies, Yvette de Huy, Eve de Saint-Martin (Liège), Julienne de Cornillon.
Ces femmes furent souvent soupçonnées et parfois persécutées par la hiérarchie de l’Église : on leur donna le surnom de « béguines », ce qui signifie hérétiques. Ce mouvement de spiritualité n’aurait pas connu un tel développement s’il n’avait pas trouvé sollicitude et appui auprès des cisterciens et d’ecclésiastiques importants comme Jacques de Vitry.
Ce théologien est fasciné par la profondeur spirituelle de Marie d’Oignies, il quitte les cercles intellectuels de Paris, entre au prieuré d’Oignies et devient le confesseur de Marie. Il avouera que c’était lui le disciple et Marie son maître spirituel.
Marie lui indique en effet un autre chemin que celui des spéculations de la philosophie et de la théologie : une connaissance par le cœur des mystères de la foi et une grande dévotion à l’humanité du Christ, dévotion diffusée par saint Bernard (1090-1150).
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Pour aller plus loin
Bibliographie
- COLLET, Emmanuel, Sainte Gertrude de Nivelles, culte, histoire et tradition, Comité de Sainte Gertrude, 1985
- PETIAU, sœur Marie-Catherine, Bienheureuse Marie d’Oignies, intervention pour des confirmands à Nivelles, le 23 juin 2019
- DEDOYARD, Eugène, Sainte Marie de Nivelles, dite d’Oignies – 800ème anniversaire de sa mort, Editions : Initiatives culturelles et artistiques, Revue de la vie nivelloise Rif tout dju, juin 2013







