Église catholique en Brabant wallon

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Choisir la transition. Des idées aux actes : RivEspérance 2021

Transition, effondrement, métamorphose, basculement, conversion… Que de mots pour nommer le changement radical en cours. Les 8 et 9 octobre derniers, malgré les règles sanitaires et la surcharge de ce trimestre de reprise, 800 personnes environ, de tous âges, ont participé, avec un an de retard, à la 5e édition de RivEspérance, à l’Aula Magna de Louvain-la-Neuve.

L’entraide, l’autre loi de la jungle

Le vendredi soir, Gauthier Chapelle a ouvert le forum. Il a montré notamment comment la nature a beaucoup à nous apprendre à propos du développement durable et de la société post-pétrole. Avec bien d’autres, ce « naturaliste », comme il se présente, cherche à imaginer une autre culture. Habitant le Condroz namurois, il y vit dans la simplicité, à contre-courant d’une croissance aveugle. Ingénieur agronome et docteur en biologie, il est notamment l’auteur, avec Pablo Servigne, de L’Entraide. L’autre loi de la jungle (LLL 2017) et a coécrit, avec le même et Raphaël Stevens : Une autre fin du monde est possible (Seuil 2018). Tous trois sont attentifs aux changements systémiques en cours. Ils souhaitent vivre l’effondrement et pas seulement y survivre, selon le sous-titre du livre. Ils ont popularisé le mot « collapsologie », qui n’annonce pas la fin du monde, mais d’un monde.

Sur fond d’inquiétude régnante, ce docteur en biologie a rappelé que l’espérance peut aussi faire partie de la lucidité et invité à être ces bâtisseurs de cathédrales, qui ne verront peut-être pas la fin de l’édifice, mais qui trouvent leur joie à construire ensemble, à inventer un monde nouveau dans une communion de sujets, féminins et masculins, et non à coloniser l’avenir.

Quatre regards, une même espérance

Le lendemain, quatre approches différentes de la transition ont dialogué. Symboliquement, au pied des orateurs, il y avait une cruche d’eau de la ville et un gobelet carton.

Etienne de Callataÿ, économiste très connu des Belges, a montré qu’il y avait des raisons économiques sérieuses de ne pas rester immobiles. L’inaction face à l’urgence climatique coûtera en effet bien plus cher. Mais c’est d’abord en termes de valeurs qu’il a réfléchi. Et d’inviter chacun à être propagandiste de l’une ou l’autre pratique écologique et à être sélectif dans ses achats.

Elena Lasida, professeure à l’Institut catholique de Paris, a préféré le mot « métamorphose ». De la chenille au papillon, il y a à la fois rupture et continuité… Et il y aura perte et gain : le papillon doit renoncer à certaines facultés de la chenille pour pouvoir voler. Ceci suppose une conversion, mot que, dans Laudato si’, le pape utilise à la place de celui de transition. Il ne s’agir pas de réparer à l’identique, mais de créer du neuf, en communion avec toutes les créatures et dans la joie. le nature est un être vivant, non un ensemble de ressources.

Rik Torfs, professeur de Droit canon, a illustré avec un humour parfois piquant, sa crainte du statu quo ecclésial. Les prélats disent toujours qu’ils écoutent, mais rien ne change. Ils affirment réfléchir, mais rien ne change. « Ce n’est pas encore le bon moment… » Le monde, lui, pendant ce temps, change. Il faut marcher même si l’horizon sera toujours imparfait. Son dernier livre, en néerlandais, a pour titre L’Église est fantastique ! Malgré tout !

Enfin, avec beaucoup de fraîcheur, Adélaïde Charlier, responsable belge de Youth for Climate, a expliqué qu’elle était « tombée dans la transition », mot qu’elle a traduit en termes d’ « élan en lien avec les autres vivants ». Au-delà des mots qu’elle a pu prononcer, elle a impressionné par son engagement, sa cohérence et son langage non culpabilisant.

Un jour nouveau naîtra

L’après-midi, 30 ateliers permettaient de plancher sur des questions très concrètes. Lors du bouquet final, moment musical, poétique, spirituel, interactif, chacun a pu écrire un mot sur un papier de couleur et l’accrocher sur un arbre de carton en symbole d’avenir…

Le dimanche, de nombreux participants se sont retrouvés à Bruxelles, pour la marche nationale pour le climat, se joignant aux gens de plus en plus nombreux qui aspirent à des changements radicaux. Le système est à bout de souffle. Il est urgent d’en oser un nouveau, davantage respectueux de la Planète, de tous les vivants, humains et autres qu’humains. « Les nuits sont enceintes et nul ne connaît le jour nouveau qui naîtra », dit un proverbe turc. De ces lendemains, dirait Teilhard de Chardin, « nous sommes les joueurs en même temps que les cartes et l’enjeu ».

Charles Delhez sj, Louvain-la-Neuve


RivEspérance, forum bisannuel lancé par une petite équipe indépendante, en 2011. L’objectif : réfléchir aux défis de notre monde en pleine mutation. Les thèmes successifs : L’espérance, une passion pour le possible, avec Olivier Le Gendre (2012) ; Le dialogue interconvictionnel, avec Daniel Marguerat (2014) ; Habiter notre maison commune, avec Fréderic Lenoir (2016) ; Quelles familles pour demain ? avec Anne-Dauphine Julliand (2018).

 

Illustrations : RivEspérance

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