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Balade: Sainte Lutgarde de Tongres et le Cœur-sacré de Jésus

Cette fois-ci, découvrons ensemble la mystique sainte Lutgarde. Originaire de Tongres, elle a choisi de venir s’installer près de Lasne pour se rapprocher de Dieu. Elle est une des premières à bénéficier d’une apparition du Cœur de Jésus. Comme d’habitude, retrouvez ici sa vie et un itinéraire de balade pour marcher dans ses pas.

Qui est Lutgarde de Tongres ?

Sainte Lutgarde est originaire de Tongres en Limbourg. Elle naît en 1182 dans une famille bourgeoise. Elle est placée à 12 ans chez les bénédictines de Tongres pour son éducation. Si Lutgarde est intéressée par la vie religieuse, elle n’en reste pas moins une jeune femme du monde. Elle oscille ainsi entre le désir de donner sa vie à Dieu et le désir de mener une vie mondaine.

Bien que Lutgarde soit sensible aux belles paroles de plusieurs prétendants, elle a une relation de plus en plus intime avec le Christ. L’histoire dit, qu’un jour que Lutgarde était au parloir avec un de ses prétendants, le Christ lui apparaît. Il lui montre son cœur transpercé et ses plaies. Lutgarde est bouleversée et dès lors, ne cherche que l’amour exclusif du Christ.

Leur familiarité va même jusqu’au tutoiement, chose peu fréquente à l’époque. Peu à peu, sa vie spirituelle s’approfondit. Tout cela ne l’empêche pas d’avoir un grand sens pratique, n’oubliant pas l’heure des repas, par exemple.

Lutgarde finit par prononcer ses vœux et devenir bénédictine. Elle a alors entre 18 et 20 ans. Elle commence aussi à avoir des visions de Jésus, ou de saintes. A son contact, des gens se trouvent mieux. De plus, on lui demande bientôt de devenir abbesse du monastère de Saint-Trond.

Mais Lutgarde aspire à plus de tranquillité et d’intimité avec Jésus. Sur les conseils d’un prêtre, elle part donc à l’abbaye cistercienne d’Aywiers en Brabant wallon. Le mode de vie des cisterciennes est plus sobre et frugal que celui des bénédictines. De plus, Lutgarde parle flamand et non wallon, ce qui favorise une certaine intériorité.

Elle meurt le 12 juin 1246.

Portrait de Sainte Lutgarde par ChatGPT

Ce que nous en retenons

Du monde et proche de Jésus

Lutgarde est bien une sainte de notre cru : venant d’une famille bourgeoise, elle est habitée par l’esprit du monde, mais aime sincèrement Jésus. Cet amour l’aimante et petit à petit, elle oriente toute sa vie pour répondre à cet appel d’amour.

La spiritualité du Sacré Cœur de Jésus

Lutgarde de Tongres fait partie des premières femmes, au Moyen Âge, à vivre de la spiritualité du Cœur de Jésus. Cette spiritualité consiste à contempler le cœur transpercé du Christ sur la croix. C’est de là qu’a jailli l’eau de la vie éternelle, l’amour infini dont Dieu nous aime.

Pour en savoir plus sur l’importance de la spiritualité du Cœur de Jésus, nous vous recommandons de lire la dernière encyclique du Pape François Dilexit Nos.

On utilise souvent le symbole du cœur pour parler de l’amour de Jésus-Christ. Certains se demandent si cela a encore un sens aujourd’hui. Or, lorsque nous sommes tentés de naviguer en surface, de vivre à la hâte sans savoir pourquoi, de nous transformer en consommateurs insatiables, asservis aux rouages d’un marché qui ne s’intéresse pas au sens de l’existence, nous devons redécouvrir l’importance du cœur.

Un grand sens de l’accueil

Lutgarde est aussi habitée par le charisme de l’accueil, qui est bien une marque belge. Ils sont nombreux à s’enquérir de ses conseils, à trouver auprès d’elle prières et sollicitude. C’est même ce qui la fera désirer une vie plus austère et reculée et qu’elle trouvera dans nos contrées du Brabant wallon.

Mystique et pragmatique

Sainte Lutgarde a également le sens pratique. Elle a beau être être favorisée par Dieu d’expériences mystiques, elle n’en perd pas le sens pratique. Dans son abbaye d’Aywiers, un dimanche, Sainte Lutgarde était à ce point absorbée dans sa prière qu’elle ne ressentait pas la faim. Cependant, elle songea que, pour bien servir Dieu, il fallait qu’elle mange.

Ce qu’en dit la légende

La vie des saints et des saintes est toujours parsemée de faits plus ou moins légendaires. Ils témoignent de ce qui marque les esprits et les cœurs dans la vie de ces modèles. Voici donc le contenu ce que raconte la légende de sainte Lutgarde.

Contexte religieux

Le XIIIe siècle est le siècle d’or de la mystique belge incarnée par de grandes et pieuses dames. Nommons, en plus de sainte Lutgarde, sainte Julienne de Cornillon, qui a poussé à la création de la Fête-Dieu, ou sainte Marie d’Oignies, qui est considérée comme l’une des femmes annonciatrices du mouvement des béguines. D’ailleurs, Marie d’Oignies et Lutgarde se connaissaient.

Ce que raconte Thomas de Cantimpré, biographe et admirateur de la sainte

Issue d’une famille bourgeoise (et noble par sa mère), Lutgarde naît à Tongres en 1182. Son nom signifie Lutgarde « gardienne du peuple. » Sa beauté, son intelligence et la joie que lui procure la société l’orientent vers la vie mondaine.

Son père désirant pour elle un beau parti confie une belle somme d’argent – sa dot – à un de ses amis négociants. La spéculation ne réussit pas et l’argent est perdu. Alors qu’un soupirant tente d’accéder à sa chambre de nuit, sa mère décide de la placer en pensionnat à 12 ans chez les Bénédictines de Tongres qui prennent en charge son éducation.

Son jeune soupirant ne perd pas espoir et vient la voir au parloir. Elle est sous le charme de ses mots doux et son cœur répond abondamment. Et pourtant, au cours de cette entrevue, celle-ci est bouleversée. Jésus lui apparaît : son cœur enflammé, sa plaie sanglante. Il lui demande son amour exclusif. Lutgarde est dans la consternation, le jeune homme a disparu.

Lutgarde est changée. Mais sa nature frivole et mondaine continue à la dominer. Elle n’a encore que 18 ans. Ivre de liberté, elle quitte l’abbaye pour rejoindre à cheval sa sœur qui habite non loin de Saint-Trond. Un jeune officier blessé par Lutgarde qui l’avait plusieurs fois éconduit décide de ravir ce qu’il considérait lui être dû.

Avec quelques hommes d’armes, il va tendre une embuscade à la jeune fille qui empruntait le chemain de retour avec des serviteurs de sa sœur. Elle parvient à lui échapper, trouve refuge dans une petite maison qui appartient à sa nourrice et regagne non sans honte l’abbaye de Tongres, sous les regards moqueurs des villageois.

Tiraillée entre vocation et vie du monde

Ses doutes quant à son engagement ne disparaissent pas. Elle n’est pas particulièrement attirée par la vie religieuse. Cependant, elle trouve du réconfort auprès de sainte Marie et de sainte Catherine dont elle a des visions.

Lutgarde, comblée de grâces et de dons

Les signes d’affection de la part du Seigneur pour sa petite enfant bien aimée ne tarissent pas. Elle est en effet favorisée par Dieu de nombreuses expériences mystiques. Sa familiarité avec Jésus est grande. En réponse à Jésus qui lui demande ce qu’elle désire, elle lui répond, craintive et hésitante :  » Ce que je veux, ce que je veux, c’est ton cœur ».

Et Jésus de lui répondre : « Et moi, Lutgarde, je veux le tien. ». Elle répond en joie : « Le mien, oh ! Prends le et place le tout près du tien, afin que je ne le possède qu’en vous et pour vous. » Et ainsi Jésus prit le cœur de Lutgarde et Lutgarde celui de Jésus. C’est l’échange des cœurs, le dialogue de consécration du cœur à cœur.

Une grande familiarité avec Jésus

Une autre anecdote sur la vie de la sainte est souvent reprise : elle est encore novice à l’abbaye Saint-Trond, un matin, prise de fièvre, elle n’arrive pas à se lever et décide de renoncer aux matines pour reprendre des forces. Jésus lui demande alors de se lever et de prier pour les pêcheurs. Elle se lève et se hâte de rejoindre ses consœurs.

A l’entrée de la chapelle, un grand Christ en bois se dresse. La retardataire s’arrête, le regarde et baise ses pieds ensanglantés. Le Christ en bois prend vie, détache son bras de la traverse et attire sa servante bien aimée, la presse contre la plaie de son cœur.

A 21 ans, pressentie pour devenir abbesse

Finalement, Lutgarde fait sa profession et entre définitivement au monastère. Elle a entre 18 et 20 ans. Lors de ses vœux, elle aurait été couronnée d’une couronne d’or et de lumière et non de lin comme les autres professes. Ainsi, Jésus signifiait l’élection de la mystique.

Ses vertus éclatent alors aux yeux de tous et à la mort de la prieure, c’est elle qui est choisie pour reprendre le flambeau, elle avait alors 21 ans.

Fuite chez les cisterciennes

Voulant fuir cette charge et embrasser une voie plus étroite ; elle voit dans l’ordre de Cîteaux une vie plus contemplative et plus austère. Elle consulte un prêtre du Diocèse de Liège tenu en réputation de sainteté : Jean de Lierre. Il lui conseille de rejoindre l’abbaye d’Aywiers, une abbaye considérable transférée du pays de Liège au Brabant wallon.

Elle éprouve des réticences car elle ne parle que le flamand et non la langue romane (ce qui sera une vraie souffrance pour elle jusqu’à la fin de sa vie), mais Jésus lui confirme ce choix. Elle y vivra une trentaine d’années.

Jeûnes et guérisons

C’est là que cette petite fleur du Limbourg transplantée à Lasne donnera sa pleine floraison. A l’âge de 24 ans, elle fait successivement trois jeûnes de 7 ans (en mangeant un peu de pain et de bière et par la suite elle ajoutera à ce régime une bouillie de légumes) comme œuvre d’expiation des péchés (Thomas de Cantimpré cite ceux des albigeois et ceux de Frédéric II).

Par ailleurs, de nombreuses personnes viennent la voir pour lui demander d’intercéder auprès de Jésus en vue de guérir de leurs maux, physiques, psychiques et spirituels. Elle reçoit aussi la visite d’âmes du purgatoire qui viennent quémander ses prières pour leur délivrance. On lui reconnait aussi des extases et des stigmates.

Photo d'un porche de l'ancienne abbaye d'Aywiers, où sainte Lutgarde a vécu à la fin de sa vie.

Postérité

Elle meurt le 16 juin 1246. Lutgarde était aveugle depuis 11 ans et attendait ardemment la délivrance (elle aurait prophétisé sur sa propre mort). Les miracles ne cessent pas pour autant. Une de ses consœurs ayant une main paralysée en retrouve l’usage après avoir fait sa toilette mortuaire. Lutgarde est enterré dans l’église d’Aywiers, à l’endroit même où elle avait l’habitude de prier. Les pèlerins sont nombreux à venir se recueillir auprès de son tombeau et les grâces ne se tarissent pas.

La révolution française vient tout bouleverser. L’abbaye est supprimée et les religieuses sont forcées d’abandonner leurs biens. Elles déménagent plusieurs fois. Quand elles quittent leur dernière résidence, les reliques de sainte Lutgarde sont remises à l’église paroissiale d’Ittre, avec une grande solennité, le 2 juillet 1827.

Les reliques sont encore accessibles aujourd’hui, en l’église Saint-Rémi d’Ittre, dans une petite chapelle, à droite de l’autel.

Sainte Lutgarde est fêtée le 16 juin.

Marcher dans les pas de Sainte Lutgarde

Comme pour les autres saintes, nous vous proposons un itinéraire de 6,5 km pour découvrir les lieux marqués par la sainte en Brabant wallon.

A ne pas manquer

  • Abbaye d’Aywiers, ses deux porches, les plaques commémoratives et la niche dans laquelle on retrouve une statue sainte Lutgarde, rue de l’Abbaye.
  • Les reliques de sainte Lutgarde que l’on retrouve dans l’église paroissiale Saint-Rémy d’Ittre.
  • Groupe statuaire de Sainte-Lutgarde et le Christ dans l’église Saint-Martin de Ways.

Nos autres propositions pour découvrir les saintes du Brabant wallon

Bibliographie

  • Broeckaert J., Vie de Sainte Lutgarde surnommée Lutgarde du Sacré-Cœur, Vromant, Bruxelles, 1874.
  • De Cantimpré T., Vie de sainte Ludgarde, Presses universitaires de Namur, Namur, 1991.
  • Jacobs H., Saints et bienheureux de Belgique, Fidélité, Namur, 2012.
  • Lambert G., La belle vie de sainte Lutgarde dans son cadre historique et mystique, Lanis, Wauthier-Braine, 1927.
  • Leclercq J., Saints de Belgique, La Cité chrétienne, Bruxelles, 1942.
  • Merton T., Quelles sont ces plaies ? : vie d’une mystique cistercienne Sainte Lutgarde d’Aywières, Desclée De Brouwer, Paris, 1953.