Cette année, le thème de la campagne d’Avent d’Action Vivre Ensemble est celui de la précarité infantile. Quand j’ai lu dans leur étude que 25% des enfants en fédération Wallonie-Bruxelles vivaient sous le seuil de pauvreté, j’ai voulu en savoir plus.
J’ai donc lu l’étude Le poids du cartable d’Action Vivre Ensemble, et interviewé de fins connaisseurs du sujet.
Catherine Beauthier est déléguée pédagogique chez ATD Quart Monde. Elle a été institutrice pendant plus de 15 ans dans une école de Saint-Gilles dans un quartier très populaire.
De son côté, Fabrizio Amico est psychologue clinicien et directeur de l’AMO Tempo à Nivelles. Il a travaillé de nombreuses années auprès des personnes en situation de dépendance à des produits psychotropes ou aux jeux.
ATD Quart Monde en bref
ATD Quart Monde est un mouvement international qui lutte contre la misère et toutes les inégalités du système qui l’engendre. Pour lutter au mieux contre la pauvreté, il faut la connaître. C’est pourquoi ATD travaille directement avec les personnes qui vivent ou ont vécu dans la misère.
Qu'est-ce qu'une AMO?
Une AMO, Action en Milieu Ouvert, est une association en lien avec les Services d’Aide à la Jeunesse et de Protection de la Jeunesse. Les AMOs proposent de nombreuses activités pour soutenir les jeunes de 0 à 21 ans qui sont vulnérables, ainsi que leurs proches.
Mais au fait, qu’est-ce que la précarité infantile ?
D’après l’Union européenne, un enfant qui répond à au moins trois des 17 critères ci-contre pour mesurer la pauvreté infantile est considéré comme en situation de précarité. Ainsi, en Wallonie, près de 25% des enfants vivent sous le seuil de la pauvreté tandis qu’à Bruxelles, ce pourcentage grimpe jusqu’à 40%.
L’étude d’Action Vivre Ensemble pointe que cette précarité infantile laisse des traces et influe sur les chances présentes et futures de l’enfant. D’où l’urgence de soutenir les acteurs qui luttent au quotidien pour donner à chaque enfant un futur digne.
👉 Pour cela, la collecte du dimanche 14 décembre 2025 sera reversée à Action Vivre Ensemble.
L’école, lieu de cristallisation des inégalités
L’étude Le Poids du Cartable indique que l’école amplifie l’impact de la précarité et cristallise les inégalités entre les enfants.
Pour Catherine Beauthier, les enfants de familles précarisées n’ont souvent pas les codes de l’école et se retrouvent en difficulté face à tout l’implicite de l’institution.
17 critères de précarité infantile
1. Quelques habits neufs
2. Deux paires de chaussures de la bonne pointure
3. Fruits et légumes frais chaque jour
4. Viande, poulet, poisson ou équivalent végétarien chaque jour
5. Livres à la maison adaptés à l’âge de l’enfant
6. Equipements de loisirs extérieurs
7. Jeux d’intérieur
8. Loisirs réguliers
9. Célébrations d’occasions spéciales
10. Invitation d’amis à venir jouer et manger de temps en temps
11. Participation à des excursions et événements scolaires
12. Vacances
13. Remplacement du mobilier usé
14. Absence d’arriérés de paiement
15. Accès à internet
16. Logement adéquatement chauffé
17. Accès à une voiture à usage privé
(Les critères de 13 à 17 sont relatifs au ménage)
Certes l’école est gratuite, mais de nombreuses dépenses annexes s’ajoutent. Par exemple, la participation financière pour les sorties scolaires, etc. Et quand la famille rencontre des problèmes, cela rajoute du stress à l’enfant et à sa famille. Et des occasions de moqueries et de harcèlement pour l’élève.
Lorsqu’elle était institutrice, Catherine enseignait à une classe de 22 élèves de 18 nationalités. Certains arrivaient avec une boîte à tartines vide, d’autres n’avaient pas le chauffage à la maison, ou encore étaient épuisés en arrivant à l’école. Enfin, certains n’avaient personne à la maison pour les aider à faire leurs devoirs.
Inventer et aider à se développer intégralement
Dans ce contexte-là, c’est difficile pour les élèves d’apprendre. Catherine Beauthier et toute l’équipe éducative ont dû prendre le temps d’innover. Mettre un transat dans la classe et autoriser les élèves à se reposer, laisser un moment aux enfants pour finir leurs devoir dans la classe à la récréation…
En répondant à leurs besoins primaires, les enseignants permettent aux enfants de se rendre disponibles pour les apprentissages scolaires.
« A la place des évaluations et des bulletins, que l’enfant a tendance à recevoir comme un jugement, nous avons mis en place un système de portfolio. Les enfants doivent recenser et présenter à leurs parents ce qu’ils ont appris à l’école pendant la période. Nous voyons que les enfants s’y investissent de plus en plus et sont très fiers, » explique Catherine.
De son côté, l’AMO travaille avec les écoles de son territoire et anime des ateliers de prévention dans divers domaines : prévention du harcèlement, de la violence, accompagnement de ses émotions, citoyenneté…
Et pour les jeunes proches du décrochage scolaire, Fabrizio et son équipe animent de nombreuses activités : volontariat, école des devoirs, création de podcasts, de films… Le but ? Renforcer la confiance en eux des jeunes et leur permettre de développer leurs compétences. Et de trouver leur contribution unique à la société.
Et comment prendre conscience de la vulnérabilité d’un enfant ?
J’ai déjà eu l’occasion de prendre conscience que lorsqu’on n’y est pas confronté, on peut difficilement se rendre compte de ce que vivent les personnes vulnérables, de la violence systémique qu’elles subissent. Alors soyons attentifs, prenons le temps d’écouter leur vécu, leurs ressentis pour comprendre ce qui, dans nos habitudes, nos normes, peut les exclure.
Pour Catherine, il est primordial que les enseignant.e.s prennent conscience que certaines habitudes peuvent participer à l’exclusion des personnes en situation de précarité.
Prendre le temps d’écouter
Quand elle a commencé à travailler Catherine demandait à ses élèves de décrire un souvenir de vacances. Réalisant que la plupart d’entre eux n’étaient jamais partis en vacances, elle leur demande maintenant de décrire un souvenir gustatif.
Ce que l’AMO et ATD Quart-Monde ont en commun – outre de s’occuper de la jeunesse – c’est de définir leurs actions AVEC leur public. En allant à leur rencontre, dans leurs lieux de vie.
Ainsi, l’AMO Tempo choisit les activités qu’elle va mettre en place après avoir consulté les enfants et les jeunes, bénéficiaires ou pas, mais aussi tout le réseau associatif de son territoire.
De son côté, Catherine relaye la voix des parents dans le plaidoyer d’ATD-Quart-Monde et dans les formations qu’elle donne aux professeurs. Ces témoignages ont été rassemblés dans une brochure spécifique.
La vulnérabilité, ce qui nous unit
Pour Fabrizio, c’est très important de parler de « public en situation de vulnérabilités. » Parce que c’est beaucoup plus large que la seule précarité économique. Une personne peut être vulnérable d’un point de vue social, économique, santé, culturel…
Au final, la vulnérabilité concerne tout le monde. Chacun et chacune d’entre nous pouvons, à un moment ou un autre, nous retrouver en situation de vulnérabilité. Un burnout, une séparation, un deuil… Et c’est cette vulnérabilité qui nous fait nous sentir proches des autre et qui renforce la fraternité.
« D’où l’importance de mixer les publics dans les activités organisées par l’AMO. En rencontrant des personnes différentes, j’apprends de l’autre et l’autre de moi. J’ai quelque chose à dire, à partager. L’effet de groupe permet de sortir de la vulnérabilité, » explique Fabrizio.
Et donc, que faire ?
La précarité et la vulnérabilité des enfants est un sujet crucial pour l’avenir de notre société. En soutenant les organisations qui accompagnent les enfants et en leur donnant les moyens de s’adapter à chaque situation rencontrée, nous pouvons briser le cercle de la vulnérabilité et permettre à ces enfants de prendre leur place autonome dans le monde.
D’ailleurs, la collecte du dimanche 14 décembre sera destinée à toutes les associations soutenues par Action Vivre Ensemble et qui permettent aux enfants et aux jeunes de grandir et de s’épanouir.
Cette année, 76 associations de terrain bénéficient du soutien d’Action Vivre Ensemble pour mener des projets concrets, dont 41 projets spécifiquement dédiés à l’appui des jeunes : écoles de devoirs, alphabétisation, insertion sociale, maisons de quartier, accompagnement de mamans solos.
Et puis, allons à la rencontre de ces personnes ! Par du bénévolat dans une école des devoirs par exemple. Par une écoute attentive par exemple à la sortie de la messe, ou à la boulangerie… ou en participant aux activités du Service des Solidarités. Le tout, sans chercher à résoudre les situations, mais en écoutant les difficultés.
Nathalie, pour le Service de la Communication du Vicariat Bw




