Ce mois d’août est ponctué par la solennité de l’Assomption. A cette occasion, notre bibliothécaire Véronique, nous propose un extrait du livre Soeurs de Douleur. Pourquoi ce livre ? La réponse ci-dessous…
Je vous invite à un cheminement intérieur
Pour certains, les vacances scolaires sont un temps propice pour la randonnée ou pour la visite de sanctuaires. Mais elles peuvent être aussi -et l’un n’exclut pas l’autre- un temps pour une dé-marche plus intimiste, une visite de son sanctuaire intérieur. Et, finalement, que nous marchions dans la nature ou au milieu de la foule qui se retrouvera en procession à Lourdes ce 15 août, ou que nous restions chez nous, c’est au même cheminement que je vous invite : l’écoute de votre cœur qui, peut-être, débouchera sur le pardon à vous-même ou à l’autre qui vous a blessé. L’extrait ci-dessous nous livre le beau parcours de Roseline Hamel qui a dû pardonner aux assassins de son frère, Jacques, tué en martyr il y a de cela presque dix ans, alors qu’il célébrait l’eucharistie dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray. Roseline s’est par la suite rapprochée de Nassera, la mère d’un des deux terroristes tués lors de l’assaut qui suivit. Ecoutons le journaliste Samuel Lieven qui a suivi le beau parcours de ces « sœurs de douleur » …
Au nom du frère et du fils
« Lourdes […] à l’approche du 15 août, quand [elle] pavoise aux couleurs du monde entier. Dans la moiteur de l’été, on croise sur le sanctuaire des milliers d’Européens, Africains, Indiens, Latinos…L’église Sainte-Bernadette, halle de béton construite face à la grotte, sur l’autre rive du Gave, accueille le témoignage de Roseline. Elle répond ensuite aux questions du public – certaines sur le fil du rasoir. N’êtes-vous pas naïve de pardonner à des islamistes ? Les chrétiens et les musulmans prient-ils vraiment le même Dieu ? Il faut la voir écouter avec gravité ses interlocuteurs, prendre le temps de réfléchir, puis se risquer corps et âme, sans filet. Roseline n’est pas théologienne. Elle n’a jamais pris la parole en public avant l’attentat qui a tué son frère. Mais les mots de la petite coiffeuse d’Armentières sonnent immanquablement juste, désamorcent les tensions et ouvrent les cœurs. Une paix insolite descend sur l’auditoire d’où s’élèvent des trombes d’applaudissements. On ne sait plus si c’est l’esprit de Roseline, de Lourdes ou du père Hamel qui fait des merveilles. Peut-être un peu des trois.
« Mais comment fais-tu ? On dirait que ton frère parle et prêche à travers toi… » La première fois que j’ai tendu cette perche à Roseline, je craignais d’avoir commis une indélicatesse en étant trop intrusif. C’est l’inverse qui s’est produit. J’avais non seulement vu juste, mais Roseline en est intimement convaincue : sa vie, ses rencontres, ses prises de parole en public depuis la mort de son frère, c’est sa manière à elle de poursuivre sa vocation. Sous cet angle, tout devient limpide. Roseline n’est pas en croisade ou en thérapie psycho-affective. Elle est en mission. Ce qui la fait aujourd’hui tenir debout, aller de l’avant et témoigner chaque fois qu’elle est sollicitée, d’Armentières à Rome en passant par les médias locaux et internationaux, c’est sa nouvelle responsabilité : faire rayonner la vocation de son frère autrement que lorsqu’il était ici-bas. Roseline renvoie à Jacques qui renvoie au Christ. Pas besoin d’être croyant pour percevoir ce qui est en jeu : un message universel d’amour par-delà les expériences, les convictions, les appartenances religieuses… L’on comprend mieux pourquoi le courant passe si bien entre Roseline et Nassera. À aucun moment, je n’ai sous les yeux « une chrétienne et une musulmane qui dialoguent parce qu’il faut dialoguer ». Mais deux femmes qui, ayant perdu ce qu’elles avaient de plus cher au monde, le frère et le fils, ouvrent une brèche dans l’avenir. Toutes les deux la nomment « espérance ». […]
Leurs regards se croisent. […] « Mon frère, Jacques, et ton fils, Adel, sont deux victimes du même terrorisme. Mon frère l’avait désigné juste avant de mourir : « Va-t’en, Satan ! » Un terrorisme diabolique qui manipule des jeunes gens et les persuade que pour aimer Dieu, il faut tuer des innocents. Voilà l’atroce vérité que personne ne veut entendre ! Mais nous le savons, toi et moi : personne ne naît pour tuer au nom de Dieu. »
Nassera approuve en silence. Elle aussi se demande parfois où Roseline va puiser ses mots et son inspiration. « En tous cas, moi, j’ai trouvé la paix grâce à toi », lui glisse-t-elle en redoublant de douceur.
Notre travail a enfin commencé. Je les regarde quitter la pièce où nous avons échangé tout l’après-midi. L’obscurité enveloppe à présent le sanctuaire désert. De l’autre côté du Gave, les cierges qui brûlent devant la grotte diffusent une fragile lueur. Je me demande comment ces petites flammes résistent à la brise hivernale. »
Le livre
Cet extrait est tiré du livre Sœurs de douleur, Lieven Samuel, Hamel Roseline, Kermiche Nassera, XO Ed., 2025, pp.219-233. Roseline Hamel a trouvé une façon de « marcher dans les pas de son frère… notre frère », comme elle témoigne lors de la conférence qu’elle a donnée à Lourdes il y a trois ans, le 13 août 2022, conférence intitulée « Au nom du frère, la paix en héritage ».
Puissions-nous également cheminer, avec l’aide du Christ, vers notre paix intérieure et que nous la fassions rayonner autour de nous, c’est notre vocation de chrétien !
Je vous invite à venir emprunter ce très beau témoignage de dialogue interreligieux Sœurs de douleur ainsi que le livre de 2019 de la Collection « Prier 15 jours avec » sur le père Jacques Hamel. Tous deux sont disponibles à la Bibliothèque du Vicariat. [Lien vers les horaires]
Nous nous retrouvons dès ce 26 août pour de nouvelles lectures !

Pour aller plus loin
Retrouvez les horaires la bibliothèque du Vicariat du Brabant wallon
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