Dernières minutes : en ces temps de conflits, prions pour les familles éprouvées par la violence. Et aussi pour la paix et la stabilité dans ces pays. Le saviez vous ? La paroisse Saint-Etienne de Braine-l’Alleud est jumelée avec la paroisse Sainte-Barbe de Lulingo en République Démocratique du Congo. Du 27 décembre au 12 janvier 2025, Nicolas Favart, curé de Braine l’Alleud, a tissé des liens avec sa paroisse-soeur. Découvrez le récit de ce voyage, rédigé avant l’escalade du conflit.

Un guide pas trop long à convaincre !

Alain de Maere se laissa rapidement séduire par l’idée de m’accompagner en République Démocratique du Congo. Lorsque je lui succédai comme curé de la paroisse Saint-Étienne de Braine-l’Alleud, j’héritai du jumelage qu’il avait initié en 2008 avec celle de Sainte-Barbe de Lulingu située au cœur de la forêt tropicale de l’Est du Congo (Diocèse de Kasongo, Sud-Kivu). Si nous voulions que ce lien perdure, une visite s’avérait indispensable. Mais pour entreprendre un tel voyage, il me fallait un guide. Et ce fut l’abbé Alain de Maere.
Franchir des portes saintes
Une rencontre avec l’archevêque de Bukavu, Mgr François-Xavier Maroy Rusengo, au tout début de notre périple africain, donna le ton de ce voyage. Il nous déclara : « Vous êtes venus comme pèlerins de l’Espérance » ! Ce pèlerinage au Congo (27 décembre 2024 – 12 janvier 2025) nous a donné l’occasion de franchir de multiples portes comme autant de portes saintes : porte de l’Afrique, porte du Congo, porte de Lulingu. En ce début d’année jubilaire, laissez-nous vous raconter ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du Verbe de vie au Congo.
Du Rwanda à la porte du Congo
La porte de l’Afrique, ce fut le Rwanda après plus de 6000 km en avion. En effet, notre itinéraire passait par Kigali. Ensuite, la porte du Congo, ce fut la grande ville de Bukavu, capitale administrative du Sud-Kivu, située au bord du Lac Kivu, à la frontière avec le pays des milles collines, atteinte au terme de six heures de voitures à travers de biens jolies contrées, notamment le parc national Nyungwe.
Enfin Lulingu
Enfin, ce fut Lulingu, localité enclavée dans la forêt, seulement atteignable en avion de type « petit porteur » capable d’atterrir sur une piste sommaire faite de terre et de gravier. À chaque fois, des « anges gardiens » nous ont facilité les démarches de toutes sortes : négociations diverses, franchissements de contrôles, mise à disposition de véhicule 4×4, déplacements en motos, etc. Sans retard, en dépit de la saison des pluies, notre destination finale fut atteinte dès le troisième jour du voyage.
La porte des sourires
Lulingu, on y accède par la « porte » de Tchonka, village où se situe la fameuse piste d’atterrissage. Mais plus qu’un lieu, Tchonka fut pour nous la porte des sourires : sourires d’enfants, de jeunes et d’adultes, sourires qui ont illuminés notre arrivée et soutenus un accueil chaleureux fait de chants (chorale), de cris de joie, d’embrassades et de poignées de mains
Un chemin fait de terre rouge
Après les formalités d’usage, en route en moto sur un chemin quelque peu chaotique (15 km) fait de terre rouge, de flaques d’eau, de rigoles, de trous, parsemé de cailloux, de roches affleurantes, de ponceaux en frêles rondins ou en planches étroites pour franchir les ruisseaux, avec pour paysage la forêt, quelques marécages ou encore l’une ou l’autre plantations. Pour le citadin que je suis, une telle virée, digne des courses de motocross les plus folles, le tintamarre des klaxons en plus (pour annoncer notre passage et faire écarter les piétons), a été l’occasion d’un acte de foi et d’abandon dans la virtuosité de mon conducteur.
10 jours : pas de temps à perdre

Arrivés sains et saufs à Lulingu, le curé (abbé Gerry Kanena), son vicaire (abbé Marcel Musuyu) et des membres de la paroisse nous ont accueilli officiellement. Ensuite, pas de temps à perdre ! Le programme de nos dix jours sera le suivant : messes, baptêmes (17), rencontres diverses (autorités civiles et militaires, clergé, conseil pastoral, notabilités, conseil de l’éducation, Légion de Marie, groupe charismatique, etc.), visites des écoles, des jardins scolaires, de l’hôpital, de radio « Bulikoko », échanges avec les jeunes, avec les mamans catholiques, avec le bureau de développement paroissial, échanges individuels, etc. Par ces rencontres, ce sont les portes des cœurs, avec les joies et les peines qui les habitent, que nous avons franchies.
Contrée pauvre mais riche des personnes qui l’habitent
Lulingu est une contrée pauvre mais riche des personnes qui l’habitent. Les difficultés sont multiples, exacerbées par l’enclavement (absence de route) et une sécurité relative depuis les troubles armés de 2015. Dans les écoles, il manque de pupitres et de manuels scolaires. Il n’y a pas un seul ordinateur alors que le cours d’informatique est obligatoire. Mais pour cela, il faut aussi de l’électricité, et elle manque ! Sous les tôles ondulées, sur le sol en terre battue, les enfants sont assis à quatre sur des bancs prévus pour deux. La malnutrition est un problème, surtout chez les plus jeunes. Le site du presbytère, autrefois cœur de la vie paroissiale sur le plateau où se trouve l’église Sainte-Barbe, abandonné pour cause de dégradations et d’insécurité due à la proximité de la forêt, est appelé à être réhabilité afin de redonner de l’élan et de l’espoir à la communauté de Lulingu.
Prière pour les frères et soeurs de Belgique

Tous les jours, dans le cadre du jumelage avec la paroisse Saint-Étienne de Braine-l’Alleud, les paroissiens de Lulingu prient pour leurs frères et sœurs de Belgique. Et si les difficultés sont bien là, la vie et l’espérance s’expriment à travers un accueil bienveillant, à travers la joie des enfants, à travers une vie paroissiale fervente ou chacun a sa place depuis les servants de messe, garçons et filles, qui dansent au son des cloches autour de l’autel, jusqu’aux plus âgés qui assument les charges de catéchistes (responsables paroissiaux).
A Bukavu
Après le séjour à Lulingu, nous sommes restés quelques jours à Bukavu. À cette occasion nous avons franchi plusieurs « portes saintes », notamment celle de la prison centrale de Bukavu et celle du centre Heri Kwetu (Sois heureux chez nous), centre de réadaptation et école inclusive pour personnes valides et handicapées.
La prison

La visite de la prison avec l’aumônier a été très émouvante. Nous avons rencontré des frères et sœurs en humanité dans la cour centrale, les cellules surpeuplées, la cuisine enfumée tenue par les détenus, l’infirmerie où les malades sont à deux par lit ou bien étendus sur le sol, dans ces quelques pièces si étroites, si défraîchies, si sombres ! Et pourtant, dans ce pays de l’ombre, il y a aussi de la lumière. Dans ce marais, il y a des fleurs qui poussent sur les nénuphars, tel ce jeune homme, ancien chef de bande, qui a été baptisé en détention. Ce lieu est illuminé par la présence de l’aumônier et d’une religieuse qui, avec l’aide de la direction de l’établissement, apportent un peu d’humanité auprès des 2348 prisonniers d’un site construit en 1928 pour 500 occupants.
Le centre Heri Kwetu
L’autre porte sainte, est celle du centre Heri Kwetu, établissement unique dans la région tenu par les religieuses de la Compagnie de Marie-Notre-Dame. Sourds-muets, aveugles, personnes handicapées physique, amputés, déficients mentaux se côtoient dans ce centre remarquable entre tous. Parmi les résidents, un jeune homme grabataire de 17 ans qui, à l’âge de 2 ans, avait été trouvé devant la porte des sœurs dans un sac, abandonné à cause de ses malformations. Merci à ces sœurs et à leurs collaborateurs pour les soins apportés auprès de ces personnes !
Fin de notre pèlerinage
Enfin, ce fut le retour en Belgique via Kigali, au terme de 17 jours de pèlerinage en Afrique. Il y aurait encore beaucoup d’autres choses à rapporter de ce que Jésus-Christ a faites à travers hommes et femmes rencontrés au Congo ; et s’il fallait écrire chacune d’elles, il faudrait rédiger de bien nombreux articles.
Nicolas Favart, curé de la paroisse Saint-Étienne

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