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Lettre à un jeune chrétien : La pépite du mois d’avril 2025

Le 2 avril marquait le décès du Pape Jean-Paul II. A cette occasion, notre bibliothécaire Véronique, nous propose un extrait du livre Lettre à un jeune Chrétien. Pourquoi ce livre ? Parce que l’autrice Christiane Rancé y relate sa rencontre avec Jean-Paul II. 

Jean-Paul II, un homme qui a marqué son époque

Ce 2 avril, nous avons laissé passer une date : celle des 20 ans de décès du pape Jean-Paul II ! Après une agonie longue et pénible, aux lendemains de Pâques, le Saint Père s’éteignait dans la nuit et sa mort s’est immédiatement transformée en un « bouleversant événement planétaire qui a éclipsé toute autre réalité » (d’après le journal italien de l’époque La Repubblica).

Partout, des fidèles se sont recueillis en mémoire de ce grand homme Karol Wojtyla qui, avant de devenir le Souverain Pontife, avait combattu les totalitarismes du communisme et du nazisme au péril de sa vie.

Nombreux sont ceux qui ont eu l’occasion de le rencontrer lors de ses innombrables voyages et audiences pontificaux. Écoutons, parmi d’autres, le témoignage émouvant de Christiane Rancé…

Lettre à un jeune chrétien – extraits

« Lorsque je l’ai rencontré, il combattait la douleur et la résignation »

« Je n’oublierai jamais ni son visage, ni son regard et encore moins sa force. C’était un 8 mai, jour de commémoration de la victoire. C’était aussi un mercredi, jour des audiences pontificales, et depuis le matin, une rumeur ondulait sur ceux qui attendaient cette rencontre.

Le pape était très fatigué, si fatigué disait-on qu’il ne pourrait pas honorer ce rendez-vous. On le donnait défaillant, et même mourant. Depuis quelques temps, on envisageait, pour lui, qu’il renonce à son pontificat.

Et puis, il est apparu. Courbé, la tête légèrement penchée sur l’épaule gauche. Sa crosse devenue sa canne. Il s’est avancé à petits pas, très péniblement, jusqu’à son fauteuil et il lui a fallu un grand effort pour s’y asseoir. […] Il a repris son souffle, puis il a dit dans une sorte de murmure timbré d’un sourire : « Le Seigneur mon Dieu est ma force ; il me donne l’agilité du chamois, il me fait marcher dans les hauteurs. »

Ma conscience s’est élargie

Je n’oublierai jamais le moment de stupéfaction des auditeurs. Ce passage du cantique d’Habacuc (Hab., 33, 18), outre l’humour vigoureux qu’il dénotait chez cet homme que personne ne pouvait imaginer sauter comme un cabri d’un rocher à l’autre, fut pour tous une nouvelle démonstration de ce que Descartes appelle la « force d’âme ».

Si j’ai souri à ses paroles, comme tous ceux qui m’entouraient, ravie de l’entendre affirmer qu’il était là, et bien là, j’ai éprouvé un moment de honte. Quoi ! J’étais venue voir le pape. J’avais le privilège inouï d’être à quelques mètres de son visage, de sa parole, et je m’étais focalisée, le temps de son trajet de la porte au fauteuil, sur les signes éventuels qui pourraient, ou pas, corroborer les ragots.

Mais il était devant moi. […] J’ai croisé son regard, et j’ai eu soudain la sensation d’un élargissement de ma conscience : J’ai été convaincue, en une fraction de seconde, de voir le Christ.
Tout son être, toute l’indicible tendresse, l’infinie compassion qui en émanaient manifestaient cette prière du Christ de situer la vie éternelle dans le présent immédiat et dans chaque être qui en était témoin.

Une essence christique

Ce jour-là, j’ai saisi quelque chose du charisme de Jean-Paul II – l’incarnation d’une essence christique qui donnait à son corps cette vigueur agile chantée par Habacuc, et qui le ferait éternellement marcher dans les hauteurs. […]

Jean-Paul II est, à l’image du Christ, comme d’autres avant lui, un homme qui a témoigné non seulement par sa vie, mais par sa mort. Qui a souligné combien, pour ceux qui souffraient comme lui dans leur chair, qui souffraient atrocement dans leur espérance, son combat et sa résistance ont été d’irremplaçables soutiens, un cœur de vérité morale, et combien il leur a donné le sentiment, dans leur impuissance totale, d’une puissance totale, celle de se vaincre.

Quant à ceux qui se portaient bien, ils avaient pu s’interroger sur ce qu’ils faisaient de leur pleine santé, quand lui, ce pape à l’agonie, leur montrait combien la faiblesse peut être aussi le levier de la vraie force. »

Cet extrait est tiré du livre Lettre à un jeune chrétien et à ceux qui ignorent qu’ils le sont de Christiane Rancé (Ed. Tallandier, Paris, 2017, pp.55-63).

Qui est Christiane Rancé ?

Christiane Rancé est avant tout journaliste, connue pour ses portraits de personnages célèbres, figures littéraires ou spirituelles comme, par exemple, Mère Teresa ou Charles de Foucauld. Elle était chef du service « People » au Figaro. Entre 2019 et 2022, elle tient une chronique hebdomadaire dans le journal La Croix.

Elle a écrit de nombreux essais dont des carnets méditatifs intitulés En pleine lumière (2016) et des récits de voyage tel Le grand large (2021), deux ouvrages que vous trouverez également à la Bibliothèque du Vicariat.

A la veille de la semaine sainte, au cœur de nos fragilités, laissons-nous encore toucher par le témoignage du pape Jean-Paul II. Son chemin de sainteté nous rappelle que la force du Christ ressuscité se manifeste dans nos faiblesses. Belle et sainte fête de Pâques à toutes et tous !

La bibliothécaire