Ralentir ! Vœux de Mgr Hudsyn pour 2020

Ce 12 janvier 2020, Mgr Jean-Luc Hudsyn accueillait au Centre pastoral les personnes engagées dans la pastorale vicariale. Il leur a présenté ses vœux pour cette année 2020.

Chers amis,

Merci à vous tous d’avoir accepté notre invitation de prendre ensemble un moment pour échanger de vive voix nos meilleurs vœux pour cette année nouvelle.

12 journées de cette année 2020 ne se sont pas encore écoulés, que nous avons déjà eu un lot de nouvelles pas vraiment rassurantes : les tensions entre l’Iran et les Etats-Unis, des massacres au Nord-Kivu, le Brexit et le vote à Londres sur l’accord de sortie, le vote hier à Taiwan et la manière dont la Chine réagira, l’Australie en flammes… À côté de cela, l’imbroglio de la Belgique au plan fédéral paraît presque dérisoire et pourtant bien préoccupant.

Je ne vais pas vous tenir une mercuriale de plus. Ma question : comment nous aider les uns les autres à vivre cette année en ce monde complexe où c’est un fait : comme le dit le prix Goncourt de cette année : « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon ». Et c’est le moins qu’on puisse dire !

Que nous offrent les ressources qui sont les nôtres ? Que nous offre notre foi comme force et comme souffle ? Comme inspiration pour ces 354 pages blanches qui nous restent à écrire à ce jour, sans oublier cette page du 29 février 2020, et qu’on ne peut écrire que tous les 4 ans !!!

Pour ce faire, je voudrais nous faire 3 vœux en continuant à prendre quelques titres de livres récents qui en ce temps de Noël me sont passés par les mains…

Le prix Renaudot s’intitule : La panthère des neiges. L’auteur – Sylvain Tesson – est invité par un photographe à aller avec lui au Tibet. Il veut absolument ramener des photos de ces panthères des neiges réputées insaisissables. Et l’auteur nous raconte que ce qu’il a dû évidemment apprendre pour cela, c’est la patience. Un vrai défi pour lui que cet « art fragile et raffiné de l’attente » où le plus difficile – pour lui en tout cas – c’était savoir rester immobile – pas vraiment son genre ! Découvrir tout ce que promet en fait le silence : entendre ce qu’habituellement on n’entend pas ; voir ce que d’habitude on ne voit pas.

Toute une façon d’être indispensable pour qu’apparaisse cette panthère des neiges. C’est étonnant car vient de paraître un autre roman intitulé Les grands cerfs : une femme décide de partir à l’affût de ces animaux qu’elle entend bramer la nuit dans la montagne. Elle aussi doit changer de rythme. Je la cite : « Se poser, ne plus bouger. Attendre. Disparaître en étant là. Se faire invisible… pour voir l’invisible ».

Voilà ce qui m’amène à nous souhaiter ce qui je résume en un verbe dont je m’aperçois qu’il est de plus en plus à la mode : RALENTIR.

Et si, durant cette année, nous prenions le temps régulièrement de ralentir, de réduire notre taux d’agitation, de prendre des moments pour régulièrement se poser ; faire silence, et ainsi - qui sait ? - mieux entrevoir l’invisible, en nous, dans les autres et dans la course du monde.

Tout nous presse pour aller de plus en plus vite : nos tablettes, les algorithmes, les flux digitaux… Tout aujourd’hui nous met dans un état d’accélération généralisée. Sans compter cette injonction, venue d’on ne sait où, qui nous impose de devoir bourrer sa vie à ras bord…

Bien sûr c’est vrai : il y a dans la vie des urgences qui font partie du réel, des nécessités, des priorités. L’amour et la générosité ne se vivent pas au rythme de l’indolence ou de la nonchalance, on le sait bien quand on est parents, ou pasteurs…

Je ne suggère évidemment pas de « vivre à l’arrêt », de ne s’occuper que de soi et de ses états d’âme… Mais j’entends cet appel : « N’oublie pas de savoir aussi ralentir ! » ; de prendre ainsi le temps d’habiter chez soi. Ce lieu précieux et unique où quelqu’un nous attend : trouver Dieu en nous et nous trouver en lui, propose Thérèse d’Avila qui a été proclamée docteure de l’Eglise, il y aura cette année 50 ans !

L’écouter en nous pour discerner ce qui est vraiment essentiel et ce qui est vraiment urgent. Ralentir, non pour nous replier sur nous-mêmes mais pour mieux nous écouter et nous entendre les uns les autres : en couple, en famille, dans nos relations professionnelles et sociales, en paroisse, dans nos conseils et nos services. Ralentir, pour finalement mieux nous donner ; et nous donner sans nous vider !…

Parenthèse ! Je participais hier à une réflexion sur la manière travailler de façon plus collaborative dans un monde changeant, globalisé et donc complexe, et l’expert nous disait : « Aujourd’hui tout s’accélère. Raison de plus de prendre du temps ! ».

J’ai trouvé par ailleurs cette matinée d’hier très interpellante pour nous qui sommes impliqués en pastorale dans ce même monde-là - changeant, complexe, globalisé – et qui essayons en Eglise de travailler de façon davantage synodale, « en faisant route ensemble », dans le partage des ressources humaines par ex. en UP ou dans nos services. Cette personne-ressource hier nous disait que si collaborer… c’est plus riche, plus efficient, plus adapté à ce monde en mutation constante… il n’en reste pas moins que collaborer en fait… ne va pas de soi !

C’est bien pourquoi le fonctionnement pyramidal a toujours tant de succès … même quand on dit qu’on va travailler ensemble !

En pastorale, si nous voulons une Eglise qui ne fonctionne plus de façon cléricale, « top-down », verticale, la collégialité, la collaboration, la synodalité sont des conversions incontournables Mais cela demande du temps : le temps de s’écouter, de se comprendre, de travailler à l’adhésion de chacun, de se remettre régulièrement en question, d’évaluer, de prendre le temps pour communiquer mieux.

Et donc de ralentir… Pas pour ne rien faire !… Mais pour mieux faire, et pour que tous nous ayons du plaisir à faire les choses ensemble.

RALENTIR car ralentir comme pour ce guetteur de panthères, ou pour cette femme à l’affût des hardes de cerfs, ralentir est alors plein de promesses ! Et cela nous amène à mon deuxième vœu : développer alors l’art de la GRATITUDE !

Un autre livre paru récemment de Delphine de Vigan s’intitule Gratitudes et le mot est mis au pluriel. L’auteur dès les premières pages nous interroge : nous disons souvent que nous devons tant à telle personne… qu’elle compte beaucoup pour nous : mais, demande-t-elle, le lui avez-vous dit ? « Vous êtes-vous demandé combien de fois dans votre vie vous avez dit réellement merci ? Un vrai merci. L’expression de votre gratitude, de votre reconnaissance, de votre dette. »

Si on ralentit, si on s’arrange pour donner à la panthère des neiges de se montrer, et aux autres de révéler leur mystère, alors on aura davantage la faculté de rendre grâce, cette attitude évangélique fondamentale, car on aura mieux entrevu ce qui est invisible. Et entendu ce qui ne se donne pas en partage à celui qui a toujours l’air pressé, ou à celui dont on sent qu’il est déjà ailleurs…

La gratitude prend le temps de mesurer et de savourer tout ce que nous recevons : grâce sur grâce, dit S. Jean. C’est ainsi qu’elle éveille en nous la joie, la confiance. Qu’elle nourrit la motivation d’encore nous donner puisque nous discernons mieux ce que nous ne cessons de recevoir : de Dieu, des autres, de la vie…

L’épreuve peut rendre cela plus difficile, bien sûr. Mais pas nécessairement impossible… Même s’il faut là aussi du temps – et c’est bien normal. Boris Cyrulnik, ce neuropsychiatre familier de nos écrans, n’a pas été épargné dans son enfance, passée dans l’horreur d’un camp de concentration. C’est lui qui nous recommande – je le cite – de « toujours commencer et terminer par la gratitude : pour la vie, pour ce qui nous a précédés et pour ce qui vient ». C’est lui qui nous propose d’avoir chacun son « carnet de gratitude » ! Pour ne pas oublier les bienfaits reçus, pour donner de l’attention à ce qui nous a fait du bien, à ce qui est beau, aux sourires de la vie - et pour nous croyants : aux clins d’yeux du Seigneur.

Pour conclure plus brièvement, un dernier vœu. Je le prends au titre d’un livre qui vient de sortir, du Père Ignace Berten : La sollicitude.

Il dit lui aussi qu’elle se fonde sur la gratitude. Notre capacité de bienveillance, de compassion s’enracine pour lui, dans la reconnaissance de toutes les énergies de vie latentes en nous, et en ceux qui nous entourent. Elle prend sa source dans la réjouissance de voir à l’œuvre tant de tisserands de vie, de justice, de communion et le goût de se joindre à eux. La sollicitude pour nous, c’est la mise en œuvre de cette miséricorde de Dieu et des Béatitudes, sources d’une autre façon de « bien vivre ensemble » : entre nous et avec Dieu. Et comme nous avons essayé de l’approfondir l’an passé – vivre la sollicitude n’est-ce pas fondamentalement une façon de vivre comme des disciples en mission ? Une sollicitude qui est bienveillance, compassion, mais qui sait être aussi indignation avec le Christ : non-résignation devant tout ce qui dé-crée l’humain, devant ce qui dé-crée la création.

Cette vocation et cette mission de disciples en mission, nous l’avons magnifiquement vécue et célébrée à Nivelles le 20 octobre avec M. le Cardinal. Nous allons poursuivre cet élan : dans quelques jours va paraître une lettre pastorale qui recueille tout ce qui s’est vécu localement et ensemble d’octobre 2018 à octobre 2019. J’en tire 8 priorités pastorales pour le Vicariat, les Unités pastorales, les communautés en vue d’être tous disciples en mission.

Et donc… merci de ralentir aussi… pour lire ce document, le prier et le mettre en œuvre… même s’il nous fait sortir parfois de nos zones de confort !

Toute ma gratitude à vous tous pour votre foi, votre générosité, votre engagement dans le service et votre fraternité aussi. C’est un bonheur d’être évêque avec vous tous !

La sollicitude c’est « avoir le souci de »… Puissions-nous avoir ensemble : et le souci de Dieu, et le souci de ce monde et celui de notre terre, et le souci de cette Eglise en mission… Et notre année sera, je crois, bonne et heureuse.

+ Jean-Luc Hudsyn

Clin d’œil à la panthère des neiges…

Photos : EDP et AEN

Voir quelques photos de la réception

 

Eglise catholique de Belgique
Vicariat de Brabant wallon
chaussée de Bruxelles, 67
B-1300 Wavre
0032 (0)10 : 235 . 260

Secrétariat du vicariat
Eva Calatayud Saorin
0032 (0)10 / 235.273