Prêtre, imam et rabbin… Écho

L’affiche était exceptionnelle ! Un prêtre, un imam et un rabbin, réunis autour d’une table, pour une soirée d’échange et de partage. C’est le moment vécu, ce lundi 14 janvier, à l’église Saint-Sébastien de Braine-l’Alleud. Le débat a porté sur les conditions du « vivre ensemble » entre chrétiens, musulmans et juifs.

La paroisse Saint-Sébastien a bien marqué les 50 ans de la construction de son église. Plus de deux cents personnes ont participé à la rencontre inter-religieuse organisée ce lundi 14 janvier 2019.

Sous le label du « vivre ensemble en Belgique », trois orateurs ont pris la parole :
* le grand Rabbin Albert Guigui, de la grande synagogue de Bruxelles
* Hussein Ben Abderahmane, alias Abou Youssouf, imam de la mosquée Al Azhar de Sint-Josse-ten-Noode et
* le père Charles Delhez, jésuite, écrivain, curé de la paroisse Saints-Marie-et-Joseph de Blocry (Louvain-la-Neuve).

Menée sous la forme de question-réponse, par l’abbé Fadi, curé de la paroisse, cette soirée a eu comme premier volet la question de la violence : la violence assez fréquemment imputée aux religions et leurs livres sacrés. Tout en faisant référence à l’actualité, les trois invités ont esquissé les voies d’un meilleur Vivre ensemble.

La place du contexte

Prenant la parole, Albert Guigui a relevé que la violence n’est pas le propre des religions. Les deux plus grandes guerres meurtrières de l’histoire de l’humanité, à elles seules, ont causé près de cent millions de morts. Le message central des religions reste le commandement de l’amour du prochain.

 

Bien sûr que, dans la Torah ou la Bible, on trouve ici et là des versets violents. Tout cela, après plus de 3000 ans, mérite d’être relu dans le contexte avec un effort d’interprétation. Abondant dans le même sens, Abou Youssouf a indiqué aussi que les musulmans sont appelés à réaliser le même effort. Le radicalisme ainsi que la violence qui leur sont collés sont à comprendre en remontant à l’émergence des Frères musulmans vers 1928. L’utilisation de l’islam à des fins politiques, le refus de la lecture métaphorique, en plus du recul de la spiritualité prônée par le soufisme,… sont autant d’éléments pouvant éclairer la situation actuelle.

Pour sa part, le père Delhez a pointé le manque d’indépendance politique des religions. Vis-à-vis de l’Islam, il parle d’un certain retard de sécularisation, d’une spiritualité ayant davantage fait place au légalisme. Et à la société occidentale, le curé de Blocry reproche son matérialisme.

De fait, il faut retrouver la voie d’une véritable spiritualité. Pour cela, la responsabilité des bergers des communautés est engagée. Leurs prêches et leurs actes comptent.

« Construire ensemble »

Pour tous les conférenciers, sortir de l’instrumentalisation des religions est un enjeu majeur. Prendre conscience de la société actuelle, de notre culture est un appui pour vivre nos religions aujourd’hui, dans ce qui fait leur essentiel.

Par ailleurs, une connaissance mutuelle reste aussi une piste pour que nos religions soient des chemins de sortie de la violence.

Pour le Rabbin Guigui, il faut surtout se démarquer d’un concept piège : la tolérance. Celle-ci implique l’acceptation de l’autre du fait que, bon gré mal gré, il est mon vis-à-vis : cela insinue passivité, résignation. Mieux encore : au « vivre ensemble » qui ne rime pas forcément avec rencontre, échange ou partage, il faut opposer un « construire ensemble ». À la place de l’assimilation -qui peut signifier négation de sa culture ou de ses origines-, le Rabbin a suggéré une intégration dans une société particulière, comme celle de l’Europe, tout en conservant son identité. Là se profile un engagement, une démarche vis-à-vis de l’autre.

Les questions de l’assistance, intervenues à la fin de cette rencontre, n’ont fait qu’appuyer une telle nécessité.

Un vrai chantier ! Et devant un tel chantier, les prêtres, les imams et les rabbins se doivent d’être des constructeurs de ponts.

Le Rabbin Guigui, l’Imam Youssouf et le père Charles ont eu le mérite d’avoir posé les jalons.

 

Abbé Alfred Malanda
 

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