Pour un carême de déplacements

Ce mercredi 6 mars 2019, les catholiques commencent le carême. Une période de 40 jours avant Pâques, pour approfondir sa foi chrétienne dans toutes ses dimensions : prière, jeûne, service.

Au mot de ‘conversion’ qui ouvre le carême, me vient l’image de la femme courbée (Lc 13, 10-17). Cette femme est pliée probablement par le poids des années, par le poids de la souffrance physique et psychologique. Jésus vient la toucher, la marquer de son sceau pour la guérir physiquement et intérieurement. La femme se relève, « elle devint droite ». Elle peut poser, elle aussi, son regard sur son sauveur. Elle peut le contempler… Elle peut réaliser sa nouvelle liberté « elle rendait gloire à Dieu »  : la voici délestée de ce qui alourdissait son cœur et son corps depuis tant d’années. Elle s’ouvre toute entière à la joie des enfants de Dieu. Et si ce carême était ce déploiement de tout l’être pour lever la tête, nous alléger, contempler Celui qui a donné toute sa vie pour nous ? Un carême pour plus de souplesse et pour demander pardon de nos rigidités, de nos manques d’ouverture, de nos fautes peut-être jamais reconnues comme telles ? L’enjeu : une liberté nouvelle pour soi, un déplacement intérieur… dont bénéficieront tous ceux qui nous entourent !

EAU VIVE

Le carême est aussi le moment pour les catéchumènes de finir leur préparation au baptême, au cours des scrutins, rite pénitentiel au cours duquel le catéchumène est plus spécialement appelé à se tourner vers la lumière du Seigneur. Un des récits évangéliques lu lors du premier scrutin est celui de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine (Jn 4, 4-42). Jésus est source de l’eau vive, celle qui fait vivre une nouvelle naissance. Il veut l’offrir à la Samaritaine, il la donne à tous ceux qui ont soif, et qui acceptent de s’arrêter au milieu du jour, dans le tumulte des activités. Cette pause est un petit espace de silence, d’une heureuse solitude, où Jésus frappe à notre porte, et nous dit ‘Je suis là’… Ce carême pourrait donc être l’occasion d’accueillir pleinement l’eau vive du Christ, une eau que nous pouvons recevoir quand nous osons nous dépouiller de ‘quelque chose’… La pratique du jeûne nous fait entrer dans cette démarche de détachement. Elle permet à notre cœur de ‘se faire capacité pour devenir torrent’, pour citer sainte Catherine de Sienne.

L’APPEL DU FRÈRE EN HUMANITÉ

Pour ce carême, me vient aussi l’image du Bon Samaritain : cet homme s’arrête pour prendre soin de l’homme au bord de la route. Il prend le temps de le soigner, il accepte de se détourner de son trajet initial et confie ensuite à un tiers, l’aubergiste, la fin de ce soin… Je pense aux familles qui s’organisent pour que grand-maman ne soit pas seule dans son appartement et lui rendent une visite quotidienne. Elles acceptent un détour dans leur agenda bien chargé pour empêcher que leur proche ne subisse pas l’indifférence des autres, malgré leur retrait de la ‘vie active’. Et nous pouvons penser à d’autres dérangements : le mendiant qui nous interpelle dans la rue, les réfugiés ou migrants qui ont besoin d’être accueillis pour quelques semaines… La liste est longue. Et si ce carême était le temps du ‘dérangement’, pour nous rendre disponible à celui qui nous interpelle, en fonction de ce que nous sommes capables de faire ? Saint Jean Chrysostome, en commentant l’évangile de Matthieu (Homélie 50), nous rappelle que participer à l’eucharistie et accueillir le pauvre vont de pair, un duo que la perspective de Pâques nous appelle à approfondir sans cesse : « Tu veux honorer le corps du Sauveur ? Celui qui a dit : Ceci est mon corps, celui-là a dit aussi : Vous m’avez vu avoir faim et vous ne m’avez pas donné à manger. Ce que vous n’avez pas fait à l’un des plus humbles, c’est à moi que vous l’avez refusé ! Honore donc le Christ en partageant tes biens avec les pauvres. »

Que ce temps de carême soit l’occasion de vivre la conversion, la prière, l’aumône, la joie, l’humilité, la gratitude, une vie finalement davantage eucharistique !

Elisabeth Dehorter

Pour lire le texte de l’homélie que Mgr Hudsyn a prononcée à Rixensart ce mercredi 6 mars 2019.

 

Eglise catholique de Belgique
Vicariat de Brabant wallon
chaussée de Bruxelles, 67
B-1300 Wavre
0032 (0)10 : 235 . 260

Secrétariat du vicariat
Eva Calatayud Saorin
0032 (0)10 / 235.273