Peut-on tout pardonner ?

Tim Guénard : " Plus fort que la haine…" Ce 4 octobre 2018, quelques personnes accueillent simplement le public à l’entrée de la salle : une assemblée intergénérationnelle, avec une présence significative de jeunes ados.

À l’heure dite, Tim Guénard s’avance calmement vers le micro, et sans s’asseoir, prend la parole, doucement, calmement, sereinement.

Il parle alors de sa vie d’enfant, abandonné par sa mère à 3 ans, en pleine nuit. Élevé par son père, violent et devenu alcoolique. Pendant une année, il sera maltraité, battu chaque jour et même un jour battu quasi à mort, ce qui lui vaudra deux ans d’hospitalisation et des séquelles définitives sur tout le corps.

Après l’hôpital, ce sera l’assistance publique. Là, profondément seul, sans aucune chaleur humaine, rejeté vu son physique ravagé par les coups, il s’endurcit, nourrit une haine profonde contre son père et glisse vers la délinquance. Cette haine l’habite, il la cultive, elle l’aide à surmonter toutes les douleurs car il veut retrouver ce père pour le tuer. Catalogué caractériel, il est envoyé à l’asile, à l’orphelinat, puis à la maison de correction d’où il s’évade.

Chaque fois qu’il sort d’une mauvaise situation qu’il croyait fatale, il remercie instinctivement le « Big Boss », ce quelqu’un qui nous connaît et nous aime.

Suit une vie dans la rue, sous les ponts, faite de fouilles de poubelles, de vols, de mauvaises fréquentations, mais parfois d’un regard souriant. Ces brefs moments de bonheur lui permettent de comprendre qu’il existe.

Il existe, il apprend à lire en regardant les autres ; ses livres, il les trouve dans les poubelles. Jean Valjean est son héros. Il apprend à cultiver la terre et à l’aimer. Mais ce parcours chaotique le conduit trop souvent devant les gendarmes et les juges qui n’en ont que faire.

Un jour, un gendarme lui donne la moitié de son sandwich ; moment d’humanité dont il se souvient. Et un autre jour, une juge le regarde, croit en lui et le confie en apprentissage à un tailleur de pierres. Ce tournant est décisif pour Tim. Merci, Big Boss ! Quand Tim apprend que ce tailleur de pierres, père de famille exemplaire, était un grand délinquant dans sa jeunesse, il reprend confiance dans l’avenir et l’adage tel père, tel fils, qui le poursuivait, s’effondre. Tout est possible, merci, Big Boss !

Ce Big Boss, ce quelqu’un, il l’a un jour découvert au travers d’un collègue dont la vie était imprégnée de partage, de sérénité, qui était musulman. Plus tard, il a aussi compris que ce Big Boss était le Dieu des chrétiens. Tout au long de son parcours dramatique, ce qui manqua le plus à Tim, ce sont les bras ouverts d’une maman, geste d’amour, d’accueil, bras qui offrent la chaleur humaine. Les bras ouverts et le regard d’amour, voilà les signes qui font vivre, auxquels Tim apporte une importance capitale. Ces signes d’amour, il les rencontrera auprès de son épouse, de ses enfants et ses nombreux petits-enfants. Il a pardonné à son père.

Merci, Big Boss !

Tim s’arrête, la salle immobile et silencieuse veut l’applaudir, mais Tim demande que l’on applaudisse plutôt toutes les mamans, tous ceux qui peuvent apporter des gestes, des regards de tendresse et d’amour autour d’eux.

Denise Degand - Maerevoet
 

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