Homélie de Mgr Hudsyn…

… lors de l'ordination d'Alexandre Wallemacq

Homélie pour l’ordination d’Alexandre Wallemacq
Cathédrale de Bruxelles - 30 août 2020

Le prophète Jérémie nous fait une confidence. Il nous partage ce qui est au cœur de sa vocation : « Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit. C’est comme un feu en moi »…

Un peu comme en écho, Alexandre écrivait ceci dans sa lettre de demande d’ordination : « Cela fait près de sept ans que je chemine vers le sacerdoce. Mon amour pour le Christ n’a jamais cessé de grandir ainsi que mon bonheur de le suivre et de répondre à son appel »…

Comment comprendre ce qui va se jouer maintenant, au cœur de ce sacrement d’ordination, sans ce lien d’amour avec le Seigneur ? A travers tout ce qu’il a reçu de sa famille, grâce à tous ceux qui l’ont encouragé dans sa vocation, à travers ses années de formation et d’initiation pastorale, le Seigneur travaillait le cœur d’Alexandre, lui dévoilant progressivement un chemin de vie ressenti comme désirable ; un appel qui agit non pas comme une séduction qui assujettit, mais un appel invitant Alexandre à un chemin de déploiement du meilleur de lui-même. Une adhésion de liberté, qui se joue quand notre désir le plus profond et le désir de Dieu se retrouvent en consonance.

Aujourd’hui, à travers ces paroles et ces gestes que nous allons poser, le Christ qui a appelé Alexandre va aussi l’envoyer par amour, gratuitement, pour être prêtre et prophète de cet amour. Ce lien à la personne du Christ – fort et intime à la fois – est donc fondamental. Plus que jamais, me semble-t-il, c’est ce qu’on attend du prêtre. Être cette personne-signe qui nous rappelle à temps et à contretemps qu’à la source du fait d’être chrétien, il n’y a pas une sorte d’idéalisme basé sur des valeurs généreuses, ni une grande idée un peu abstraite sur notre destinée. Il s’agit comme prêtre de veiller et d’éveiller au fait qu’à la source de la foi chrétienne il y a une rencontre : avec une Personne, un Vivant qui nous désire ; venu pour nous manifester un amour qui dépasse tout ce que ce que nous pouvons imaginer. Une présence qui ne cesse de venir à notre rencontre - qui que nous soyons et où que nous en soyons - et qui ouvre à nos vies d’hommes et de femmes un chemin d’accomplissement pleinement humain et pleinement divin.

Ce feu intérieur, pour qu’il demeure, pour qu’il grandisse au travers des épreuves inévitables et des nuits de la foi – Jérémie en savait quelque chose - il nous faut donc en prendre soin. Comme disait de façon si touchante, Etty Hillesum en plein désarroi : « Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas t’éteindre en moi »… Pour que cet amour te brûle pour toujours, Alexandre, il faudra en prendre soin chaque jour.

Aujourd’hui, de façon toute particulière, l’Eglise t’est confiée. Le Christ pasteur te fait pasteur avec lui pour que les communautés chrétiennes - dans leur diversité - marchent vraiment à sa suite. Pour aller là où il allait : en dehors des sentiers battus ; auprès de celles et de ceux dont il se faisait le prochain, même si ce n’était pas toujours bien vu. Ce sera ta mission : appeler et rappeler l’Eglise à son identité évangélique - et qui n’est pas nécessairement ce qu’attend d’elle le monde présent, comme disait S. Paul… Surtout quand certains préféreraient que l’Eglise s’enferme dans ses sacristies, ses oratoires ou son entre soi. Veiller aussi à ce que nos communautés soient paraboles de ce Dieu dont les pensées ne sont pas celles des hommes, et qui ne sont pas toujours les nôtres… : un Dieu d’étonnante miséricorde – cette miséricorde qui est l’ADN-même de notre Dieu, dit le Pape François. Un Dieu de bienveillance envers tous. Un Dieu de justice, résolument ami des petits et des rejetés. Un Dieu de paix, de communion, serviteur de tous…

Tu es envoyé pour annoncer la Parole de Dieu : en donner le goût, montrer quelle saveur elle apporte à l’existence, quelle fécondité, quel surplus de sens et de motivation elle donne à nos engagements.

Mais l’Eglise t’est donnée aussi pour qu’elle t’apprenne à devenir prêtre. Cette Parole de Dieu qu’il nous faut annoncer, nous en sommes aussi les écoutants. L’écouter dans le secret de notre cœur mais l’écouter aussi et l’entendre avec et grâce au Peuple de Dieu. Car comment entendre la différence de cette Parole sans l’entendre avec d’autres ? Le ministère, c’est un mystérieux échange. Il y a ceux auquel le Christ nous envoie… et voilà qu’il s’avère en même temps que ce sont eux que Dieu nous envoie. Tu l’as certainement expérimenté : ces enfants, ces jeunes, ces malades, ces aînés en maison de repos, ces réfugiés que tu as déjà pu rencontrer dans tes stages et tes engagements, ne t’ont-ils jamais fait dire comme Jacob : Dieu était ici – il était déjà ici - et je ne le savais pas ?

L’Evangile nous rappelle aujourd’hui, que ce qui compte c’est de suivre le Christ. Et que le suivre vraiment, ne nous épargne pas de connaître la contradiction, les regards obliques, ce que Jésus appelle prendre sa croix. Mais en prenant nos croix avec lui, et comme lui. Comme il a vécu la sienne : en pardonnant à ceux qui le méprisent ; en restant confiant au Père en qui il se remet, en étant attentif à ceux qui l’entourent.

Sur la croix, il était aussi soutenu par Marie, sa mère et par le disciple qu’il aimait. Ce n’est pas rien que de pouvoir nous aussi expérimenter qu’en vivant la mission avec d’autres, il nous est donné des frères et des sœurs qui peuvent aussi nous porter dans nos moments d’épreuve ou de lassitude. Combien la fraternité entre ministres - diacres, prêtres, animateurs et animatrices pastorales et aussi évêques – peut se révéler être une grâce inestimable. Soigne donc ce partenariat, cette bienveillance mutuelle dans les communautés et entre elles, cette synodalité effective et affective : un témoignage essentiel qui évangélise souvent plus que bien des discours !

En présidant l’eucharistie et les sacrements, tu inviteras les chrétiens à ne pas oublier la louange, l’art de prier et de célébrer Dieu. Prendre le temps de lire entre les lignes de ta vie, celle de l’Eglise et du monde, que le Seigneur continue d’être à l’œuvre. Qu’il est là, en train de travailler ce monde qu’il nous confie tel qu’il est : avec ses grandes générosités et ses apparentes indifférences ; avec l’urgence climatique et les changements culturels en train de se faire ; avec ces lendemains inquiétants face à cette crise que nous sommes en train de vivre et une si grande soif d’espérance.

On en revient à ce que disait Jérémie… Dans nos fragilités, humblement laisser le Seigneur nous brûler le cœur. Demandons-lui des prêtres qui reçoivent leur vie de Dieu et qui ne peuvent alors que faire comme lui : se donner.

+ Jean-Luc Hudsyn

Alexandre Wallemacq est originaire de Bruxelles. Il a 33 ans et est l’aîné d’une famille de quatre enfants. Il a vécu dans le Brabant wallon depuis l’âge de six ans et y a accompli toute sa scolarité. Après ses humanités, il décide d’entrer à l’armée, où il réalise une année complète à la division préparatoire de l’Ecole Royale Militaire.

Après celle-ci, il se réoriente, en 2006, vers un master en éducation physique à Louvain-La-Neuve. Il travaille ensuite, durant deux ans, comme manager dans un grand magasin de sport.

C’est durant ses études qu’il a ressenti l’appel de Dieu à le suivre et à s’engager sur le chemin du sacerdoce. Cet appel, il a pris le temps de le mûrir. A l’âge de 26 ans, il décide de frapper à la porte du séminaire diocésain, pour l’intégrer en septembre 2013. Il est alors envoyé au séminaire Notre-Dame de Namur, pour suivre sa formation avec les séminaristes des diocèses francophones de Belgique. Il y suit, pendant sept années, une formation humaine, spirituelle, intellectuelle et pastorale.

Après une insertion dans sa paroisse d’origine à Wavre, Alexandre est envoyé en stage, successivement, à l’Unité pastorale Sainte-Croix à Ixelles, à Mechelen, à Grimbergen en Brabant flamand et, enfin, à Saint-Médard à Jodoigne, où il a été ordonné diacre en vue du presbytérat par le cardinal Jozef De Kesel le dimanche 27 octobre 2019. Son ordination presbytérale aura lieu le dimanche 30 août 2020 à 15h30 en la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule à Bruxelles.

Photos : © G. FABRI que nous remercions chaleureusement pour son splendide reportage !

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