Homélie de la messe chrismale

Notre ADN de chrétien : croire en la fraternité

Chères sœurs, chers frères,

Ces saintes huiles que nous allons bénir et consacrer, ces saintes huiles nous remettent devant notre vocation et notre mission : tous, nous sommes appelés à partager la destinée du Christ, consacrés par l’onction aimante de son Père et envoyés par Lui à tous les hommes.

Je crois que tous ici, nous avons reçu une de ces onctions : et donc, que nous soyons catéchumène, baptisé et confirmé, que nous soyons diacre, prêtre ou évêque, que nous ayons reçu le sacrement des malades, nous avons tous été imprégnés de ceci : quoique nous vivions, quelles que soient nos fragilités, quel que soit notre état de vie, tous nous sommes appelés à nous laisser bouleverser par ce que nous rappelle cette fête de la Croix glorieuse :

-  Elle nous rappelle que nous sommes appelés à vivre nos croix et nos épreuves avec le Christ et comme lui : en restant confiants et aimants, y compris donc dans ce temps particulier de Covid 19.
-  Elle nous rappelle que nous sommes appelés par le Christ et soutenu par lui à voir en toute chose une mission qu’il nous confie pour être semeur de vie et de résurrection.

En ce temps particulier qui nous voient dispersés en cette collégiale, masqués, en nombre restreint… nous ne sommes pas nécessairement tous en forme moralement ou spirituellement devant tant de limitations, de consignes contradictoires, d’incertitudes devant l’avenir, devant surtout tant de situations de précarité présentes ou à venir.

Comme chrétiens, comme communautés, comme pasteurs nous avons fait ce que nous avons pu, parfois avec une créativité étonnante, parfois avec pauvreté, de façon malhabile. Les uns se sont sentis très soutenus, d’autres très isolés voire abandonnés. Les uns sont restés confiants, d’autres se sont sentis paralysés, ou découragés en voyant que cela va durer

Mais que nous dit le Christ ce soir ? Il ne regarde pas en arrière. Il attire nos énergies vers ce mot biblique si important : « Aujourd’hui ! ». C’est sur cela qu’il nous centre et nous attire : dans ces aujourd’hui toujours nouveaux et à vivre au jour le jour. « Aujourd’hui » : c’est là qu’il vient nous rejoindre, c’est là qu’il nous attend ! C’est à vivre cet aujourd’hui qu’il nous appelle car s’y accomplit ce à quoi ces onctions différentes nous préparent, nous fortifient, nous envoient.

Je le vis comme vous : cet aujourd’hui s’insère dans un temps qui n’est pas facile, qui est dépouillant. Oui ! en partie crucifiant. Ce temps nous dépouille de nos certitudes, de nos évidences, de nos projets, et en tout cas de nos habitudes… En cela, ce temps est sans doute aussi une grâce. Mais ce que nous dit avec force cette messe chrismale, n’est-ce pas ceci : ces onctions différentes dont nous avons chacun été marqués, n’était-ce pas pour vivre précisément de telles réalités, de tels aujourd’hui ? N’avons-nous pas été baptisés, confirmés, oints, et pour certains ordonnés, pour justement affronter avec foi, avec espérance, avec le plus d’amour possible de telles épreuves ?

Car enfin, qu’est-ce qui constitue l’ADN, l’identité de notre foi de chrétien ? C’est d’abord de croire au Christ ressuscité. Lui le Messie de Dieu, lui que Dieu a pleinement consacré par son onction d’amour et de vie, il ne s’est consacré qu’à cela : aimer, donner la vie en donnant la sienne. Si nous sommes baptisés, c’est pour oser croire que, toute épreuve, nous pouvons les recevoir comme un défi et non comme une fatalité qui paralyse. Y consentir ne va pas de soi, mais notre vocation c’est de croire que même là, la résurrection vient nous atteindre : pour nous relever, nous rendre féconds, inventifs, pour relever les autres. Aujourd’hui, nous allons renouveler notre adhésion à cette foi.

Notre ADN de chrétiens, c’est de croire aussi à cette fraternité dans laquelle nous entraîne notre identité de fils et de filles de Dieu, de sœurs et de frères du Christ. Ces onctions dont nous avons été marqués sont justement de l’ordre du toucher, tels des signes de la tendresse de Dieu. Soignons absolument cette fraternité : ce témoignage qui en dit plus long que bien des discours. Nous le sentons bien ici : combien d’être rassemblés – en communion avec tous ceux qui vivent cette messe avec nous – oui, nous sentons passer sur nous comme la caresse de Dieu : nous percevons intérieurement combien cela nous donne de l’espérance, de la joie, du souffle. Nous avons d’ailleurs bien vu ces derniers mois les ravages dramatiques qu’ont pu causer ce manque de fraternité, de proximité. Et combien – a contrario – c’est l’amitié et la fraternité qui nous ont permis d’exister et pas seulement de sur-vivre. Nous serons dès lors très attentifs à cette encyclique sur la fraternité que publiera le pape le 3 octobre prochain.

Notre ADN de chrétien est dans ce passage si poignant de S. Paul sur le Christ serviteur, qui se fait le prochain des hommes. S’il y a bien une priorité pastorale c’est de faire comme lui : être une Eglise préoccupée de ce que vivent les gens. On parle de pastorale de proximité… Que ce ne soit pas que des mots : faisons-nous proches, solidaires du plus grand nombre, entrons en conversation avec nos contemporains, rejoignons chacun dans ses vraies questions.

Notre ADN de chrétien c’est enfin de faire communauté pour ne pas nous essouffler. Faire Eglise, c’est croire en cette onction dont le Christ nous a marqués : croire en celle que nous avons reçue, croire en celle reçue par chacun de ceux avec qui nous sommes ici en communion. Et œuvrer ainsi ensemble, dans la diversité de nos appels, à cette bienheureuse contagion  : celle de l’amour !

+ Jean-Luc Hudsyn

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