Libres devant la mort ? Écho de la conférence du 13 mai à Wavre

Le 13 mai dernier, dans le cadre du "Printemps des Libertés" à Wavre, frère François Kabeya, ofm, faisait un exposé intitulé : "Libres devant la mort ? Questions autour de la fin de vie et de son accompagnement". L'abbé Pierre Sonte nous donne un écho de cette soirée qui a passionné les (très) nombreux auditeurs.

Sommes-nous libres devant la mort ? Comment pouvons-nous être libres quand notre propre corps commence à désobéir peu à peu au mouvement de notre volonté ? Comment pouvons-nous prétendre être libres face à ce qui nous assigne une limite ? Comment faire face à l’échec et assumer la vulnérabilité comme ce qui nous constitue ? Telles sont en substance les grandes interrogations sur la fin de vie suscitées par la conférence du frère François Kabeya dans le cadre du Printemps des Libertés.

Depuis la nuit des temps, la mort est une réalité qui fait peur en tant qu’elle constitue une confrontation à l’inconnu. Elle est pour l’être humain comme l’inconnu le plus absolu, a rappelé l’orateur. Cette réalité nous est davantage insupportable dans la société moderne du bien-être idéalisé où le développement de la technologie risque d’effacer de l’esprit humain l’idée de la vulnérabilité et de la mort, induisant l’illusion d’invulnérabilité, d’immortalité. Mais malgré cela, la mort est toujours présente.

À cela s’ajoute l’individualisme contemporain par lequel l’humain prétend être libre et autonome par rapport à la communauté, rendant chaque personne l’unique acteur de son bonheur et le seul responsable de son avenir. Nous assistons alors à l’émergence du sujet autonome et l’ébranlement de tout cadre de référence. On privilégie l’initiative personnelle avec des possibilités de choix multiples, une obsession au bonheur qui devient impérative et l’évitement de la douleur.

De plus, la diversité de choix possibles est considérée comme un progrès. Notre liberté est confrontée à plusieurs choix. Nous sommes devant l’obligation de choisir. Nous avons le devoir de choisir. Être seul devant un choix multiple conduit à « la fatigue de soi, l’excès de responsabilité ». On est alors victime de sa propre liberté et c’est une souffrance insupportable dans le fait d’être seul à choisir. Le manque de relation, la solitude devant un choix aussi important, déshumanise petit à petit.
Notre liberté dépend en fait de notre relation aux autres. Elle est une liberté en lien et non une liberté déliée. Malades ou bien portants, nous avons toujours besoin des autres pour choisir.

Devant la complexité de la situation, l’on choisit parfois l’euthanasie comme le cri d’une vie empêchée d’être pleinement épanouie. Celui qui demande l’euthanasie ne le fait pas par liberté mais, semble-t-il, par libération. C’est ce que frère François appelle le « fantasme de l’anticipation ».

Ainsi, sans toutefois idéaliser les soins palliatifs, frère François les propose comme le lieu d’une présence à l’autre de manière cordiale. C’est également le lieu de la prise de conscience qu’un jour notre vie comportera sa part d’inconfort. L’accompagnement est le lieu de l’expérience de la vulnérabilité et de notre finitude. Ne pas accompagner un parent en fin de vie, c’est refuser de payer la dette à l’endroit de ceux de qui nous avons reçu la vie. C’est se soustraire à un élan de solidarité naturelle.

Devant la souffrance, la foi ne nous dispense pas de l’angoisse, des larmes, mais elle nous permet d’habiter le tragique. Être libre devant la mort, c’est passer de la peur de la mort au courage de la vie.

Abbé Pierre Sonte

P.S. Photos © EdeR et AEN

 

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