Le carmel, accueil et écoute

Ce dimanche 4 novembre, les carmélites de Profondval invitaient à une eucharistie d'au revoir et d'action de grâce.

Ils ont été très nombreux à avoir accepté cette invitation.
La chapelle, les pièces voisines, les couloirs n’étaient pas assez grands pour accueillir tous ceux qui ont voulu exprimer par leur présence et leur prière leur merci à cette communauté présente à Court-Saint-Étienne depuis 45 ans.

Petit clin d’oeil…
La cloche elle non plus n’a pu se retenir de chanter à sa façon son merci au cours de l’homélie prononcée par Mgr Jean-Luc Hudsyn.
Vous en trouverez le texte ci-dessous et en pièce jointe.


Homélie pour le départ des Carmélites de Profondval – Messe du 31ème dimanche B - 4 novembre 2018

Un scribe s’avance vers Jésus et l’interroge… A un moment ou un autre, nous sommes tous confrontés à des questions devant lesquelles nous devons décider, faire des choix, et donc : s’avancer vers le Seigneur et lui demander : « Que désires-tu de moi, que désires-tu de nous ? »

Pour opérer ce discernement, le scribe vient demander à Jésus des repères qui puissent l’éclairer : « Qu’est-ce qui est premier ? Quelles priorités doivent inspirer notre agir pour que nos décisions soient dans l’esprit du Seigneur ? »

Vous, mes sœurs, devant l’invitation du supérieur général à regrouper les forces vives de l’Ordre du Carmel, vous aussi vous êtes entrées dans un discernement qui se profilait d’ailleurs depuis un certain temps.

Vous avez prié, chacune et ensemble. Comme le scribe de l’Evangile, vous avez interrogé Jésus. Vous savez bien comment il nous parle : dans le secret de nos cœurs, dans l’oraison nourrie par l’écoute de sa Parole ; en demandant conseil à l’Eglise – j’en suis témoin. En prenant aussi le temps du discernement communautaire : en écoutant chacune, en vous soutenant mutuellement face aux risques à prendre, aux inquiétudes devant l’avenir à affronter ensemble – une sorte de… dialogue des carmélites entre vous. Bernanos aurait aimé cela, lui qui dans ce texte poignant faisait dire à une des sœurs de Compiègne : « il faut savoir risquer la peur : le vrai courage est dans ce risque ».

Et voilà, vous avez donc décidé ensemble de quitter ce lieu. Vous partez rejoindre d’autres carmels. Plusieurs vont se placer au cœur de l’Europe, renforcer le carmel de Bruxelles, fondé il y a plus de 4 siècles par cette toute proche collaboratrice de Thérèse d’Avila elle-même que fut Anne de Jésus.

C’est donc pour nous aujourd’hui notre dernier dialogue à nous avec votre communauté. Ce n’est jamais de gaîté de cœur qu’on dit au revoir à une communauté religieuse. Votre appel à vous, vous l’avez discerné. Mais votre cœur aussi doit connaître le clair-obscur des adieux après tant d’années vécues dans ce val profond… Votre Mère, Thérèse d’Avila, nous avait un peu prévenus, elle qui aimait à dire d’une part que « tout ce qui appartient au monde ici-bas finit par passer » et de l’autre, que seul Dieu est « pour toujours »…

Mais il n’y a pas d’au-revoir vécu en Christ sans faire toute sa place à la reconnaissance, à l’action de grâce. C’est bien pourquoi vous nous avez invités à faire une dernière fois eucharistie ensemble.

Notre reconnaissance à nous est d’abord d’avoir eu proches de nous pendant 45 ans des filles de sainte Thérèse, veillant sur nous, veillant aussi sur cette Université que vous aviez suivie ici. Merci pour le tintement de votre cloche résonnant aux diverses heures du jour dans ce vallon. Elle sonnait à votre manière, humblement, discrètement. Elle rappelait au voisinage que Dieu était celui qui avait ravi votre cœur de femmes. Et que dans nos occupations, nos préoccupations - nos dispersions parfois… - nous étions néanmoins portés par votre prière. Merci pour cette chapelle où nous pouvions nous joindre au chant des psaumes, ou nous recueillir dans ce silence habité par vos heures d’oraison. Ce silence si nécessaire où – comme dit Christian Bobin – nous pouvons « éprouver que nous sommes sur la terre bien plus grands que la terre ».

Merci pour votre accueil et votre écoute. Votre témoignage auprès des équipes de catéchèse faisant halte chez vous ; vos échanges avec les jeunes des retraites itinérantes, votre attention à la communion priante. Merci pour votre hospitalité au parloir, ce lieu de grâce à la lisière entre le monde de Dieu et le monde des hommes. Vous y avez accueilli tant de chercheurs de Dieu, d’assoiffés de bienveillance. Les périphéries existentielles, les pauvretés de toutes sortes pouvaient trouver ici un moment d’humanité et de fraternité, comme une lueur du ciel. Et un merci tout spécial pour votre accueil aux prêtres tout heureux de pouvoir célébrer l’eucharistie avec vous – et je pense à cet aumônier fidèle que fut le Père Jean Haverman.

En ce qui me concerne, merci pour ces beaux échanges vécus avec vous en communauté, échanges toujours si fraternels, si profonds et qui en disaient long de votre souci de Dieu, de votre attention à l’Eglise, ici en Brabant wallon et au loin, votre attention à notre monde. Beaucoup ici peuvent témoigner de « ce bonheur et de cette fécondité que vous apportiez » comme disait le Deutéronome.

Que vous souhaiter ? Je citerai (évidemment !) sainte Thérèse. Dans les IVèmes Demeures (III,9), elle parle de cette dilatation, de cet élargissement de l’âme qui est donné à ceux qui restent attachés à l’oraison. Et elle ajoute : on « ne cessera de progresser dans cet accomplissement-là… à condition de ne pas retourner en arrière ! ». Pas de nostalgie donc… Notre prière vous accompagne. Continuez à être, là où vous serez, des invitations vivantes à « aimer le Seigneur de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre force » !

+ Jean-Luc Hudsyn
 

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