Le cardinal Danneels…

À l'occasion du décès du cardinal Danneels, Mgr Jean-Luc Hudsyn nous livre ici son témoignage. Un merci sincère et reconnaissant pour ces 30 ans d'épiscopat.

Pour moi c’était d’abord un homme de foi profonde nourri par l’Ecriture. Dans ses publications – ô combien appréciées – dans ses retraites, ses récos de carême donnée chaque année aux prêtres du Brabant wallon, il donnait tant de saveur aux Evangiles, aux lettres de Paul. Enracinant la Parole au cœur de nos vies et de notre mission pastorale.

Il insistait sur la prière, sur la liturgie célébrée avec un profond sens de Dieu et du Beau. C’était toujours une fête pour lui que de présider la messe chrismale à la collégiale de Nivelles.

Même si en public il pouvait parfois être réservé (il n’aimait pas trop les réceptions…), il donnait la pleine mesure de son humanité dans les entretiens privés. Combien, lui partageant leurs joies ou leurs épreuves, ont ainsi touché du doigt son écoute profonde, son empathie, son respect confiant, son souci de se montrer encourageant. Pour lui, cette écoute était essentielle à sa vision du pasteur. C’était aussi la meilleure façon d’être des pasteurs pour ce temps : en n’oubliant jamais ce que les hommes et les femmes rencontrés pouvaient nous partager de leur vie heureuse ou de leurs épreuves, de leurs doutes ou de leurs passions.

Il aimait l’Eglise. L’Eglise réelle : avec ses trésors de foi et d’engagements mais aussi ses contradictions, ses errements à tous niveaux. Il ne redoutait pas les critiques. Il y voyait même une forme de loyauté pourvu que de la part des chrétiens, ces critiques soient enracinées dans un profond amour du Christ et de son Eglise. Il citait souvent à ce propos Sainte Catherine de Sienne : elle ne craignait pas de dire au pape ce qu’elle pensait mais n’oubliant jamais que, cette Eglise, le Christ s’était livré pour elle et l’aimait comme sa propre chair, comme dit la lettre aux Ephésiens.

Quand il nous a demandé de mettre sur pied une formation pour les laïcs qui allaient recevoir une mission pastorale, il insista sur deux choses : qu’ils fassent l’expérience d’un accompagnement spirituel et qu’ils grandissent dans leur amour de l’Eglise.
C’était aussi un homme de dialogue : dans l’Eglise (où ce n’est pas toujours le plus facile !), au plan œcuménique, avec la laïcité, dans le dialogue inter-religieux : il était estimé pour cela dans ses milieux et il s’y était fait des amis - Comment va mon ami le cardinal Danneels ? me demandait récemment le grand rabbin Guigui et d’ajouter : sur les plateaux TV il y avait toujours une telle connivence entre nous ! …

Il m’a toujours semblé que par penchant naturel, le Cardinal Danneels était en quelque sorte un homme « d’intérieur »… Lisant, écoutant de la musique avec quelques amis choisis… Circulant incognito (et évidemment sans chauffeur)… visitant des expositions ou faisant les antiquaires, comme il m’avait dit aimé le faire… avant l’épiscopat ! Et pourtant, il a dû accepter de devoir vivre le contraire : de façon exposée, en pleins vents, devant faire face à des situations loin d’être confortables : des studios TV où il n’était pas toujours ménagé…). Envoyés dans des situations tendues et difficiles : le carmel d’Auschwitz, la Chine, les Balkans, le Soudan. Mêlé à des débats pas évidents sur le centralisme romain. Et puis la période éprouvante sur les affaires douloureuses de pédophilies.

Il en garda des blessures. Ce qui a cependant éclairé ces dernières années se furent la présence sur le siège de Malines-Bruxelles du Cardinal De Kesel qu’il appréciait beaucoup. Et l’élection du Pape François qui était certainement dans le droit fil de ses attentes pour l’Eglise.

Pour ces 30 ans d’épiscopat sur le siège de Malines-Bruxelles, pour votre humanité, pour votre passion de croyant, merci !

+ Jean-Luc Hudsyn

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