Message °1 de Mgr Hudsyn

Encouragements pour ce temps de confinement (15 mars)

Dimanche 15 mars en soirée

Chers frères prêtres et diacres,
Chers sœurs et frères animatrices et animateurs pastoraux,

En ce premier dimanche où nous avons vécu cette expérience inédite de confinement national, je voulais m’adresser spécialement à vous et vous dire ma proximité de cœur et ma communion. Non seulement communion avec vous, mais à travers vous, avec tous les chrétiens de nos diverses communautés.

Soucieux de vivre de façon responsable la solidarité que nous demande impérativement la pandémie que nous connaissons, nos dimanches et nos semaines seront particuliers pour un certain temps. Je me réjouis de voir toute la créativité pastorale dont beaucoup parmi vous ont fait preuve dès aujourd’hui : soit en diffusant largement la possibilité de participer grâce à la magie des ondes aux eucharisties diffusées par la radio ou la télévision (RTBF – KTO – RCF…) soit d’avoir utilisé les médias sociaux pour faire participer vos paroissiens à des messes privées célébrées localement par certains d’entre vous !

Dès les origines de la tradition chrétienne, on a parlé du « baptême de désir ». Mais Thomas d’Aquin, Thérèse d’Avila, le Concile de Trente, S. Jean-Paul II parlaient aussi de « l’eucharistie de désir » - une expression si belle : vivre et raviver en soi ce désir intense de l’eucharistie et de la communion au Christ, même si l’on est empêché de pouvoir communier à son Corps donné et au Sang de son Alliance. Découvrir aussi en creux, durant ces semaines sans assemblées, combien il est précieux de pouvoir se soutenir mutuellement en vivant aussi cette communion entre nous de dimanche en dimanche. C’est l’occasion de pratiquer le jour du Seigneur dans ces différentes facettes : écoute priante de la Parole de Dieu, temps de prière en famille, dans un coin de prière à domicile, intercession, action de grâce, attention aux autres, proches ou lointains.

Les circonstances nous imposent de vivre la solidarité, vivons donc un carême particulièrement créatif en ce domaine. D’abord en prenant très au sérieux les règles d’hygiène et de bonne distance qui nous sont demandées avec insistance. Cela étant, n’abandonnons personne et surtout pas ceux qui risquent de ressentir le plus la solitude et l’isolement. Soyons des pasteurs responsables, attentionnés et inventifs ! Puisque nous aurons du temps devant nous, c’est peut-être le moment de retrouver les anciennes vertus de l’écriture… : des lettres qui encouragent, des petits mots laissés dans une boite aux lettres, un post-it collé sur une fenêtre. Bien sûr, il y a les coups de téléphone ou de gsm (Proximus et Orange ont gratuitement augmenté les forfaits !…). Et pour les plus médiatiquement doués, il y a les sms ; les messages de toutes sortes ; ou dialoguons via Skype. Par Facebook, WhatsApp ou les sites des paroisses et des UP, envoyons des mots d’encouragement, des prières, des nouvelles les uns des autres, de la nourriture spirituelle !

J’ai vu aussi une UP organiser un service « courses » pour les aînés ; une autre, une opération « dessin d’enfants » pour les personnes dans les maisons de retraite… Il y a des étudiants qui se proposent pour soulager les parents en faisant bénévolement quelques heures de baby-sitting. Nous ne ferons sans doute pas comme les habitants de Sienne, d’Agrigente ou d’autres villes italiennes qui chantent sur les balcons le soir à 18h… à chaque peuple son génie ! Mais parlons-nous pour trouver comment aimer et servir avec imagination et retenons, en ce temps de fragilité, que c’est aussi avec de petits gestes qu’on peut se garder les uns les autres dans la confiance et la paix, le courage et la foi. Prenons soin en tout cas de nos anciens, de nos enfants, des jeunes, des malades, des catéchumènes aussi, sans oublier les prêtres aînés en maison de repos… Un pasteur même « confiné »… n’est jamais en chômage technique s’il veut non seulement aimer ceux et celles qui lui sont confiés mais s’il veille aussi à ce qu’ils « se sentent aimés », comme disait don Bosco.

Pour nous-mêmes, faisons de ce carême un temps d’amour pastoral renouvelé mais aussi plus que jamais un temps d’intériorité, de lecture, d’approfondissement spirituel, de réflexion sur nos choix et nos priorités. J’ajoute ceci : le carême est aussi un temps de combat spirituel et de conversion dans notre suite du Christ. Je le dis parce que cette façon d’avoir du temps et pour un certain temps…, le fait d’être devant moins de choses à faire, d’avoir des agendas plus aérés, avec peu de réunions, cela a aussi ses risques… et ses tentations : celui de tomber dans une certaine indolence spirituelle, un farniente qui nous replie sur nous-mêmes, qui ne creuse aucune soif ni aucune faim profondes en nous. Soutenons-nous donc spirituellement entre nous, ministres ordonnés et laïcs, nous qui sommes ensembles chargés du tonus spirituel de nos communautés. Soignons ce tonus pour nous-mêmes, demandons-le à l’Esprit-Saint, gardons-nous éveillés les uns des autres pour que personne ne tombe dans une facilité qui nous centrerait sur nous-mêmes.

Mes encouragements vont aux équipes d’aumônerie en clinique et en prison où les conditions de vie sont particulièrement difficiles. Je pense aussi à ceux qui vont souffrir économiquement des contraintes professionnelles qui leur sont imposées. Je pense à ceux qui doivent pour l’instant inventer l’école tout autrement. Je pense au personnel soignant, aux médecins, aux pharmaciens et aux services de secours.

N’oublions pas le partage que nous voulons vivre spécialement durant ce carême avec le peuple haïtien qui comme tant d’autres ont tant besoin de justice, d’espérance et de notre générosité quand bien même les temps sont difficiles chez nous. Bref, soyons fraternels (et sororels…). Faisons-nous signe ! Aidons-nous à être signe !

De tout cœur avec chacun et chacune de vous pour ensemble « défricher des champs nouveaux » dans une communion et une solidarité « non confinées » !

+ Jean-Luc HUDSYN

Illustration : Frans Van Holder, Collection des tableaux de la Province du Brabant wallon

 

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