Diaconat permanent

Perspectives et opportunités

Ce texte, préalablement distribué à tous les membres du conseil épiscopal, est la référence de l’allocution prononcée par le cardinal Joseph De Kesel, archevêque de Malines-Bruxelles, lors d’une journée inter-diocésaine pour les diacres au centre pastoral à Anvers, avec, comme fil conducteur, les 3 points suivants :

-  Quel est le sens d’un diaconat permanent ?
-  Pourquoi le diaconat permanent existe-t-il ?
-  Quel est l’avenir du diaconat permanent ?

DIACONAT PERMANENT
Perspectives et opportunités

C’est le concile Vatican II qui a rétabli la fonction du diaconat autonome dans l’Église.
Le décret sur l’action missionnaire de l’Église établit que : L’ordre du diaconat, conformément à la constitution de l’Église, doit être restauré (restaurare) en l’état (AG16). La constitution de l’Église parle d’une restauration (restituere) du diaconat comme rang hiérarchique propre et permanent (LG29).

Cependant, le Concile n’envisageait pas la restauration du diaconat tel qu’il existait dans l’Église des origines. D’autant plus qu’il n’existait pas de vision univoque de la nature et la spécificité de cette fonction, ni sur le fonctionnement concret de celle-ci. De même doit-on tenir compte de la diversité de la fonction à côté de celles du prêtre et de l’évêque.
Le Concile désirait donc bien réinstaurer le diaconat mais elle l’envisageait comme une toute nouvelle fonction ministérielle.
Lorsqu’on envisagea ce nouveau ministère et l’ensemble de ses tâches surtout concrètes, les besoins pastoraux s’imposèrent. Dans sa réflexion, le Concile exprime dans ses écrits la recherche d’une identité dans la diversité. Cette recherche se poursuit encore aujourd’hui.

1. Les intentions du rétablissement
Une des raisons principales au rétablissement de ce ministère était déjà, à l’époque, la pénurie menaçante de prêtres. C’est surtout dans la catéchèse et le secteur social et caritatif, où l’Église fut toujours très active, que la pénurie se faisait déjà sentir, aussi bien dans l’Église occidentale avec sa diaspora grandissante et sa culture de plus en plus laïque, que dans le développement de jeunes Églises sur d’autres continents.
La problématique du célibat obligatoire des prêtres y joua un rôle certain.

Après l’énumération des nombreuses tâches du diacre, LG29b dit : Puisque ce ministère, très important pour la vie de l’Église, est difficilement mis en œuvre dans de nombreuses régions, eu égard au droit latin, on peut donc rétablir la fonction dans la hiérarchie avec son rang propre.

La pénurie de prêtres fut un défi pour l’Église mais aussi une opportunité. Ce fut l’occasion de réinstaurer une fonction ministérielle propre qui répondait à certains défis. Sachant que le pape Jean XXIII considérait le Concile comme essentiellement pastoral, on pouvait donc donner cette dimension au nouveau diaconat. Le Concile fut donc le moteur mais on n’y trouva pas de théologie très développée de la fonction. On permit donc au diaconat de rencontrer les besoins de la pastorale en ayant très clairement en vue une pastorale missionnaire.

Le rétablissement du diaconat signifiait ipso facto le rétablissement d’un ministère triple dans l’Église. Il n’y a pas de doute à ce sujet ; la fonction ministérielle est traditionnellement triple : évêque, prêtre et diacre. Le diaconat n’avait pas disparu mais dans l’Eglise occidentale : il était une dernière étape vers l’ordination à la prêtrise. Le Concile voulait reconnaître le diaconat comme un ministère à part entière. Ce faisant, on dépassa la conception qui considérait le ministère de la prêtrise comme exclusif et on ouvrit le chemin vers d’autres fonctions au sein de l’Église.

Dans ce cadre, on considéra le diaconat dans les conceptions fondamentales de Vatican II et on appela à une vision commune (communio) plutôt qu’hiérarchique, avec toutes les conséquences pour la fonction consacrée.

Pour bien comprendre les intentions de Vatican II avec la restauration du diaconat, il faut prendre en compte une chose très importante. Il ne s’agissait pas seulement d’une nouvelle vision sur l’Eglise mais aussi une modification de la conception du rapport de l’Église au monde. C’est cela que le pape Jean avait à l’esprit lorsqu’il appela le Concile : pas une Église qui vit sur soi pleine de suffisance, mais une Église aux fenêtres ouvertes sur le monde. Évidemment, l’Église ne se confond pas avec le monde. Mais elle ne vit pas plus à côté du monde et sûrement pas contre le monde. Il est évident que Vatican II a parlé de l’Église dans le monde, intensément solidaire avec lui. Plus même, le Concile parle de l’Église comme Sacramentum mundi, le signe de la miséricorde de Dieu et de son amour du monde. Elle est un sacrement du monde et pour cela elle partage tous les défis du monde, des hommes et de la culture. Si le Concile a rétabli la fonction diaconale dans son autonomie c’est pour que ce ministère exprime l’attachement et la solidarité de l’Église avec le monde. Le Concile n’a pas défini les tâches concrètes de la fonction. Ces tâches se situent sur les trois terrains valables pour toute fonction dans l’Église : l’annonce de la Parole, la liturgie et la diaconie. Évidemment, la diaconie, l’engagement au monde et la vie réelle des gens, sont propres à ce ministère mais pas exclusivement. Le contenu du diaconat sera déterminé par les besoins de la pastorale propre à l’époque vécue.

2. Pourquoi le diaconat avait-il disparu ?

Dans l’antiquité tardive, le christianisme était surtout présent dans les villes. L’évêque était le chef et le pasteur de la communauté chrétienne. Il était entouré de prêtres et de diacres. Les prêtres constituaient le presbyterium et conseillaient l’évêque. Les diacres étaient des collaborateurs de fait et endossaient des responsabilités diverses. C’était surtout le fait des archidiacres. Mais qui parmi eux étaient le plus important ? Les rapports entre eux furent quelques fois conflictuels, voire concurrentiels.

Ce rapport concurrentiel se renforce avec l’expansion des Églises et paroisses hors des villes. L’évêque ne pouvait pas être partout à la fois. Comme représentants de l’évêque, les prêtres devinrent les guides et les pasteurs des communautés locales et célébrèrent l’eucharistie. Les diacres restèrent les collaborateurs de l’évêque. Pendant ce temps, les prêtres assurèrent toutes les fonctions et services dans les communautés locales. En tant que guide des communautés locales, les prêtres acquirent ainsi de l’importance. D’autres fonctions telles que le diaconat s’effacèrent progressivement au bénéfice d’une seule : la prêtrise.

Une circonstance particulière entraîna la disparition progressive du diaconat autonome.

Dans l’Église des origines, la gestion des biens et le service aux pauvres étaient les tâches majeures des diacres. Lorsque l’Église devint Église d’État, à la fin du 4ème siècle, le service aux pauvres déclina. Ce service fut petit à petit repris par les religieux et les religieuses.

3. Une nouvelle conception de la fonction
Le rétablissement du diaconat eu des conséquences plus vastes. Cela nécessita une redéfinition complète des fonctions ministérielles. Après l’antiquité, le ministère fut progressivement réduit à la seule prêtrise. Dans la liste des sacrements (de l’ordre), on ne mentionne d’ailleurs qu’elle. La réintroduction du diaconat nécessita ipso facto le rétablissement d’un ministère multiple : évêque, prêtre et diacre.

En un sens, on peut aussi affirmer que le Concile a également redéfini la fonction d’évêque, plus précisément la sacramentalité de ce ministère. Le Concile n’a pas fait comme si les fonctions d’évêque et de diacre avaient perdu leur sens tout au long de l’histoire. Mais il était devenu difficile de distinguer la différence réelle entre la fonction de prêtre et d’évêque. Était-ce dû à l’ordination ? Ou était-ce dû à la juridiction ? Il s’agit bien d’une même fonction, mais l’évêque étend son autorité sur une plus grande juridiction, un plus grand territoire. Vatican II a clairement décrit la sacramentalité de la fonction de l’évêque. Celui-ci est le pasteur de la communauté chrétienne locale. Dans ce sens, il exerce le ministère dans sa totalité. Les prêtres et les diacres participent à ce ministère. Ils sont donc les collaborateurs de l’évêque. Au prêtre seul est confié le service et la direction de la communauté locale, y compris la célébration eucharistique.

Le Concile a aussi mené une réflexion sur la fonction de diacre.

Nous n’avons pas l’intention de développer cela de manière systématique. En voici donc quelques éléments.

4. Pas pour la prêtrise mais pour le service à la pastorale
Non ad sacerdotium sed ad ministerium. Cette formule est utilisée dans LG29. En général, on la traduit ainsi : pas pour le sacerdoce mais pour le service à la pastorale. Cette traduction est littéralement correcte mais elle n’exprime pas le sens précis des mots. Chaque fonction dans l’Église est un ministerium, un service. Le texte que reprend le Concile parle de ministerium episcopi.

Cela renvoie au service que l’évêque rend, plus précisément la pastorale, pour la communauté qu’il préside et qui lui a été confiée. Cela signifie que le diacre n’est pas ordonné pour assister l’évêque dans sa mission de prêtre mais bien dans sa mission pastorale. Avec la traduction « service… » (dienstwerk) on n’en réfère pas exclusivement à un service caritatif ou social mais bien à la responsabilité pastorale. La formule montre que le diacre n’est pas ordonné pour la prêtrise. Le prêtre est le médiateur entre Dieu et son peuple au nom du Christ. En ce sens, le prêtre est le pasteur de la communauté et celui qui préside, qui guide, pendant l’eucharistie. C’est par ce qu’elle exclu que la formule ouvre à un contenu très vaste. Les diacres sont les collaborateurs de l’évêque dans son service pastoral. Ce service inclut la diaconie trinitaire de la liturgie, de la Parole et des œuvres de charité, (LG 29). Ce contenu est tellement vaste que AG 16 parle d’encadrer des communautés chrétiennes éparpillées.

D’après la conférence des évêques, l’ordre du diaconat doit, conformément à la Constitution de l’Église, être rétabli dans son autonomie. Il convient et il est important que des hommes qui exercent une fonction diaconale et proclament la Parole de Dieu en tant que catéchistes, le fassent au nom du curé ou de l’évêque en fonction, aux communautés chrétiennes éparpillées. Et qu’ils le fassent en pratiquant la charité dans les œuvres sociales et caritatives, en imposant les mains selon la tradition des apôtres, en réconfort intime avec l’autel, afin que leur service s’exerce pleinement par la grâce sacramentelle et dans la pleine efficacité de leur fonction diaconale (AG 16).

Tout cela n’empêche pas que dans l’exercice de la diaconie trinitaire, la fonction de diacre se nourrisse surtout du service aux pauvres, malades et meurtris, ou aux hommes en détresse quels qu’ils soient. C’est pour cela que le diacre sera présent à l’eucharistie afin que la liturgie ne soit pas éloignée de la vie réelle. Et lorsque le diacre prêche l’Évangile la grâce de Dieu résonnera concrètement aux oreilles de la communauté.

Dans le paragraphe 29, Lumen gentium mentionne d’ailleurs très clairement que le diacre est destiné aux fonctions de charité et d’administration.

Cela ne signifie évidemment pas que le diacre sera présent sur tous les terrains de la diaconie trinitaire. Sa responsabilité peut ne couvrir qu’un des trois éléments. Mais lorsqu’il est actif dans la sphère caritative et sociale, il ne s’investit pas uniquement là. Là aussi il proclamera l’amour de Dieu et prêchera l’Évangile. Sa présence à la liturgie sera aussi au service de la vérité dans la célébration liturgique. Il reste le signe de celui qui a lavé les pieds de ses disciples.

Perspectives d’avenir

Le diacre n’est pas ordonné pour la prêtrise. Il ne remplace pas le prêtre. Si le diaconat ne sert qu’à conserver ce qui reste de la culture chrétienne, le risque existe qu’il disparaisse à nouveau tout comme il le fit dans le passé. Nous ne vivons pas dans une communauté chrétienne homogène et conforme. Notre culture est devenue séculière et de plus en plus multi-religieuse et pluraliste. Cela signifie pour l’Église une présence plus missionnaire dans la société. Si le Concile a réinstauré le diaconat c’est dans la perspective de cette société changeante. Le rétablissement du diaconat n’est donc plus destiné à un contexte chrétien. Il est destiné à une pastorale dans le contexte d’une société séculière.

Il est nécessaire de passer d’une pastorale de soins, de services, à une pastorale missionnaire, écrit le pape François (Evangelii Gaudium, 15). Le diacre va, ensemble avec d’autres, prendre des initiatives novatrices dans l’annonce de la foi à partir de la vie réelle, celle de nos contemporains et à partir des sensibilités de la culture contemporaine.

Le service d’une Église qui ne vit pas nécessairement avec mais a de la compassion, de l’empathie pour les événements de la vie du monde et des gens. Le diacre se reconnaît dans la parole du pape François : Une communauté évangélisante partagera la vie de tous les jours de ceux qu’elle approche. Elle réduira les distances, se fera petite jusqu’à l’humiliation et sera touchée, via les autres, par le corps souffrant du Christ. Les annonciateurs percevront ainsi « l’odeur des brebis » qui entendront leur voix.

Le diacre n’agit pas à la place des autres. Ce ministère est de l’ordre du signe : le diacre est le signe du Christ lui-même et de la diaconie à laquelle toute l’Église est appelée.

Le rétablissement peut rendre toute l’Église diaconale. C’est pour cela que la recherche de la tâche exclusive du diacre est stérile. Le Concile a dès le début ouvert le diaconat aux hommes mariés. Ainsi peuvent-ils pleinement participer au ministère. C’est ainsi qu’un monde s’ouvre sur des fonctions exclusivement célibataires qui perçoivent celui-ci trop imparfaitement.

En conclusion

Le rétablissement du diaconat est une grâce pour toute l’Église.

Nous vivons dans l’Église une période de transition très importante. Nous venons d’un passé ou, ici et pour nous, la foi était une évidence. Nous devrons lâcher prise par rapport à un certain nombre de choses du passé. Un espace se libère pour d’autres priorités et accents. On travaille à approfondir et à renouveler les choses. C’est dans cette recherche que le diaconat sera un apport important et aura une importance inestimable. C’est pour cette raison que nous devons appeler plus de chrétiens à embrasser ce ministère. Nous devons cependant veiller à ce que le diaconat ne serve pas à autre chose que ce pour quoi il est fait : une pastorale plus missionnaire et une grande participation au monde.

+ Joseph, Cardinal De Kesel
 

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