Centenaire de l’armistice

À cette occasion, Mgr Jean,-Luc Hudsyn a présidé la messe - diffusée à la radio - en la collégiale Sainte-Gertrude à Nivelles ce 11 novembre 2018. Voici le texte de son homélie.

Sœurs et frères, chers amis,

Les trois lectures de ce dimanche ont un ton de gravité. En cela, elles sont en résonance avec ces 100 ans de l’Armistice que nous célébrons aujourd’hui.
Dans chacun de ces passages de l’Ecriture, il y a à la fois un arrière-fond de violence mais aussi une figure qui vient nourrir notre espérance.

Le prophète Elie est poursuivi, persécuté parce qu’il combattait ces faux dieux, ces faux idéaux qui déshumanisaient la société de son temps. C’est une pauvre veuve, qui ne partageait pas sa religion, qui le recueille. Elle lui offre cette poignée de farine et ce peu d’huile qu’elle avait encore.

La lettre aux Hébreux fait une relecture de la violence faite au Christ. Eliminé, parce qu’il prônait, au nom même de Dieu, un amour universel – y compris l’amour des ennemis ; il proposait un vivre-ensemble qui abat les murs qui séparent ; un souci des plus pauvres… Jésus a accepté d’assumer jusqu’au bout, ce message de réconciliation et de paix. Sur la croix, il se donne lui-même. Les bras grand ouverts, il manifeste, une fois pour toutes, cet accueil de Dieu et son pardon qui nous ouvrent un avenir inespéré ; qui nous promet la victoire sur la haine et sur la mort ; un relèvement possible pour chacun, qui que nous soyons et où que nous en soyons.

Dans l’Evangile, Jésus n’est pas tendre pour ces notables et ces lettrés qui se servent de leur savoir, de leur position sociale ou religieuse pour faire violence aux petits, et qui, comme il dit, « dévorent les biens des veuves ». Justement, dans le temple, il voit l’attitude de cette autre veuve qui fait son admiration ! Ces deux piécettes qu’elle dépose dans la salle du trésor semblent un presque rien. Mais ce presque rien est un trésor. Elle me fait penser à cette femme, humble et généreuse, dont parle Soljenitsyne dans La Maison de Matriona : « Et nous tous qui vivions à ses côtés, n’avions pas compris qu’elle était ce juste dont parle le proverbe et sans lequel il n’est village qui tienne. Ni ville. Ni notre terre entière ! ».

Tout cet arrière-fond de violence avec, en contre-point, ces vies qui se donnent, nous conduisent au centenaire de cette Armistice qui mettait fin – ne fut-ce que provisoirement - à des années de cruauté où tant et tant de combattants ont donné leur vie en sacrifice.

C’est un devoir de se souvenir, de faire mémoire. Faire mémoire non pour entretenir le ressentiment ; non pour entretenir la méfiance ; ni non plus en finir par désespérer de notre humanité. Mais au contraire : faire mémoire pour prendre soin de la paix ; pour en prendre et en reprendre inlassablement les chemins ; et pour aller aux sources qui peuvent nous en donner la force.

Ce qui peut nous en donner la force, c’est le souvenir de ses foules de combattants qui ont donné leur vie. La paix est loin d’être une affaire de gentillesse. Elle a un prix. Elle passe par un don de soi qui, parfois, va jusqu’au bout.

Fallait-il pour obtenir cette paix en Europe, payer un tel prix – ces millions de morts et de blessés ? On peut se poser la question : même si on ne refait pas l’histoire. Nous disons aujourd’hui notre respect à ces hommes de toutes conditions, de toutes convictions qui ont dû quitter femme, enfants, situation, pays pour des conditions de vie épouvantables, avec au bout des morts cruelles. Parmi ceux qui en réchappaient, tous ces corps mutilés, ces visages défigurés qui suffiraient à faire prendre la guerre en horreur. Cette guerre a laissé tant de cimetières et tant de ruines. Des orphelins. Toutes ces femmes, faisant face, portant leur famille et le pays à bout de bras, avec l’angoisse au cœur de se voir annoncer la mort de l’être aimé.

Pour tous ceux qui ont ainsi souffert, nous avons aujourd’hui compassion et reconnaissance. Leur sacrifice n’aura pas été vain s’ils nous motivent à ce que ce « Plus jamais ça ! » nous fassions tout pour le rendre possible. Car gagner la guerre est une chose ; gagner la paix en est une autre. Et ce combat-là continue – et sans doute plus que jamais quand on voit la conjoncture actuelle.

Dans la tradition biblique la paix se gagne par la justice, par l’amour, la fraternité. Bâtir la paix, c’est lutter contre tout ce qui nourrit les guerres : les injustices, les inégalités, le pillage des ressources naturelles, l’indifférence face aux institutions et organismes qui essayent de promouvoir la paix – et le projet européen en fait partie. Quelles que soient nos convictions, nous pouvons ensemble donner force à ce combat pacifique en luttant contre ces causes de conflits que sont en nous l’envie, le mépris, l’orgueil, le repli sur soi. Et pour nous, chrétiens, laissons-nous toucher par le regard aimant que Jésus pose sur cette veuve qui donne le meilleur d’elle-même. Ce regard, il le pose sur nous ce matin, pour nous encourager dans le don de nous-mêmes.

« Jarre de farine point ne s’épuisera »… Que ne s’épuise jamais en nous l’urgence d’être des artisans de paix !

+ Jean-Luc Hudsyn

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