Église catholique en Brabant wallon

Archidiocèse de Malines-Bruxelles (Belgique)

Église catholique en Brabant wallon

 

Vous direz : Que le Seigneur te bénisse et te garde !

Homélie de Mgr Jean-Luc Hudsyn pour le 1er janvier 2021, à la basilique de Basse-Wavre

C’est le temps des vœux. Les nôtres cette année sont certes chaleureux mais quand même un peu hésitants. Nous sommes un peu perdus ; hier soir et aujourd’hui les embrassades sont limitées, les tablées réduites… On voudrait tant nous souhaiter une bonne année, en tout cas une meilleure ! Alors on dit : « une bonne année… espérons » !

Ce matin, en cette eucharistie, c’est le Seigneur qui, en matière de vœux, prend l’initiative. Car c’est un peu de cela qu’il parle avec Moïse : il lui dit en quels termes il est appelé à bénir les fils d’Israël. Pour la Bible, bénir quelqu’un, c’est lui souhaiter ce que Dieu désire de meilleur pour lui. Et donc, le premier vœu que Dieu voudrait adresser à son peuple, c’est celui-ci. « Vous direz : Que le Seigneur te bénisse et te garde ! »

C’est bon de voir qu’au moment de commencer cette année, alors que la lassitude pèse sur pas mal d’entre nous, avec un peu d’abattement et beaucoup d’incertitude… le Seigneur nous rappelle qu’il est celui qui veut nous bénir. « Benedicere », en latin, dit bien ce que ce mot veut dire au sens premier : benedicere, littéralement, dire du bien de quelqu’un… Bénir, c’est faire l’éloge de quelqu’un, dire ses louanges, se réjouir de ce qu’il représente de précieux !

Ce matin, la Parole de Dieu nous dit à chacun : que le Seigneur te bénisse et te garde… Nous, voilà que nous ne sommes pas au mieux de notre forme, pas très assurés face à notre fragilité, pas d’humeur vaillante, mais voilà que Dieu vient pour nous bénir. Voilà qu’il vient et prononce notre nom à chacun, à chacune avec joie, il se réjouit de ce que nous existions… là, comme nous sommes. Alors que nous sommes un peu groggys par ces temps difficiles, il vient à nous les bras tendus, et tant pis pour les distanciations de rigueur !

Parfois j’ai l’impression que certains chrétiens hésitent à croire en cet amour infini de Dieu pour nous que le Christ est venu nous révéler. Dieu vient à nous ce matin et commence par nous bénir en non pas par nous faire la leçon. Et personne n’est exclu de ses bénédictions. Il n’abandonne personne à son sort, dans la malédiction, qui que l’on soit, et où qu’on en soit.

Voilà pourquoi le Seigneur commence ce matin par nous bénir : il est celui qui tourne vers nous son visage plein de bienveillance et nous souhaite sa paix. Cette paix qui vient de lui, comme un cadeau de tendresse à toute épreuve, qui veut et peut nous mettre en paix avec nous-mêmes ; en paix avec notre passé ; avec parfois une certaine mésestime de nous-mêmes qui nous laisse sans joie ; avec ces longs mois qui nous ont éprouvés, découragés peut-être. Et avec cette pacification avec soi, il nous invite à être en paix avec les autres, avec nos proches. Et bien sûr, en paix avec Dieu. Oui, il nous bénit et il nous garde. Il nous garde dans cette façon de faire la paix qui s’appelle la fraternité.

Le Pape vient de faire une encyclique très belle, très importante sur la fraternité, sur sa nécessité vitale pour le monde de demain. Dans ce qui nous attend encore avec cette pandémie, il nous faudra donc veiller à cette fraternité, continuer à cultiver des liens fraternels, « sororels » entre nous, avec nos voisins, nos collègues, nos amis, entre les hommes et les femmes. Le Pape François donne aussi un autre nom à la fraternité : il l’appelle l’amitié sociale. Elle se joue dans le souci des plus pauvres, de ceux qu’on a appelés les invisibles de notre société tant ils comptent peu. Sans oublier le souci de cette question dont on parle soudain si peu : le développement dont tant de peuples ont tant besoin. Et aussi le dialogue entre les religions, les convictions et les cultures. Une fraternité à soigner aussi dans l’Eglise, dans nos communautés. Cela fait partie de notre identité de chrétiens que ce climat de fraternité. Qui parfois ne ferait pas de tort quand on voit l’âpreté de certains débats entre cathos… où certains semblent ne pas se rendre compte que lorsque nous parlons sans fraternité de communion, d’évangélisation, de communautés ou de paroisse, nous sommes tout, sauf crédibles… Une année donc pour continuer à inventer comment mettre plus de fraternité autour de nous. En même temps on a vu la fraternité et la solidarité bien à l’œuvre : tant de belles choses se sont vécues et se sont inventées où, beaucoup, même sans le savoir, ont vraiment, comme les bergers, entouré l’enfant de la crèche, ce Jésus qui s’est identifié aux petits, à ceux qui avaient faim, à ceux qui étaient malades. En étant humblement les gardiens de leurs frères, c’est à lui qu’ils faisaient tout cela.

Marie « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ».

Demandons au Seigneur, les uns pour les autres, cette capacité de retenir les événements que nous vivons et de les méditer dans notre cœur. Demandons de pouvoir être comme elle, tout au long de 2021 et quoiqu’il arrive, des accoucheurs et des accoucheuses de vie et de fraternité, de foi et d’espérance.

Demandons au Seigneur de percevoir durant cette année qui vient les signes discrets de sa présence et de sa bénédiction ; d’y entendre ses appels mais aussi ses encouragements. Puissions-nous alors avec S. Paul nous écrier avec gratitude au soir de chacun de ces 365 jours : « C’est l’œuvre de Dieu » ! en ajoutant, pleins de gratitude : « Abba, Père : béni sois-tu ! »

+ Jean-Luc Hudsyn

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