Message n°5 de Mgr Hudsyn

Lettre en temps de confinement (18 avril)

Chers sœurs et frères,

Nous avons vécu une semaine sainte et une fête de Pâques inédites. Et je pense aujourd’hui fraternellement à nos frères orthodoxes qui vont vivre Pâque cette nuit.
Nous avons bien senti que si la résurrection du Christ nous atteint chacun personnellement apportant force et espérance à nos traversées intérieures, encouragement et confiance pour convertir et libérer nos vies de ce qui nous tire en arrière ou nous referme sur nous-mêmes, nous avons expérimenté durant ces semaines – mais comme un manque - que la foi chrétienne est en même temps un chemin, un exode que l’on vit avec les autres, pour les autres et soutenus aussi par les autres.

Je constate avec action de grâce, que mis au défi par ce temps de confinement, ni les pasteurs ni les chrétiens ne sont restés passifs, repliés sur eux-mêmes. De mille manières, vous avez été créatifs pour signifier – comme on le pouvait – que nous étions reliés les uns aux autres par une communion fraternelle, un lien spirituel profond qui fait étroitement partie de notre vocation et de notre mission de baptisés. Cette année, par défaut, faute de pouvoir le vivre dans une proximité réelle, incarnée, nous avons bien senti qu’être chrétien c’est aussi – comme me disait une catéchumène : « découvrir qu’on reçoit comme une deuxième famille » ! Tisser des liens de fraternité, de soutien, d’écoute, de solidarité… nous l’avons peut-être mieux compris encore : cela fait partie de façon très essentielle de notre identité de disciples en mission.

1. La communauté : une grâce et une mission

Du coup, nous avons pu percevoir des choses à convertir en nous. A certains moments, nous avons tendance à vivre la dimension communautaire comme une habitude qui nous engage peu. Nous avons tendance à nous situer en consommateur (exigeant). Nous sommes tentés de ne prendre que ce qui nous arrange, si ça nous arrange et quand ça nous arrange… sans chercher avec les autres comment mieux faire avec les limites de chacun, y compris les nôtres. Peut-être que, du côté des pasteurs, nous n’impliquons pas toujours assez dans la réflexion et les décisions, les chrétiens, la communauté, et ceux qui sont plus à distance, en vue de rechercher une vie de communauté qui soit vraiment fraternelle, solidaire, tisseuse de liens.

Quand sera venu le temps de l’« après » dont nous commençons à rêver…, ce sera une belle tâche que de bien discerner localement, en unité pastorale, ce qu’a permis ou pas ce temps particulier en ce qui concerne la construction de cette dimension communautaire, si constitutive de notre foi, si liée à la crédibilité de notre témoignage. Cette dimension ecclésiale, communautaire : comment l’avons-nous vécue ? Qu’avons-nous inventé pour la signifier et la faire croître : dans les familles ; dans la communauté ; dans les quartiers et les villages ; avec d’autres initiatives d’entraide et de solidarité ; avec ceux qui vivent au loin ? Quels sont les défis que nous avons pu relever ? Grâce à qui et grâce à quelle collaboration prêtres- diacres-laïcs ? Quels en ont été les points faibles et qu’est-ce qui a été négligé, ignoré comme ressources locales ?

En situation de crise, on travaille fatalement dans l’urgence et « comme on peut » - c’est mieux que de ne rien faire, ou de se contenter de distribuer les bons et les mauvais points du haut de son balcon. Mais, avec le recul, ne négligeons pas de discerner aussi quelles sont les initiatives qui se sont avérées porteuses, fécondes ? Quelles sont celles qui, par contre, étaient peut-être moins ajustées ? Cela nous permettra à ce qu’il y ait justement un « après » plus vivant, plus témoignant, plus solidaire. Cela permettra à ce que ces initiatives parfois vraiment innovantes puissent continuer d’enrichir et d’inspirer, demain, après, notre savoir-être et notre savoir-faire de « disciples en mission ».

Je vous invite à ce sujet d’aller voir régulièrement le site internet du Vicariat (bien sûr !) et en particulier la rubrique située à mi-hauteur au milieu de la page d’accueil et intitulée « L’imagination pastorale et missionnaire n’est pas confinée ! ». Elle nous donne un bel aperçu de ce que l’Esprit a pu vous inspirer dans différents coins du Brabant wallon. Que ce soit d’ailleurs l’occasion pour moi, une fois de plus, de dire aux prêtres, diacres, AP et chrétiens des Unités pastorales et des aumôneries, combien je rends grâce pour leur manière pro-active et créative, spirituelle et généreuse avec laquelle ils ont fait face pastoralement à ce temps auquel nous n’étions pas préparé. Voir ici.

2. Poursuivre notre engagement pastoral

Nous sommes néanmoins repartis pour quelques semaines : je nous souhaite à tous d’être les disciples de cette espérance qui tient bon, ne cède pas à la lassitude, demeure fidèle et que le Christ ressuscité vient insuffler en nous. Les chrétiens, guettés par la lassitude, continuent d’avoir besoin de pasteurs proches et attentionnés. Et c’est vrai que les pasteurs ont aussi besoin de se sentir soutenus… A ce titre, merci de toute la complicité entre autres des animatrices et animateurs pastoraux qui ont contribué avec tant d’affection à ce que le Jeudi-saint, prêtres, diacres (et évêque) soient comblés de messages encourageants et chaleureux à l’occasion de ce jour de fête pour eux. Certains m’ont dit que – faute de messe chrismale – on est même venu leur apporter des fleurs ! De voir cela, de ressentir cette communion si joyeuse, de ressentir une Eglise somme toute si aimante, je vous avoue que cela a été source pour moi d’une grande action de grâce envers le Seigneur et envers vous tous.

Vous avez lu le dernier communiqué des évêques de Belgique du 16 avril. Rien ne change pour l’instant en ce qui concerne les communiqués précédents et, en particulier, avec les règles wallonnes pour la célébration des funérailles. Cependant le Moniteur d’aujourd’hui mentionne un arrêté de loi pris ce 17 avril concernant l’enregistrement de célébrations par YouTube ou autre support. Je vous le donne tel quel et vous demande de l’observer avec vigilance :

  • Sont autorisées : Les cérémonies religieuses enregistrées dans le but d’une diffusion par tous les canaux disponibles et qui ont lieu uniquement en présence de 10 personnes maximum, en ce compris les personnes en charge dudit enregistrement, avec le maintien d’une distance d’1,5 mètre entre chaque personne, et pour autant que le lieu de culte reste fermé au public pendant l’enregistrement. (AM 17/4/2020)

3. Un « après » se profile…

Je ne vous cache pas que l’on commence à réfléchir au secrétariat des évêques de Belgique à la manière dont une sortie progressive du confinement pourra être accompagnée d’une certaine reprise de célébrations liturgiques. C’est évidemment en concertation étroite avec les instances officielles que l’on pourra établir : comment ? où ? avec quel nombre ? avec quelles règles de distanciation etc. ? Il n’est pas question d’improviser ni de prendre des dispositions qui seraient irresponsables au plan de la santé de tous. A ce propos, un rituel est proposé pour le premier dimanche où les célébrations publiques seront à nouveau autorisées : un rite pour allumer le cierge pascal dans les communautés chrétiennes, et pour bénir l’eau baptismale. Voir le document : Rite du cierge et de l’eau à la reprise des célébrations après le confinement

4. Pour soutenir vos initiatives

Pour poursuivre l’accompagnement des communautés, les services du Vicariat continuent avec beaucoup de fidélité à vous donner toute l’aide qui pourra vous être utile. Je voudrais en particulier attirer votre attention sur ceci : la page d’accueil du site internet du vicariat vous renseigne un nouveau site momentané (le temps du confinement) dont l’adresse est la suivante www.confinement-bw.be

C’est là qu’on pourra trouver les informations officielles du Vicariat pour ce temps de confinement. Mais on y trouvera aussi des propositions pastorales pour nourrir la foi de semaine en semaine. En particulier, pour chaque dimanche des pistes y seront offertes pour une lecture priante de l’Évangile : « Prier la Parole pour en vivre ». Des liens vous dirigeront également vers les suggestions des services de la Catéchèse, des pastorales des Jeunes et de la Santé. C’est donc un site à visiter régulièrement et qui pourra nourrir vos propres sites et vos communiqués.

Restons bien en communion active les uns avec les autres. Portons dans notre prière le Cardinal Jozef De Kesel dont vous savez l’indisponibilité. Il doit vivre un traitement assez lourd pour au moins encore 9 semaines. Je l’ai assuré en votre nom à tous de notre soutien fraternel et de toute notre communion.

Avec mes plus proches collaborateurs, les liens ne manquent pas. Le Conseil du Vicariat se réunira « virtuellement » le 28 avril. Toutes les semaines, avec les adjoints, Rebecca Alsberge et Eric Mattheeuws, nous nous concertons par Skype. Avec eux, je vous souhaite de vivre dans l’esprit de ce dimanche de la miséricorde. Le Seigneur, régulièrement, manifeste sa proximité aux apôtres, il revient vers Thomas. Il est celui qui vient, qui revient toujours pour chacune et chacun d’entre nous. Qu’il nous donne paix et consolation à tous ceux qui sont dans l’épreuve ou la tristesse. Qu’il vous donne à tous sa joie et son élan.

Le 18 avril 2020
+ Jean-Luc Hudsyn
 

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