Vie Montante - Cathédrale Sts-Michel et Gudule – 25 octobre 2012

« Quelle merveille ! Le Dieu inaccessible se fait notre ami » s’exclamait le Patriarche Athénagoras . Alors qu’il approchait de la fin de sa vie, il trouvait que la foi devenait de plus en plus simple : « Dieu s’est fait notre ami » !

Nous sommes donc les amis de Dieu - et c’est lui qui nous le dit, et c’est lui qui l’a décidé : « C’est moi qui vous ai choisis » - Osez le croire ! Ayez l’audace de le croire !

Avec l’âge, quand on se retourne sur sa vie, on sait bien que notre chemin n’a pas toujours été qu’un chemin de lumière. Nous avons tous nos parts d’obscurité. Il y a les blessures reçues, les blessures données, les blessures tant bien que mal refoulées. Il y a ce qui en nous n’a pas toujours été compris, reconnu, aimé… Il y a nos tempêtes intérieures, évoquées tout à l’heure… Aussi, il y a toujours le risque avec l’âge de tomber dans le ressentiment, dans l’amertume ou dans la mésestime de soi : comment pourrais-je être digne, digne d’être l’ami, l’amie de Dieu ?…

Mais l’ami, l’ami véritable, n’est-ce pas justement celui qui connaît nos faiblesses, qui sait nos contradictions, sans jamais nous y enfermer. L’ami, n’est il pas celui qui est suffisamment lucide que pour voir en nous ce que parfois nous n’osons voir ou ne pouvons voir : cette beauté intérieure et ces trésors parfois bien cachés qui sont pour chacun notre être profond.

Autour de nous, ce qui est digne de considération, nous le sentons bien - ou on nous le fait sentir -, c’est le jeunisme, la santé, la rentabilité, la performance… un peu le contraire de ce qui nous arrive un peu plus chaque jour !… mais si Dieu est notre ami, c’est justement parce qu’il voit notre dignité complètement ailleurs ! Il la voit dans ce que nous sommes en profondeur : dans cette humanité qu’il a mise en nous, et dont la Genèse nous dit qu’elle est à son image et à sa ressemblance.

Il voit aussi en nous tout ce que nous avons pu semer de bonté, de justice, de paix, de réconciliation. Il n’oublie pas les jours et les nuits où nous avons été des serviteurs de la vie, de l’espérance, de l’amour, de la foi alors même que nous ne voyons pas toujours comment cela a pu donner du fruit. Or semer de l’amour, de la vie, du pardon… c’est semer ce que Dieu est, c’est semer ce que son Esprit produit en nous. C’est donc semer de l’éternel, et cela ne passera jamais !

C’est pourquoi le Seigneur nous dit avec Isaïe : « Ne crains pas. Ne guette pas anxieusement autour de toi », te demandant si ta vie a été assez fidèle, si ta vie a assez de poids devant Dieu et devant les hommes. Fais confiance à son amitié, celle que Jésus n’a pas arrêté de proposer à tous. Sur la croix, et jusqu’à son dernier souffle même au larron, il offrira son amitié : « Toi, aujourd’hui même, tu seras avec moi ! »

« Abraham, mon ami ! » disait le Seigneur dans la première lecture. Abraham qui à 75 ans découvrit qu’il n’avait encore quasi rien compris de Dieu ! C’est bien la preuve qu’il était encore jeune ! On devient spirituellement vieux quand on croit qu’on a tout compris de Dieu, quand il est sans surprise. Quand on arrête d’être un nomade de la foi ! Bernard Pivot - un retraité actif - disait que « les gens qui vieillissent très vite sont des gens qui ne font que se raconter et qui n’apportent que des réponses »

Ce qui est bien avec Vie Montante c’est que le mouvement vous garde spirituellement en mouvement, en nomadisme. Il vous garde curieux et aussi curieux de Dieu. Et c’est bien précieux car ainsi, croyez bien, vous pouvez énormément apporter aux générations qui vous suivent au plan de ce qu’on appelle la Nouvelle évangélisation et qui fait l’objet du Synode qui va s’achever dimanche. Comme évêque je rencontre assez bien de jeunes, dont ceux que je confirme. Et quand je rencontre les groupes de confirmands durant leur retraite, souvent je leur demande : quels sont les témoins qui vous ont transmis la foi, qui vous en ont donné le goût ? Croyez-moi : combien de fois n’entends-je pas dire : « C’est mon grand-père, c’est ma grand-mère !! »

Tout particulièrement en ce moment de notre société en Occident, vous êtes des maillons précieux, indispensables de cette longue histoire de la transmission de la foi, ce trésor que de génération en génération des chrétiens se sont passé les uns aux autres.

Continuez à le faire même si c’est avec des mots maladroits pourvu que vos enfants et vos petits-enfants sentent que vous êtes habités par cette amitié de Dieu. Comme dirait Don Bosco : les jeunes, il ne faut pas seulement les aimer, il faut qu’ils se sentent aimés… même quand ils nous déconcertent ! Et je connais bien des grands-parents qui ont ce talent-là !

Bernard Pivot évoquait un peu férocement ceux qui ne font que ‘se raconter’… : que les jeunes trouvent en vous des écoutants qui les invitent à ce que, eux les plus jeunes, puissent se raconter. Avec leurs quêtes, leurs doutes, leurs contradictions, leurs cris parfois ! Ayons pour leur vie et pour leurs paroles cette hospitalité d’Abraham qui découvre qu’en servant un repas à trois inconnus qui passaient par là - et qu’il ne fait qu’écouter d’ailleurs - en fait c’était Dieu qu’il accueillait… Cherchez dans les jeunes cette flamme divine qui habite leur fougue, leur générosité, leurs souffrances, leurs passions - parfois un peu désordonnées… -, leurs inquiétudes car ils en ont ! On n’évangélise que ceux qu’on aime !

C’est pourquoi, son amitié, Dieu nous la confie. La manifester, ce n’est pas qu’être gentil, cela passe aussi par la solidarité, l’engagement, un rôle critique. A chacun selon ses dons, sa santé et son rythme. Il n’y a pas d’âge pour être fécond… c’est ce qu’Abraham a découvert. C’est donc notre espérance : un ami de Dieu porte toujours du fruit, et du fruit qui demeure.

Alors, Seigneur, comme disait le psaume, donne-nous de rester jusqu’à notre dernier souffle des chercheurs de toi. Pour être, même avec nos rides, des témoins audacieux de la si grande beauté de ton amour, Toi qui a l’audace de dire que nous sommes ici, chacun, chacune, tes amis.

+ Mgr Jean-Luc Hudsyn

 

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