Une espérance pour traverser le deuil

C’est à une journée placée sous le signe de l’espérance chrétienne que la Pastorale de la Santé a convié un large public, principalement en contact avec des personnes endeuillées. Pour le guider dans cet accompagnement, les regards de Marie-Camille Carton de Wiart, psychothérapeute et de Régis Burnet, théologien, se sont croisés avec une lampe allumée, celle des matins de Pâques. Echo de quelques moments ouvrant des voies nouvelles.

C’est Marie-Camille Carton de Wiart qui a ouvert la journée en s’adressant d’emblée aux visiteurs de malades, en particulier ceux qui accompagnent des personnes endeuillées, ils étaient plus de cent. Il s’agit d’abord de briser le tabou qu’on entretient avec la mort, afin de permettre aux chrétiens de vivre avec elle et de lever la crainte lorsqu’on approche les personnes endeuillées.

Le deuil, un long processus de maturation

« Le deuil est un processus de souffrance organisé dans le temps pour passer d’une sensation désagréable (tristesse, découragement, colère, peur, angoisse…) à la paix et la joie enfin retrouvées. » Le chemin que l’on traverse, (car on ne fait pas un deuil, on le traverse, insiste l’oratrice), est inhérent aux composantes de l’homme : corporelle, psychique, spirituelle, cette dernière constituant le cœur du travail de l’accompagnateur. Ces trois parts sont appelées à s’unifier sans séparation. Il s’agit alors d’établir « une relation nouvelle qui corresponde à la situation actuelle de vie où l’un est sur terre et l’autre dans l’au-delà. »

Dans le schéma que la thérapeute propose au public, différentes étapes s’écrivent en ellipse comme autant d’arrêts qu’il faut dépasser pour grandir. Après le départ de l’être aimé, c’est le choc qui provoque l’anesthésie, mettant la personne en décalage avec la réalité. Suivent alors deux périodes particulièrement difficiles et douloureuses faites d’émotions, d’errances de désorganisation. Elles sont nécessaires avant de poser la question du sens de la mort et reconnaître qu’il n’y a pas de sens à la mort de l’être aimé. Comment redonner du sens à ce qui n’en a pas ? Les étapes des pardons à donner et à recevoir, celle de l’héritage humain et spirituel manifestent une remontée vers la paix. A celui qui accompagne une personne profondément endeuillée, d’être en espérance.

L’Evangile, trésor de notre foi

Entrer en relation avec une personne endeuillée est quelque chose de délicat, le théologien Regis Burnet en est bien conscient. Il ne donne pas de recette, mais par un pédagogique décryptage de deux textes (Résurrection de Lazare et Marie-Madeleine au tombeau du Christ), propose des pistes, des clés de lecture pour nous relier à ces personnages du temps du Christ (Marie, Marie-Madeleine) qui sont nos relais à nous, contemporains. Ces textes peuvent être une médiation pour accompagner les personnes endeuillées. Plusieurs interprétations sont ouvertes : la mort est le chemin que Jésus a emprunté, elle est participation à la gloire divine, mais jamais le texte ne donne une réponse claire sur la mort. Seule certitude, Dieu, troublé par la douleur des hommes, reste le maître absolu de la mort. Dans les deux textes de saint Jean (11,1 et 20,1), le signe ne vaut rien sans la foi qui est première, elle nous demande de croire malgré l’absence, de nous engager avec toute notre personne : « chacun doit créer sa foi, se prendre en main  », ces textes nous mettent en chemin.

L’icône du samedi Saint

Marie-Camille Carton de Wiart boucle les exposés par son expérience personnelle : elle partage, non pas ce qu’elle dit en consultation, mais ce qu’elle vit dans son intériorité lorsqu’elle écoute une personne en deuil. Elle a repéré 8 étapes (depuis la Cène jusqu’à la Pentecôte) qui ont permis aux apôtres de traverser leur deuil après la mort brutale et traumatisante de Jésus. Cette référence intérieure à l’Evangile - trésor de notre foi - la laisse dans l’espérance qu’elle accompagne une personne qui retrouvera la paix. Dans son cabinet de thérapeute, elle a accroché l’icône du Samedi saint où l’on voit Jésus chercher Adam et Eve qu’il tient par les poignets. « Face à cette image, je n’ai pas peur, je regarde l’icône en face de moi, juste derrière la personne que j’écoute (elle ne la voit donc pas). Dans l’échange douloureux, j’interpelle Dieu : Celui qui sauve. Une parole m’est donnée dans la relation »
L’image du Christ qui demande à Marie-Madeleine de ne pas le toucher, en est une autre qui enseigne quelque chose d’essentiel : « beaucoup de personnes restent accrochées à celui ou celle qui est parti(e), cette attitude les empêche de trouver leur chemin. Comme les apôtres (en deuil de Jésus) qui reçoivent à la Pentecôte un souffle intérieur leur permettant de faire ce qui leur a été demandé, il faut du temps pour traverser un deuil et trouver ce qui est nécessaire à poursuivre le chemin. »

Quatre exposés, des échanges en petits groupes, un pique-nique animé, il fallait bien conclure la journée. Le « Veni Creator » chanté ensemble a permis à chacun de se sentir pleinement relié à Celui qu’il place au centre de sa vie et aux autres : oui, l’espérance chrétienne est bien vivante !

Bernadette Lennerts

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