Un débat sur la religion et la paix à Louvain-la-Neuve

Le Groupe islamo-chrétien de Louvain-la-Neuve avait invité M. Farid El Asri et le P. Charles Delhez pour un « regards croisés » sur une question qui a rassemblé au moins 120 personnes : « Les religions sont-elles des facteurs de paix ? » le 27 avril 2017

Farid El Asri, anthropologue, professeur à Bruxelles et à Rabat, attire notre attention sur le rôle joué par le regard, l’imaginaire, les suppositions à l’égard de l’islam conquérant arrivant jusqu’à Poitiers un siècle après la mort du prophète. Il a été perçu comme une horde… Quant à l’Eglise, elle voyait son credo contesté par l’islam et Mohammed fut considéré comme l’antéchrist, polygame et violent face au Christ non-violent et célibataire.
Aujourd’hui il faut changer de vision, parce que le monde a changé. Il y a une crise identitaire. La présence musulmane interroge le mythe de la culture homogène. On oscille entre inquiétude et lassitude. Cependant, il n’y a jamais eu autant de désir de se dire et de partager, simplement entre humains. Cependant, dialogues et échanges ne suffisent pas, il faut agir ensemble, dans des projets communs, par exemple contre la famine.

Charles Delhez, quant à lui, a rappelé que l’URSS athée a fait huit millions de morts et que la violence économique fait encore pire. En fait, la violence instrumentalise tout ce qu’elle rencontre. Tout peut devenir prétexte et justification de la violence.
Il y a aussi la violence de l’arrogance culturelle et certaines caricatures en font partie.
En conclusion : c’est l’homme qu’il faut changer.
Dans l’Ancien Testament il y a beaucoup de violence, mais elle est contestée par les prophètes qui dénoncent la violence des rois. Le sommet est le Serviteur souffrant décrit par Isaïe, le règne de l’amour et du service. (« Prince de la paix »)
« Remets ton épée au fourreau », dit Jésus à Pierre, « ceux qui prennent les armes périront par les armes ». Les chrétiens des trois premiers siècles étaient objecteurs de conscience, mais avec Constantin (313) la politique a récupéré la religion.
La non-violence est au cœur de l’évangile. La doctrine de la « guerre juste » visait à limiter la violence dans les guerres. Mais aujourd’hui, avec les armes modernes, il n’y a plus de proportion entre les motifs de légitime défense et les dégâts causés, la guerre n’est donc plus justifiable, comme l’ont dit les derniers papes.

Beaucoup de questions ont été posées à Farid El Asri : que penser de la condamnation des « kouffar » (mécréants ?) ou des « apostats » dans le Coran ou des incitations au « jihad » ? La réponse est de ne pas tomber dans des traductions ou interprétations qui font fi du contexte de l’époque. Par exemple, le mot traduit par apostat désigne plutôt le traître qui, dans le combat, passe dans l’autre camp. Malheureusement, il y a aujourd’hui dans l’islam des interprétations très littéralistes qui peuvent justifier la violence, comme on le voit avec Daesh.

Je conclurais volontiers par cette magnifique réaction que j’ai citée de Mohamed El Bachiri, après la mort de son épouse Loubna dans le métro de Maelbeek : « Je prône un jihad qui ne connait pas la haine, ne cherche pas à imposer sa vérité, incite à aller vers l’autre, son frère différent, pour lui sourire, le comprendre et lui exprimer de l’empathie : le « jihad de l’amour » !

Philippe de Briey, de.briey@proximus.be , article sur le site http://reli-infos.be

 

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