Toussaint 2015

Homélie au Collège dominicain S. Albert le Grand à LLN

La sainteté dans l’Ancien Testament c’est la qualité essentielle de Dieu. C’est sa différence ! C’est sa définition : et c’est en Christ que nous avons pu voir ce que cela donne quand la sainteté de Dieu vient se faire chair, ce que cela donne qu’un homme qui manifeste pleinement dans sa personne ce que c’est qu’être enfant de Dieu. St Jean a défini ainsi notre vocation à chacun : lui devenir semblable ! Prendre ce chemin qui est le sien où être de plus en plus à Dieu, en communion avec lui, nous rend en fait de plus en plus pleinement humain. Ce chemin de sainteté, c’est donc pour S. Jean notre vocation à tous.

C’est bien un ‘chemin’ : il faut parfois se méfier des hagiographies qui nous racontent la vie des saints un peu comme s’ils l’étaient quasi de naissance, comme si justement ce n’était pas un « chemin », avec ses hauts et ses bas, ses détours et ses avancées ; une progression avec son combat permanent en nous entre grâce et pesanteur, entre le oui et le non. Au baptême, nous avons été mis sur ce chemin-là. Il nous a ‘plongé’ dans cet amour infini de Dieu pour que nous puissions en vivre et progressivement en rayonner.

Ce n’est pas un chemin ennuyeux, ou qui nous couperait de notre humanité ! Cela donne des gens comme François d’Assise ! St Vincent de Paul ! Don Bosco ! Cela donne des gens qui ont leur différence : comme Jean XXIII et Jean Paul II. Cela donne des couples comme les parents de Thérèse de Lisieux qui viennent d’être canonisés, un couple très moderne pour son temps, très solidaires des pauvres de leur ville. Quand on s’ouvre de plus en plus à Dieu - car c’est cela la sainteté - cela donne des hommes et des femmes dont - comme chrétiens - on peut être fiers ! Quand on laisse faire cette énergie divine en nous qu’on appelle l’Esprit-Saint, cela donne des hommes et des femmes qui ont du souffle et qui en donne aux autres. La confirmation, qui nous rappelle que l’Esprit Saint demeure en nous, est venue elle aussi nous mettre sur ce chemin-là.

Bien sûr, si la sainteté de Dieu, c’est sa différence… c’est vrai que les saints sont eux aussi un peu différents : et de fait, ils ne sont pas toujours à courir derrière ce qui préoccupe ce monde. S’ils sont soumis à quelque chose, c’est à l’Evangile. Ils n’obéissent pas aux 10 commandements de la consommation, de la pub, du rentable à tout prix. Ils ne sont pas soumis au magistère de l’argent, du médiatiquement et du politiquement correct. Ils ont appris à ne pas être dans la superficialité : ils ont appris la profondeur. Ils savent prendre du recul, méditer, habiter leur être profond, s’ouvrir à la transcendance, prier. Ils ont un certain style d’humanité fait de don de soi, de gratuité. Ils ne sont pas du genre à se retirer dans leur coquille, à se concentrer sur leur ego. Ils ont consenti à ne pas se protéger des questions qui touchent à cet Autre de l’homme qu’est Dieu ; ils ne tiennent pas à distance les questions spirituelles et religieuses ; pas plus qu’ils ne se protègent de ces autres que sont leurs frères et sœurs humains, particulièrement les plus fragiles et les plus pauvres.

C’est vrai les saints sont un peu différents, ils sont en partie ailleurs… Mais comme dit Soljenitsyne : ils sont ces justes sans lesquels notre terre aurait explosé depuis longtemps ! Ce sont des pratiquants entêtés des Béatitudes. C’est pour cela qu’ils sont bien placés pour nous parler du Christ : ils ont fait de lui la pierre d’angle de leur être, le berger de leur vie, l’inspirateur de leurs choix … Alors, comme lui, ils ont appris la pauvreté du cœur, la compassion, la justice, la miséricorde, la pureté du cœur et du regard, la paix, quitte à souffrir s’il le faut, pour leurs convictions et leur foi. Comme dit l’Apocalypse ils sont 144.000, une façon de dire qu’ils sont vraiment beaucoup… qu’ils sont innombrables et pour la plupart anonymes. Et leur sainteté - même naissante - (et on la trouve en route même hors des frontières de l’Eglise), elle fait de ces hommes et de ces femmes des êtres féconds, créateurs, qui relèvent la vie, qui relancent l’amour. Des saints comme cela, je crois que chacun, chacune d’entre nous en a rencontré. Ce qu’il y a de meilleur en nous, c’est eux qui l’ont éveillé en nous en nous aimant, en nous conseillant, en nous donnant de l’espérance. Nous ne serions pas ce que nous sommes humainement évangéliquement sans ces 144.000 saints d’hier et d’aujourd’hui !

Comme les saints rendons ‘louange, gloire et action de grâce’ à Celui qui vient dans cette eucharistie : il vient transformer, sanctifier notre cœur, notre corps, notre intelligence, notre amour. Il nous envoie pour mettre avec lui, là où nous sommes une espérance de paix et de justice. Comme un goût de bonheur !

+ Jean-Luc Hudsyn


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