Saint-Barthélémy à Bousval - 04 septembre 2016

Voici l'homélie que Mgr Jean-Luc Hudsyn a prononcée lors de la messe célébrée à l'occasion de l'inauguration des nouveaux vitraux de l'église.

Sœurs et frères,

L’Évangile vient de nous dire que de grandes foules faisaient route avec Jésus. Ces trois lectures nous donnent quelques moyens pour être vraiment des disciples de Jésus. C’est comme pour réussir un beau vitrail : comment rendre nos vies transparentes à la lumière du Seigneur ?

Jésus nous fait d’abord comprendre qu’être son disciple relève d’un choix, d’un engagement. On n’est pas chrétien par une sorte de transmission qui se ferait toute seule. C’est vrai qu’il y a eu des temps pas si lointains dans notre culture, où être chrétien c’était plus ou moins faire comme tout le monde : on naissait dans ce bain de chrétienté… - ce n’était pas pour autant qu’on était un vrai disciple du Christ ! Les apôtres ont dû décider d’être chrétien, et dans une société interculturelle, mondialisée comme la nôtre, on ne nait pas chrétien, on le devient, on le décide. Cela nous oblige à appuyer notre foi sur une conviction personnelle, à nous interroger sur nos raisons de croire, à travailler et à nourrir nos motivations. Aussi Jésus nous parle de cet homme qui veut construire une tour et qui prend le temps de s’asseoir et de réfléchir. Être chrétien, cela demande de savoir s’asseoir, de s’interroger régulièrement - pour voir si c’est bien ce chemin-là qu’on désire prendre, pourquoi on le prend ; si c’est bien de cette manière-là qu’on veut construire sa vie et pourquoi. Il en va ainsi de toutes les grandes aventures ! N’est-ce pas ce qui s’est passé pour l’aventure artistique qui a donné naissance à ces vitraux qui éclairent désormais cette église. On a échangé entre artistes ; on a dû se concerter sur les procédés innovants dont ils sont le fruit ; les divers partenaires de ce projet ont délibéré entre eux pour le faire aboutir… Même si dans le domaine de l’art l’inspiration compte pour beaucoup, avec sa fulgurance et ses intuitions inattendues, le chemin qui mène à la réalisation d’une œuvre d’art mêle nécessairement passion et réflexion ; dialogue. Pour réussir sa vie, c’est pareil. Pour construire un amour durable, c’est pareil. Et c’est pareil pour la foi.

Pour déployer sa foi, il faut savoir s’arrêter en silence, prendre le temps de l’intérioriser, de la réfléchir aussi. C’est bien pourquoi les chrétiens sont invités le dimanche à venir s’asseoir ensemble : pour écouter cette Parole qui permet à notre vie de rester orientée alors que, comme disait le Livre de la Sagesse, « nos réflexions sont parfois incertaines et nos pensées instables ». A l’eucharistie, nous venons nous laisser re-nourrir par le Christ lui-même ; nous faisons le plein de son Esprit - d’ailleurs, ce n’est pas par hasard, que l’Esprit-Saint et sa colombe se laissent entrevoir sur ces vitraux. Dans nos églises, les vitraux ont toujours contribué à transmettre en silence les mystères de la foi. Ils font partie de ce qui, chaque dimanche, diffuse en nous cette lumière divine, cette chaleur qui redonnent des couleurs à notre vie.

Être disciple, nous dit aussi l’Évangile c’est préférer le Christ. Il y a une chanson de Julien Clerc qui s’appelle : « Ma préférence »… où il dit de sa bien-aimée : « elle est ma préférence à moi »… C’est ce que dit Jésus : si quelqu’un vient à moi, s’il veut marcher à ma suite, alors il lui faut « me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et ses sœurs et même à sa propre vie ! ». Que veut-il nous dire ? Non pas qu’il ne faut pas aimer son père, sa mère, sa femme, son mari, ses enfants, ni même soi-même ! Ce n’est vraiment pas le genre de Jésus… Mais il nous invite à un déplacement : le suivre Lui c’est aimer chacun - et aimer toute chose - à sa manière à Lui, en le prenant Lui comme centre de référence pour savoir comment vraiment aimer son père, sa mère, sa femme, son mari, ses enfants, et de quelle manière aussi s’aimer soi-même avec justesse. Être disciple du Christ, ce n’est pas mépriser qui que ce soit, mais c’est mettre sa préférence dans le Seigneur pour ajuster à partir de lui notre relation aux autres et aux choses : trouver en lui, dans sa façon d’être, dans sa Parole et son Esprit, la manière d’aimer ceux qui nous entourent, et ceux qu’il nous confie. Se référer à lui pour mettre une juste harmonie des couleurs dans notre vie : pour qu’il n’y ait pas que la couleur dominante de notre ego… même si notre ‘moi’ a droit à sa juste place ; pour qu’il n’y ait pas que les couleurs sombres de nos détresses et celles du monde mais qu’elles soient cependant bien présentes ; pour qu’il n’y ait pas que le vert d’une espérance naïve mais qu’il y ait aussi des touches de vert profond… Et que ne manque pas non plus la lumière qui a notre préférence comme croyant : celle de la résurrection, celle de cet amour dont Dieu déborde.

Et justement, dans la 2ème lecture, St Paul invite un de ses amis à avoir de l’amour, de la miséricorde pour un esclave qui s’était enfui de chez lui. Impossible de dire qu’on est disciple de Jésus si on ne laisse pas entrer dans son cœur cette manière d’être si essentielle du Christ : avoir comme lui un cœur aimant ; un cœur bienveillant comme celui de Mère Térésa qu’on proclame sainte en ce moment à Rome. D’ailleurs un des vitraux évoque ce fleuve d’eau vive qui coule du cœur transpercé de Jésus ; ce fleuve d’amour qui vient donner fécondité à tout ce qu’il baigne. Être disciple de Jésus c’est entrer dans ce regard qui consent à voir dans l’autre un frère, comme nous dit St Paul…

Ainsi donc, quand nous mettons de la fraternité dans nos vies, quand nous mettons notre préférence dans les façons d’être du Christ, quand nous prenons le temps de nous arrêter pour relire notre route et nos journées alors nous sommes sur la bonne voie pour vivre en vrais disciples du Seigneur. Nous sommes sur la bonne voie pour que la clarté de Dieu se répande en nous et à travers nous… comme la lumière du jour se répand dans la belle transparence pastel de ces vitraux.

+ Jean-Luc Hudsyn
23ème dimanche C Temps ordinaire

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