RD Congo : un État de droit ? Enjeux et défis multiples

Ce 14 janvier 2016, l’attention de l’auditoire rassemblé à Louvain-la-Neuve à l’invitation de la Commission Justice et Paix (CJP) du Brabant wallon ne s’est pas relâchée durant les 2 bonnes heures qu’aura duré la rencontre-débat consacrée aux enjeux sur l’avenir de la RD Congo.

Pour une population qui, selon les mots de Denis Kialuta au nom de la Commission régionale Bw, vit chez elle comme un étranger, privée des richesses de son propre pays, le processus électoral représente le seul espoir d’une transition vers un état de droit respectant la dignité humaine. D’où cette soirée pour convaincre du nécessaire appui à apporter à ce processus.

En 2016, se tiendront les élections présidentielles et locales en République Démocratique du Congo. Nombreux sont les enjeux au cœur de ce processus démocratique. Quel sont les défis pour la communauté internationale, la société civile ainsi que la diaspora congolaise présente en Belgique ?

Sur ce sujet passionnel, les interventions se seront révélées passionnantes, voire passionnées : celles des 3 orateurs invités, modérés par Axelle Fischer, secrétaire générale de Justice et Paix. A Maria Arena, François Polet et Sabine Kakunga avaient été confiées des questions spécifiques à leur champ d’expertise : le rôle attendu ou possible de l’Union européenne, la vision de la société civile des enjeux du contexte actuel, la marge de manœuvre de l’opposition politique et ou encore l’état des revendications populaires.

En son titre de parlementaire européenne, mais aussi d’ancienne observatrice du processus électoral en 2011, Marie Arena a opéré une contextualisation avec la volonté de ne pas focaliser l’attention sur le processus sans prendre en compte les enjeux économiques qui induisent une responsabilité des différents aspects de la situation non seulement sur les acteurs internes mais aussi externes. Avec un discours concret et engagé, Mme Arena a présenté les tenants et les résistances à la résolution sur la traçabilité des minerais à laquelle travaille le parlement européen. Celui-ci travaille aussi à une résolution sur les conditions pour garantir la tenue des élections, en réponse aux tentatives de « glissement » du pouvoir pour se maintenir en place en se basant sur une impossibilité de fait de mener le processus.

Cette stratégie du « glissement » a également été relevée par François Polet qui a, quant à lui, apporté son expertise de doctorant (ULg), chargé d’étude au CETRI, de retour de deux mois au Congo où il a observé et analysé le rôle des acteurs de l’opposition : non seulement une opposition politique déterminée, qui se renforce, mais surtout, une population dont la frustration croissante débouche sur une grande capacité de mobilisation. Selon ses mots, « la rue est devenue un acteur politique » qui, depuis janvier 2015 a montré sa capacité à faire reculer le pouvoir. Face au constat d’un pouvoir qui laisse pourrir les conditions actuelles pour imposer une situation de fait, il a pointé le rôle déterminant que jouera dès lors selon lui le rapport de force dans la rue.

Travaillant au quotidien avec les acteurs de la société civile dans le cadre de sa responsabilité au CNCD 11-11-11, Sabine Kakenga a pour sa part plaidé avec force pour accorder crédit aux capacités de la société civile qui, depuis des décennies, agit sur le terrain et y puise sa détermination. A côté d’une société civile qui se dédie à la cause des paysans, le pays a besoin d’acteurs engagés dans l’analyse politique, militant pour exiger de la classe politique qu’elle se définisse en amont par un projet de société dont elle serait appelée à rendre compte.

L’auditoire n’a pas été en reste et a apporté sa contribution par des interpellations portant sur la nature possible de l’alternative souhaitée, sur la portée réelle de la société civile et l’enjeu de son financement. Face à cela, les orateurs ont insisté sur la nécessité du contrôle des hommes et des femmes politiques ou encore l’indispensable investissement dans l’éducation civique. Trois mots-clés, résilience – cohérence et force, ont servi de « mots de la fin » : fin d’une soirée, mais certes pas dernier mot d’une situation dont l’évolution sera cruciale au cours des mois à venir.
A. Dupont
© photo Justice et Paix
La pétition « Pour une alternance du pouvoir » est disponible en vous adressant à a.dupont@bw.catho.be

 

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