Fête des chorales du Bw - Wavre - 9 novembre 2014

Quelle joie de voir se réaliser ce rêve que je portais depuis longtemps de rassembler animateurs et membres des chorales qui animent et soutiennent la prière des paroisses du Brabant wallon.

D’abord pour vous remercier de ce service si important que vous rendez au Peuple de Dieu. Nous allons le faire non pas de façon académique mais en pratiquant ce que vous aimez : le chant liturgique. Tout à l’heure - en fin de rencontre - dans un climat de prière, je vous enverrai à ce qui est une véritable mission. Je vois dans cet envoi par l’Eglise sa manière de vous dire à travers moi sa reconnaissance pour ce que vous donnez de vous-mêmes afin que nos assemblées puissent exprimer sa foi, sa prière avec cette intensité particulière que donne le chant.
Car le chant amplifie ce qu’il y a derrière les mots de la prière, il amplifie l’élan vers Dieu, il soutient la prière, il stimule aussi la communion entre les participants. C’est pourquoi à propos du chant, on cite avec raison ces mots de St Augustin : « Chanter c’est prier deux fois » ! c’est chanter au carré ! .. Néanmoins il faut lui rendre justice ! En fait, il a dit ceci : ’bien chanter, c’est prier deux fois’ !!! Et donc merci du temps passé aussi en répétition pour ce "bien chanter"....
Mais allons plus profond, à travers cet envoi, c’est plus fondamentalement encore le Christ qui vous envoie : il vous envoie pour que - grâce à vous - son Corps qui est l’Eglise, soit un Corps chantant, tiré vers un plus haut, vers un plus large, vers un plus grand que lui.
L’Evangile de ce dimanche disait que le Christ avait cité cette parole de l’Ecriture : "l’amour de ta maison fera mon tourment" ! Jésus avait "le tourment de la maison de Dieu" ! Nul doute qu’il est passionnément attaché à ce que les maisons de Dieu soient des lieux de prière et de rencontre de Dieu. Il vous redit, à travers cet envoi, son désir d’utiliser vos talents et vos charismes de chanteurs et de musiciens pour permettre aux communautés de nos paroisses de mieux remplir leur vocation et leur mission comme Eglise. Je rappelle ces trois missions de l’Eglise, et donc de toute paroisse : nous sommes mis en Eglise, en communauté pour 1°) annoncer la Bonne Nouvelle et grandir dans la foi 2°) pour célébrer Dieu dans l’action de grâce et la reconnaissance pour ses dons 3°) pour témoigner de son amour et servir l’humanité. Le Christ et l’Eglise ont besoin de vous pour cette deuxième mission qui d’ailleurs nourrit les deux autres : faire des communautés de vrais croyants, car la prière nous rend croyants, elle nous fait grandir dans la foi. La célébration nous envoie en mission. Alors, nos engagements humains ne sont pas simplement de l’ordre de l’éthique, du devoir moral mais une réponse que nous faisons à l’amour dont Dieu nous comble. Une façon de rendre grâce pour grâce.
Vous vous inscrivez dans une longue histoire puisque déjà dans l’Ancien Testament on parle de ces chantres qui étaient présents dans le Temple ; et dont le psaume 67 dit qu’ils menaient le cortège des tribus d’Israël montant vers le temple de Jérusalem à la rencontre de Dieu.
Quelques mots sur la beauté de ce service que vous remplissez en lien avec les 50 ans du Concile Vatican II et du premier texte qu’il a produit : la Constitution sur la liturgie.
Bien sûr cela fait cinquante ans.... Pour certains c’est comme si on remontait à la préhistoire !! Mais on s’aperçoit que relire ces textes a quelque chose de rafraîchissant et mérite qu’on s’y replonge.
Certains en ont encore de vagues souvenirs... la liturgie figée d’avant le Concile était plutôt à bout de souffle (même si un renouveau était déjà en préparation). Les chorales n’étaient pas vraiment là pour aider l’assemblée à participer à l’action liturgique. Les chorales étaient là pour chanter pendant que le prêtre disait sa messe tout bas. Voyez les messes de Mozart (à l’exception des « Messes brèves » !) : les chorales se faisaient écouter, transformant l’assemblée en auditeur. On faisait plus ou moins bien de la musique sacrée mais on ne faisait pas à proprement parler de la musique liturgique : c’est-à-dire qui permet d’entrer dans ce qui se passe…
Le concile a voulu remettre les choses à leur place. On y parle du chant, et donc des chorales en terme de « service ». C’est en quelque sorte un ministère au service de la communauté qui célèbre.
Ce service c’est d’aider l’assemblée à mieux ´participer’ - un mot clé de la Constitution de la liturgie mais un verbe à bien comprendre = « entrer dans ce qui se célèbre ».
C’est votre mission si belle, si grande :
- permettre à l’assemblée de mieux participer au mystère qu’elle célèbre
- la mettre à l’unisson de tout ce parcours, de tout cet itinéraire spirituel que la liturgie nous fait faire à travers le déroulement d’une messe : depuis l’accueil jusqu’à l’envoi.
Le chant et la chorale sont là pour servir la liturgie, pour qu’elle donne du fruit, pour qu’elle opère son œuvre en nous par ces vibrations particulières que le chant et la musique suscitent dans notre corps.
Alors comment rendre ce service ? Comment vivre, nous, comme animateurs et comme membres de chorale, ce service de la liturgie ?
D’abord peut-être en connaissant toujours mieux nous-mêmes et de l’intérieur ce que célèbre la messe !
Mieux habiter le sens de ce "parcours", des rites utilisés, des étapes qui jalonnent ce parcours initiatique - car tout dans la messe a du sens. La messe proposée par le Concile, ce n’est pas une juxtaposition, une succession hétéroclite de rites et de prières : c’est un itinéraire symbolique qui a sa cohérence - avec une progression et une visée (l’envoi à nos vies pour en faire une eucharistie en acte).
Et donc, mieux habiter nos liturgies, mieux connaître la liturgie, cela nous aidera évidemment à être ajusté par nos chants à ce qui se passe dans une messe.
On comprendra vite alors que la question n’est donc pas d’abord de voir "quels chants on va mettre dans la messe" ... Mais de voir "comment chanter la messe" ! Comment entrer et faire entrer par le chant dans ce qui se passe, et de façon ajustée ? Pas toujours si évident !!
 Je ne résiste pas à illustrer ce que j’entends par ce qui ne faut pas faire : "mettre un chant dans la messe" au lieu de chanter la messe... :
Cela se passe quand on se demande : après la première lecture quel chant on va mettre ? ´Ah, j’ai justement un beau Akepsimas, ou un super GPS’ !!! Ca c’est « mettre un chant dans la messe » ! Mais chanter la messe... c’est entrer dans ce que à quoi la messe nous invite à ce moment-là.
Après la première lecture… où en est-on dans cet itinéraire liturgique ? L’ouverture de la messe étant accomplie, on est entré dans la liturgie de la Parole car s’étant préparé le cœur, on donne d’abord la Parole à Dieu : et on commence la première lecture. On donne la Parole à Dieu mais on garde une dynamique dialogale, car à cette première lecture de la Parole de Dieu, l’assemblée va répondre… Mais on reste dans la logique de la liturgie de la Parole. L’assemblée va faire écho à la première lecture en chantant … mais en chantant avec la Parole de Dieu, avec des paroles venant de l’Ecriture. On va puisez ces paroles dans les psaumes. La musique peut-être de Deiss ou de Gélineau ou de Bach… mais c’est l’Ecriture qui nous donne les paroles de cette réponse. C’est bien pourquoi on chante le psaume à l’ambon, au lieu de la Parole. Chanter la messe, chanter en cohérence avec ce que la messe célèbre c’est laisser résonner la Parole de Dieu et dans la lecture et dans le répons !
Servir l’assemblée et servir la liturgie, c’est donc avoir des interventions chantées ajustées à ce que nous invite à vivre la liturgie.
Servir la liturgie, c’est donc pour la chorale accompagner cette marche, cette démarche que l’action liturgique nous fait faire. Elle rythme la marche. Et donc quelques conseils...
Evitons justement de casser le rythme ! N’interrompons pas le déroulement fluide de ce parcours... C’est ce qui se passe quand par exemple le chant d’entrée n’en finit pas ! Tout le monde est en place et donc… l’entrée est finie ; pourquoi continue-t-on alors parfois indéfiniment le chant d’entrée ?? Casser le rythme, c’est quand le chant d’offertoire lui non plus n’en finit pas ! Vous me direz… « mais il est si beau »... Mais ce n’est pas servir l’assemblée - elle devient spectatrice, passive… Elle attend … et attend parfois que la chorale arrête de se trouver si belle dans ce chant où elle se regarde comme dans un miroir…. Idem d’ailleurs avec la sortie où je dois régulièrement attendre dans le fond pour que les gens se sentent enfin libres de rejoindre les célébrants pour les saluer. Le prêtre a dit ´allez’ mais par politesse pour la chorale... on doit rester !
Voilà de petits exemples de ce que veut dire : « Chanter la messe et pas mettre des chants dans la messe ».
Chanter la messe, c’est bien sûr faire prier avec des paroles qui ont du sens et pas des chants à l’eau de rose ou qui n’ont rien à voir avec ce qu’on célèbre... Veillons à cet adage : « Dis-moi ce que tu chantes à la messe et je te dirai ce que tu crois » !
Chanter la messe et servir l’assemblée, c’est aussi « ne pas se la jouer perso », mais faire équipe, ‘jouer la communauté’, jouer en symphonie : se partager les rôles ! Le but, c’est d’abord surtout de faire chanter l’assemblée, de l’inviter à prendre sa place chantante et ne pas prendre sa place. C’est aussi savoir stimuler et soutenir son chant en faisant alterner chorale et assemblée (couplet - refrain) - c’est aussi faire dialoguer assemblée - chorale - soliste - orgue - instruments. Quand tout le monde fait tout… cela devient lassant. C’est moins vivant.
Et puis, servir la liturgie et l’assemblée, c’est laisser aussi chanter le silence... Ne pas surcharger de chants, ne pas tomber dans le trop plein. Comme dit Alexis Jenni : ´c’est le trop plein qui empêche la plénitude´. En liturgie aussi : pas de trop-plein ! Il faut savoir donner voix au silence, laisser l’Esprit respirer, le laisser chanter en nous... sans lui dicter les notes et les paroles…
Mais à certains moments, bien choisis, c’est bon, c’est un service du mystère qui se déroule que de permettre à la chorale de chanter seule, de faire par exemple une belle polyphonie... Et là, cela a sens que l’assemblée écoute, qu’elle se laisse porter : dans des moments où le chant de la chorale permet le recueillement, ou le prolonge, quand elle fait écho au mystère qu’on célèbre. Par exemple, à l’offertoire, après la communion. Et, à mon avis, pas après l’homélie comme je le vois faire parfois ; car alors on ajoute des paroles à des paroles (un instrumental me semble plus ajusté).
Faire participer à ce qui se célèbre, donner voix à la prière, par le chant, le souffle et le corps, permettre à l’assemblée de faire corps... C’est quand même un beau ministère ! Un beau service pastoral !
Mais comme tout service cela demande une certaine profondeur spirituelle toujours à travailler ! Cela demande de grandir dans notre sens de Dieu pour être à son service, pour permettre à sa Parole à Lui de faire son œuvre en nous.
Ce serait dommage de faire chanter l’assemblée… sans faire de notre chant une prière personnelle. Venir chanter pour la communauté c’est déjà bien - et certains disent d’ailleurs qu’ils aiment venir chanter à la messe sans être nécessairement croyant - et je trouve cela très beau. Mais ne ratons pas l’occasion de venir aussi pour chanter devant Dieu et pour Lui. Etre dans une chorale, c’est une façon de prier en chantant, et cela en étant attentif à ce qu’on chante. Aussi je trouve important que le chef de chœur, ou quelqu’un de la chorale qui en a le charisme, introduise au sens d’un chant qu’on va apprendre. Je le dis parce que je connais des chefs de chorale qui le font si bien. Je voyais un grand chef d’orchestre faire répéter une passion de Bach (pas n’importe qui : Herreweghe). Sans cesse il arrêtait les chœurs et l’orchestre : il reprenait le texte par exemple d’un choral et l’expliquait, en faisant entrer dans ce que Bach voulait exprimer et par ces paroles et par la mélodie. Et c’est cela qui faisait trouver aux musiciens la nuance juste, l’expression qu’il désirait. On sent tout de suite si une chorale ou un soliste « exécutent un chant » ou s’ils l’ont intériorisé, s’ils le prient. St Jean Chrysostome disait : « Ne chantons pas des refrains avec routine ! Prenons-les comme des bâtons de pèlerin pour notre route !"
En cela une chorale - c’est normal - c’est aussi un lieu de catéchèse permanente, c’est même un lieu d’évangélisation. Mais il ne suffit pas pour cela de chanter en professionnel ; il faut alors aussi ce petit plus évangélique : un climat fraternel, un climat d’amitié, d’ouverture, d’hospitalité à tous (pourvu qu’on ne chante pas vraiment faux… : il y a bien d’autres services de la communauté qu’on peut remplir). C’est important ce climat d’accueil et d’hospitalité au sein d’une chorale - ce n’est pas toujours le cas ! Cela demande de la part du responsable mais aussi de chacun de travailler à ce climat fraternel pour que "cette joie de chanter demeure" .... Comme dirait Bach !
Et là où il y a de la joie, Dieu n’est pas loin. La joie rayonne, réchauffe ! La joie d’une chorale se communique à une assemblée !
Merci à vous tous pour ce service, ce ministère du chant que vous remplissez. Merci de donner par votre souffle du Souffle à la prière et au chant de nos communautés !

+ Jean-Luc Hudsyn

 

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