Ouverture porte sainte Nivelles - Homélie de Mgr Hudsyn

Ouverture de l’Année Jubilaire - Collégiale de Nivelles et Basilique de Basse-Wavre - Dimanche 13 décembre 2015

Sœurs et frères,

Nous avons ouvert ensemble les portes de cette année jubilaire. Le Pape François nous a demandé de reprendre ainsi une tradition qui remonte à l’an 1300. Depuis lors, toute l’Eglise universelle est régulièrement invitée à vivre durant un an une sorte de temps de retraite, de conversion. A l’image du Peuple d’Israël qui était invité à vivre, tous les 50 ans, « une année de bienfaits » comme nous l’a rappelé Jésus citant Isaïe : une année de remise à niveau spirituelle, morale et sociale.

En lançant cette année, le Pape nous demande d’ouvrir notre cœur à une dimension centrale de notre foi : ouvrir nos cœurs à la grande miséricorde de Dieu. Le mot « miséricorde », à première vue, peut faire un peu difficulté. Sa résonnance avec le mot « misère » peut le rendre suspect : comme s’il s’agissait de se pencher de façon paternaliste ou condescendante sur la misère d’autrui. La culture de notre temps n’apprécie pas vraiment qu’on parle ainsi de nous : le narcissisme ambiant n’aime pas qu’on nous confronte trop à nos limites, à notre propre ‘misère’… Mais le tout, c’est de bien comprendre ce que la Bible veut nous dire à travers ce mot qui vient du latin « misericordia ». C’est un mot qui relie entre eux le mot « miseri » qui désigne la pauvreté, la fragilité, l’homme éprouvé ou blessé - et la racine « corde » qui désigne le cœur ; et dans les texte bibliques en hébreu, plutôt que le cœur, on dira : les entrailles. C’est la manière très fréquente pour nos Ecritures de parler de Dieu : le Dieu de notre foi, c’est un Dieu qui a du cœur. Et il a le cœur qui se serre quand il nous voit dans l’épreuve, mal-heureux. Il est comme une mère qui est prise aux entrailles, qui est viscéralement touchée devant la peine de son enfant ! Parce que c’est son enfant ! Et elle tressaille de tendresse et d’émotion quand il est dans la joie.

Nous voilà offerte une année pour rejoindre ce qui est au cœur de la Bonne Nouvelle : ce visage de Dieu que le Christ est venu nous révéler : un Dieu plein de bonté, un Dieu compatissant, aimant et pardonnant. Nous allons nous en pénétrer en nous imprégnant de tout ce que la Parole de Dieu nous dit sur la miséricorde du Père ; avec toutes les nuances qu’elle déploie autour de ce mot quand elle nous parle de la tendresse de ce Dieu, plein de compassion ; un Dieu qui sait prendre son temps avec nos lenteurs ; un Dieu d’infini pardon.

L’Ecriture nous montre aussi que la miséricorde n’est pas seulement de l’ordre de l’émotion qu’on peut ressentir devant la détresse de l’autre. Avoir un cœur miséricordieux, c’est aussi comme le Christ s’engager dans une démarche de proximité, c’est aller vers l’autre, c’est entrer en dialogue avec lui, c’est prendre soin de lui. Faire œuvre de miséricorde, c’est donc aussi - comme Dieu - se faire solidaire du pauvre, c’est faire alliance avec ceux qui sont victimes de violence et de l’injustice des hommes. C’est aussi traiter la nature avec respect et prendre soin de notre planète. C’est faire œuvre de réconciliation et de pardon. C’est faire le premier pas comme le bon pasteur, comme le bon samaritain, comme le père du fils prodigue. Quel programme !

Quel programme d’abord pour notre propre foi à chacun. Ce n’est pas si sûr que nous croyons toujours que Dieu est plein de tendresse et de pardon. Qu’il nous aime, nous et nos frères, de façon aussi excessive. Ne remonte-t-il jamais en nous l’image d’un Dieu plus sourcilleux que bienveillant ? un Dieu plus jupitérien que chrétien ? Avec qui il faut négocier pour mériter sa bienveillance ? Combien sont en froid avec la religion parce qu’ils croient ou parce qu’on leur a fait croire que Dieu nous enfonce dans la culpabilité et le remord. Nous aurons à regarder le Christ. A le contempler sur la croix : là, il a été condamné, méprisé, rejeté. Mais sur la croix, lui fait le contraire : il ne condamne et ne méprise personne, il prie pour ses ennemis, et il demande à son Père de leur pardonner. Comme dit saint Thomas d’Aquin, sa toute puissance : Dieu l’exerce en faisant miséricorde. Car il n’y a que cette attitude-là qui finalement relève la vie, l’espérance, la confiance. C’est comme cela que Jésus a changé les cœurs : en se faisant proche et en restant aimant et pardonnant même quand la haine et le mal semblent l’emporter.

Cette miséricorde, quel programme aussi pour l’Eglise, pour nos communautés, nos paroisses, alors que leur mission, c’est d’être au milieu de nos quartiers, de nos milieux de vie, de notre société comme les sacrements, les signes parlants et agissants de ce grand amour de notre Dieu qui veut que personne ne se perde, qui veut que personne ne désespère, que personne ne se sente rejeté ou condamné. La miséricorde, bien sûr, est amie de la vérité : elle n’appelle pas vertu ce qui est mal, ce qui fait du mal, ce qui détruit ce qu’il y a d’humain et de divin en nous - ce qui est donc de l’ordre du péché. Mais entre nous et dans notre pastorale, nous aurons aussi à regarder vers Jésus. Si le Christ convertissait, retournait les cœurs en profondeur, c’est parce que faire la vérité c’était d’abord pour lui se faire proche de chacun, c’est parce qu’il écoutait et portait un regard qui n’humiliait pas, qui ne réduisait pas l’autre à son passé, à ses failles. C’est en étant d’abord hospitalier, en allant manger avec les pécheurs, qu’avec miséricorde il ouvrait alors un chemin à la vérité et à la conversion. Voilà ce que nous allons convertir en nous, en paroisse, mais aussi en couple, en famille - entre enfants et parents et grands-parents - dans l’école, dans nos solidarités avec les plus faibles, avec l’étranger… Nous allons vivre comme le disait le prophète Sophonie : en ne laissant pas les mains défaillir, en donnant de la joie à Dieu en nous traitant avec plus de bonté et de bienveillance !
Nous allons écouter Jean-Baptiste. A ceux qui lui demandent : « Que devons-nous faire ? » sa réponse va dans le droit fil d’un vivre ensemble plein de miséricorde : partagez ! Fuyez les injustices et les intrigues ! Refusez la violence.

Une porte, c’est fait pour entrer et sortir ! Nous avons un an pour mieux laisser entrer en nous - et de mille manières - l’insondable miséricorde de Dieu. Nous avons aussi un an pour apprendre ensemble à sortir par cette même porte pour être des témoins joyeux de cette miséricorde du Père.

Saint Paul a bien raison d’insister sur la joie : car quand il y a de la miséricorde, de la tendresse, de la bienveillance, nous le savons bien : la joie n’est jamais loin.

Mettons résolument de cette joie en nous, autour de nous, et dans ce monde en si grande attente de vie et d’espérance : semons cette joie en devenant « miséricordieux comme le Père » !

+ Jean-Luc Hudsyn

 

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