Messe de rentrée du Centre pastoral - 04 octobre 2011

La première lecture nous a parlé de la croix du Christ : c’est le Christ en croix qui à San Damiano appelle à lui Saint François et qui l’envoie reconstruire son Eglise.
Je voudrais partager avec vous une pauvreté et une croix que nous vivons aujourd’hui dans le service de l’Eglise. Et voir comment l’une et l’autre peuvent devenir aussi pour nous et pour l’Eglise source d’élan et de joie, autre thème cher également à S. François d’Assise.
Il y a des pauvretés que l’on ne choisit pas toujours. Et une des pauvretés que notre Eglise doit assumer aujourd’hui dans nos régions, c’est de connaître dans nos paroisses et dans nos communautés une participation qui va diminuant. Cela peut avoir diverses conséquences : repli sur soi, amertume, fuite en avant, découragement. Je le dis un peu partout et je le répéterai encore… Il faut convertir notre façon de vivre cette pauvreté : car en termes évangéliques et au plan spirituel, la question du nombre, la question quantitative n’est en aucune façon pertinente. J’en veux pour preuve cette parole très explicite du Deutéronome : « Si le Seigneur s’est attaché à vous et vous a choisis, ce n’est pas parce que vous êtes le plus nombreux de tous les peuples. Et de fait, vous êtes le moins nombreux d’entre tous les peuples » (Dt 7,7-8). Et c’est à ce petit reste d’Israël, à ce « germe d’Israël », « petit et pauvre » que le Seigneur va confier l’avenir de la révélation de son salut. Dans cette divine logique, on peut donc être peu nombreux et néanmoins être porteur d’avenir. L’histoire de l’Eglise le montre à suffisance : entre autre avec S. François.
Ce passage du Dt commence par ces mots : « le Seigneur s’est attaché à vous ». Ce qu’il faut raviver en nous et autour de nous c’est cette humble conscience que le Seigneur nous a appelés avec amour et que si nous sommes en Eglise, c’est parce qu’il veut oeuvrer aujourd’hui avec nous - peu importe combien nous sommes. « Ma grâce vous suffit ; ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ». Voilà l’espérance et l’assurance que nous devons retrouver : aujourd’hui c’est par cette expérience de pauvreté et d’humilité par laquelle nous passons que le Seigneur veut faire son oeuvre dans cette société telle qu’elle est : sécularisée, post-moderne et tout ce qu’on veut… Autrement dit en ce qui nous concerne, si nous sommes devenus prêtres, diacres, animateurs pastoraux (et évêque…) c’est parce que le Seigneur nous y appelle ; c’est parce qu’il s’est attaché à nous et nous a choisis ; c’est parce qu’aujourd’hui, dans ce monde il veut oeuvrer avec nous, même si nous voilà ‘petits et pauvres’ ; c’est parce qu’il veut continuer à révéler son mystère aux tout-petits par des chemins qui nous dépassent. Et précisément, cette pauvreté, S. Paul la voyait comme une chance pour que ce soit bien la puissance de Dieu qui se manifeste et qu’elle ne soit pas occultée par la fausse toute-puissance du nombre et le jeu du quantitatif. Jésus a commencé avec douze apôtres, François avec deux compagnons… (Nous ne plaignons pas puisque nous
allons vivre l’envoi en animation pastorale de 4 d’entre…). Notre Dieu est celui dont le Fils peut, avec 5 pains et 2 poissons, se révéler à qui Il veut et en particulier aux tout-petits.
Ce n’est pas pour autant que cette mission sera toujours aisée. Il y a une croix à porter qui est souvent douloureuse : c’est que dans cet environnement qui est le nôtre, ce qui nous tient le plus à coeur, cette découverte de la personne du Christ, cette grâce qui nous est donnée de tout vivre avec Dieu et en Lui, ces trésors d’humanité que notre tradition nous donne en partage, nous avons si souvent l’impression que cela rencontre si peu de résonnance. Cela aussi peut engendrer une mise en cause systématique de la modernité, une mise en accusation répétitive de la culture occidentale et de ce qu’elle produit. Et c’est vrai que ce que nous voyons et entendons demande un regard lucide, une approche critique devant cet oubli de Dieu, cette inflation du moi, le cynisme de la finance, une violence sans maîtrise…
Néanmoins, sur la croix, le Christ, confronté au mal, et victime du mal, ne regarde pas moins ce qui essaye de se dire chez le bon larron, le centurion ; il voit Marie et les quelques disciples qui l’ont suivi jusque là ; il s’en remet à la fidélité de son Père.
Même si l’indifférence religieuse et parfois l’agressivité sont pour nous une croix - et c’est normal - cela doit convertir sans cesse notre regard sur le monde qui nous entoure. Ce monde qui change nous oblige non pas à nous taire mais à porter un regard différent et à parler autrement.
Porter un regard de veilleur bienveillant. Nous voilà comme S. Paul plongé dans un monde païen mais qui a l’oeil et ne passe pas à côté de cette stèle aperçue à Athènes : « Au Dieu inconnu » ! De même aujourd’hui, ne ratons pas les signes qui nous disent que ce Dieu inconnu, méconnu est aussi attendu dans bien des coeurs. Il n’y a pas d’époque qui ne soit pas quelque part ouverte à Dieu quand arrivent les choix fondamentaux, le creuset des épreuves, le désir de sens, la soif d’un amour absolu.
Cela doit changer aussi notre façon de parler : parler à partir de notre expérience croyante, de notre intériorisation de la Parole. Cela demande d’aller vers, de dialoguer, d’initier à Dieu, mais aussi d’apprendre aux chrétiens ce que cela change de croire. Ce que la foi dit comme bonne nouvelle dans le rapport à soi, au corps, aux autres, à la vie, à la mort, au monde, à l’environnement, à la dignité de tous. Bref montrer à la fois ce que la suite du Christ apprend sur Dieu et apprend sur l’homme.
Une pauvreté et une croix qui viennent en fait nous mobiliser, nous donner de l’espérance. Ce qui compte dit S. Paul, c’est « la création nouvelle ». Merci, Seigneur, pour cette joie que tu nous donnes de vivre ensemble des temps de création nouvelle.

+ Jean-Luc Hudsyn

 

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