Messe de Noël 2011 - Collégiale de Nivelles

Mais il n’en reste pas moins vrai, que la Nativité, cela se passe à Bethléem dans la nuit. Les lumières de cette fête ne viennent pas comme effacer l’obscurité de cette nuit. Cette fête a été placée le 25 décembre car dans notre hémisphère, c’est maintenant que la lumière commence à revenir, que les jours vont commencer à rallonger, tout doucement, alors même qu’on ne s’en aperçoit pas encore. Jusqu’à la fête de Pâques, placée elle au début du printemps, annonçant la pleine lumière de la résurrection.

Noël, c’est cette petite lumière de Bethléem qui commence à pointer au cœur de la nuit. C’est pour cela que cette fête nous est précieuse. Si nous sommes seuls, égarés dans la nuit, et que nous voyons poindre au loin une lumière, alors nos cœurs s’apaisent : c’est donc que nous ne sommes pas seuls. Il y a là-bas quelqu’un ! Si nous fêtons Noël chaque année, c’est parce qu’elle nous dit tout bas que nous ne sommes pas seuls dans la nuit ! Car nous sommes tous, d’une façon ou d’une autre un peu dans la nuit et nous savons en tout cas que d’autres ont le cœur enténébré.

Il y a les ombres de ce monde où règnent violence et arbitraire. Et nous avons évoqué au début de la messe ces chrétiens de Palestine et de tout le Moyen Orient qui vivent des temps de profonde insécurité.
Avec la crise que nous connaissons, il fait plutôt sombre dans l’avion de l’Europe dont on ne sait plus trop s’il y a vraiment un pilote à bord malgré ses 26 (ou ses 27 ?) co-pilotes !
Il fait nuit sans doute aussi dans un coin de nos cœurs pour ce que des proches ou nous-mêmes connaissons comme épreuve : santé inquiétante, deuil, inquiétudes, solitudes…

Nous avons vu après la fusillade tragique de Liège, que la population n’a pu s’empêcher de venir allumer des bougies sur le lieu du drame. Comme si cette chape obscure de l’absurde ne pouvait pas avoir le dernier mot, comme s’il fallait qu’une flamme reste allumée malgré tout.

Noël, c’est cette lumière divine qui se lève au milieu de nos nuits. C’est Dieu qui vient non pas comme supprimer magiquement les ténèbres que nous pouvons connaître. Faut-il le rappeler, il ne vient pas comme le ‘père noël’ nous distraire de ces temps moroses ! Il vient faire reculer la nuit. Il vient nous dire que s’il est vrai que la nuit et le mal sont là, l’amour, lui, n’a pas dit son dernier mot ! Il vient nous rejoindre là où nous en sommes, que nous soyons berger ou roi mage pour que nous ne perdions pas courage, pour soutenir notre espérance et nous faire tenir dans l’amour. La nuit ne l’emportera pas ! Et un signe lumineux nous est donné ce soir pour nous dire par quels chemins Dieu veut sauver notre humanité. Pour nous dire quels chemins emprunter avec lui pour enfanter la vie.

Pour y voir plus clair, contemplons cette crèche.
Contemplons ce mystère d’un Dieu qui vient à nous :
S’il vient, c’est donc que nous comptons pour lui. C’est donc que nous sommes précieux à ses yeux, comme dit le prophète Isaïe. Il est bon d’entendre ses anges nous inviter à le rejoindre : ils nous disent que nous sommes ces hommes et ces femmes que Dieu aime même quand nous doutons de nous-mêmes, même quand tout n’est pas que clarté et cohérence dans nos vies, même quand nous désespérons de nous-mêmes, des autres et parfois même de Dieu. Quelle lumière pour relancer la vie : nous sommes ce que Dieu dit de nous : nous sommes tous ses enfants bien-aimés.

Contemplons aussi le mystère de cet enfant-Dieu : en lui l’humain et le divin sont unis. Dieu, notre Dieu, n’est donc jamais étranger à ce que nous vivons. C’est dans le quotidien de nos vies et de notre chair qu’Il vient faire sa demeure. Avec lui, nous pouvons engendrer Dieu en ce monde quand au cœur des choses ordinaires de la vie nous mettons de l’amour, du pardon, de la bonté, quand nous mettons de la paix sur la terre ! C’est parce que nous n’y croyons pas assez qu’à ces moments-là - là où on s’aime tout simplement - nous n’entendons pas les anges louer Dieu et continuer à chanter leur « Gloire à Dieu ». Car la gloire de Dieu, c’est l’homme qui aime ! C’est nous, c’est tout homme, quand nous tissons au jour le jour, fidèlement, de la confiance, de la fraternité, même quand il fait nuit. Car nous tissons alors ce qui ne passera jamais, nous enfantons de l’éternité !

Contemplons ce mystère d’un Dieu qui fait les choses à l’envers : un Dieu Très haut, qui se fait le Très bas. Qui vient non pas à Jérusalem l’imposante mais dans une grotte à Bethléem. Un Dieu qui ne vient pas avec puissance mais désarmé, un Dieu qui ne vient pas pour nous éblouir mais comme une lumière dans la nuit pour nous ouvrir un chemin quotidien. Il vient humblement sous les traits d’un enfant qu’on vient voir en se demandant à qui il ressemble. Et bien nous disent les anges : c’est à vous qu’ils ressemblent car telle est notre dignité à tous du plus saint au plus pécheur : nous sommes ceux que Dieu a créés à son image et à sa ressemblance ! Nous sommes de sa race, dit un psaume. Telle est la dignité de tout homme, de toute femme, de tous les enfants nés ou à naître, de tous nos aînés jusqu’à leur mort.

Que cette flamme de ce qui en nous est à la ressemblance de cet enfant-Dieu soit ravivée ce soir : que soient ravivées notre capacité de croire en ce Dieu si humble et si proche, notre capacité d’espérer malgré les nuits et notre capacité d’aimer au quotidien ! Pour la plus grande gloire de Dieu, pour le salut du monde et pour notre joie ! Bon Noël à tous !
+ Jean-Luc Hudsyn

 

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