Messe d’action de grâce pour le Pape François

Vous l’avez entendu comme moi, sœurs et frères, dans la première lecture, Dieu nous dit ces mots… : « Voici que je fais du neuf… Ne le voyez-vous pas ? »… Et qu’avons-nous vu ?

Mercredi soir, sur la façade de S. Pierre, des fenêtres se sont illuminées, le rideau rouge de la Loggia s’est ouvert. Qu’avons-nous vu ? En fait, nous avons vu d’abord la croix portée en procession ! La croix du Christ, « preuve que Dieu nous aime » disait S. Paul. Signe de ce grand amour de Dieu plus fort que toutes les contradictions du monde et de l’Eglise : c’est d’abord cela que nous avons vu, ce signe d’espérance… qui a pris le visage ce soir-là, de cet homme vêtu de blanc, sans atours, qui nous est apparu. Il a pris la parole et tout de suite, nous avons pressenti qu’il y avait du neuf, de la nouveauté dans l’air.

Un pape qui se présente comme l’évêque de la ville de Rome et à ce titre-là chargé de la charité de toute l’Eglise. Et voilà que pour la première fois, le Patriarche de Constantinople, décide de venir à la messe inaugurale d’un pape. Un Pape venu de ce continent qu’on appelle « le nouveau monde » ! Un émigré de la seconde génération. Un évêque, pasteur de terrain, vivant simplement, attentif aux pauvres et à la solidarité ; qui a trouvé normal il n’y a pas si longtemps d’aller loger dans une favelle de Buenos Aires chez un de ses prêtres menacé par les narcotrafiquants. Un pape qui demande d’abord au Peuple de Dieu de le bénir et qui obtient de cette foule en liesse, le recueillement puis le silence… un silence qui dure, un silence rare, un silence qui prie.
Ce soir-là, depuis cette Loggia, un souffle plein de fraîcheur, nous a tous remplis le cœur. Un souffle qui s’est comme engouffré dans la porte que Benoît XVI avait ouverte en décidant de céder sa place.
Dans sa lettre aux Philippiens, S. Paul dit : « cette justice en nous ne vient pas de moi-même ». Ce soir-là, on a senti de façon presque palpable – et pas que nous, chrétiens – on a comme senti passer un souffle qui ne venait pas de nous-mêmes ! C’est sans doute pour cela, qu’on s’est senti si joyeux : c’était comme un souffle prometteur, un souffle d’Esprit-Saint qui nous a envahis, donnant tout son relief à cette parole du Christ : « Et moi, je serai toujours avec vous ».
Bien sûr, il y aura de la résistance, des offensives, qui n’ont d’ailleurs pas tardé à se faire entendre. Mais il y aura sans doute aussi de la résistance en nous : « une Eglise pauvre pour les pauvres »… ce ne sera pas rien de le vivre, y compris pour nous-mêmes !
Ce nom de François choisi par le Pape, ce ne sera pas rien d’en faire notre programme, même si une part de nous-mêmes y aspire. Mais gardons confiance dans ce regard de Jésus dont parle l’Evangile. Ce regard de bonté de Jésus pour cette femme, ces mots qui encouragent, cette attitude faite de douceur, mais aussi de clarté, de fermeté.
La devise épiscopale du Pape François c’est « Miserando atque eligendo ». Elle fait allusion à Jésus devant Matthieu, ce publicain qui extorque le plus de sous qu’il peut : devant lui, Jésus est celui qui est pris de miséricorde (miserando) et en même temps, il est celui qui lui fait confiance et le choisit comme apôtre (eligendo). Il a pitié et il l’appelle ! C’est comme ici avec cette femme : Jésus est touché par elle, il ne veut pas l’humilier, mais en même temps il l’envoie à une autre vie, il la relance vers du neuf.
C’est sans doute ce qu’on peut souhaiter d’un pape : qu’il nous écoute, qu’il nous entende mais aussi qu’il nous pousse au-delà de nous-mêmes. Qu’il nous fasse confiance mais en même temps qu’il nous relance vers des chemins peut-être plus déterminants, plus essentiels, plus évangéliques que ceux où parfois nous trainons les pieds.
‘J’ai préféré tout perdre – nous dit S. Paul - à cause de ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ’. Ce pape l’a déjà dit aux cardinaux : si nous ne mettons pas la personne du Christ au centre, l’Eglise ne sera qu’une ONG pieuse.
Et donc tournons-nous vers le Christ, sans fascination paresseuse non plus pour ce qui se passe là-bas : ne demandons pas au Pape de faire ce que chacun de nous, nous avons à faire. Ne restons pas les yeux rivés sur le Vatican, en nous mettant dans une attitude de spectateurs spéculant sur qui va remplacer qui, attendant que cela change là-bas pour ne pas nous y mettre ici. L’esprit de François d’Assise, l’audace évangélisatrice de Saint Ignace de Loyola, mettons-nous y, ensemble, ici, maintenant et joyeusement !
Une personne m’a fait remarquer que le pape avait parlé du diable… Visiblement ça l’inquiétait ! Ceci dit ce carême a commencé par ce récit où… le diable tente Jésus. Et je dois dire – qu’en écoutant ce pape, j’aime assez bien – si j’ose dire… - sa vision du diable – du diviseur ! Le pape a dit aux cardinaux de ne pas céder à ce que le diable essayait de mettre sur la route de l’Eglise ; c’est-à-dire quoi ? – je cite : le pessimisme, l’amertume, et les mondanités.
Eh bien, aidons nous les uns les autres en Eglise à résister à ces trois tentations mortifères :
Non au pessimisme et Oui à une espérance joyeuse.
Non à l’amertume et au découragement et Oui à un regard de foi qui sait discerner le beau et le bon dans le monde et dans l’Eglise.
Non aux mondanités, à la fascination pour l’inessentiel et le paraître et Oui à ce bonheur promis par le Seigneur aux pauvres de cœur !
Un beau programme de conversion pour monter vers Pâques !

 

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