Le patrimoine religieux a-t-il un avenir ?

Le samedi 29 novembre le CHIREL BW (Comité d’histoire religieuse du Brabant wallon) a tenu son 12ème colloque à Louvain-la-Neuve. La problématique annoncée « Les défis du patrimoine religieux. Héritage encombrant ? Patrimoine d’avenir ? » a attiré un peu moins de cent participants aux auditoires Montesquieu.

Près de vingt orateurs se sont succédé au micro pour livrer leur vision de la problématique d’un patrimoine en grand danger. Impossible de livrer ici l’écho de chaque intervention. Celles-ci se découvriront intégralement dans la revue trimestrielle du CHIREL en 2015 . Pour l’heure, nous proposons en quelques touches de mettre l’accent sur quelques moments de la journée….

Au chevet du Patrimoine

Marie-Astrid Collet, cheville ouvrière de ce colloque anniversaire a brossé l’expérience trentenaire du CHIREL en Brabant Wallon, soulignant la richesse de ses activités grâce à la collaboration des comités locaux qui permettent la mise en valeur de notre patrimoine religieux et l’organisation d’activités culturelles conviviales.
Dans le contexte législatif en matière de tutelle sur les établissements de culte (décret Furlan), Mme Leclercq a prévenu les participants. A partir de janvier 2015, le nouveau décret régional va modifier l’organisation et l’équilibre entre les pouvoir civil et religieux : le pouvoir communal sera fortement accru, tandis que la tutelle de l’évêque deviendra très limitée. Le taux de subsides dévolus aux bâtiments du culte sera diminué, a alerté cette juriste chevronnée de l’évêché de Liège. Comment soutenir ces défis ? il faudra former des gestionnaires, favoriser la prévention et des collaborations avec les services du patrimoine.
La formation c’est aussi l’histoire d’une expérience positive dans le diocèse de Tournai. « Le patrimoine religieux, c’est l’affaire de tous », a plaidé Mme De Becker, qui représentait le service Art, Culture et Foi de son diocèse. Les bénévoles des équipes « Relais patrimoine » remplissent selon leurs dons la mission (inventaires) qu’ils ont reçue de Mgr Harpigny avec un dynamisme efficace.
Art, Culture et Foi est également un (nouveau) service du diocèse de Namur. Le chanoine Huet et Ch. Pacco ont livré un plaidoyer à deux voix pour faire entendre leur volonté de conserver le patrimoine, support de foi et vecteur de la culture chrétienne, dans une perspective d’ouverture et de collaboration avec les provinces, régions ou organismes privés.
Ce n’est pas Laurent Temmerman qui les a contredits, affirmant avec conviction la dimension pastorale et évangélisatrice que constitue l’expression artistique de nos églises. Lieux de culte par excellence, elles sont aussi culturelles. Ce qui leur donne de temps à autre l’occasion d’accueillir en leurs murs une manifestation à caractère culturel, un concert par exemple, une exposition…, permettant la fréquentation de personnes peu coutumières des églises.

Performant et efficace, le CRKC (Centrum voor Religieuze Kunst en Cultuur), fondé en 1997 à l’initiative des cinq diocèses flamands, des associations des religieux, de l’Universté catholique de Leuven (KUL) et des abbayes norbertines, est exemplatif en matière de sauvegarde, de conservation et de valorisation du patrimoine religieux et artistique. Son directeur, J. Klinckaert a montré combien les atouts d’un tel centre peuvent apporter une aide précieuse par l’expertise en gestion, en promotion ou reconversion du patrimoine d’église.
En refermant la page de cette première partie du colloque consacré à l’état des lieux du patrimoine religieux belge, Thomas Coomans a séduit l’assemblée par un discours optimiste sur des réaffectations multifonctionnelles d’églises. Pour ce docteur en histoire de l’art, détruire une église, la désacraliser parce qu’elle est vouée à une autre utilisation, sont des situations mal vécues par la population, provoquant malaise et même traumatisme. Mieux vaut réaffecter un édifice du culte en poursuivant son usage religieux sous une forme différente (réorientation, autre communauté…). Une nouvelle utilisation de l’espace où le religieux et le profane sont combinés dans un espace partagé (ou distinct) semblerait promise à un avenir durable.
A cet égard, la restauration et la réaffectation de la chapelle du Marché à Jodoigne en un lieu de culture polyvalent, où le culte y est célébré une fois par semaine constituent une réussite saluée par Europa Nostra en 2013, qui lui a décerné une mention spéciale du jury du Prix de l’Union européenne pour le patrimoine culturel. (Intervention de Mme A. Mahin)

Inventorier

On aura entendu souvent le mot « inventaire » chez les orateurs. La nécessité d’en établir vient d’un certain nombre de constats tels que diminution de la pratique religieuse, méconnaissance des édifices, délabrement de leur état…le patrimoine religieux est une matière mouvante, a rappelé M. Bertrand, faire un inventaire avant qu’il ne soit trop tard est primordial. Sa mise à jour régulière au sein d’une base de données l’est tout autant.
P.-Y. Kairis de l’Institut Royal du Patrimoine artistique (IRPA) a souligné le rôle indispensable de cet organisme qui possède un inventaire photographique unique au monde. Chaque objet est enregistré avec un numéro comme celui de notre carte d’identité, il est relié à la base de données centrale. L’outil permet de suivre l’évolution du patrimoine, de faire une restauration correcte, c’est aussi (en cas de vol) une aide juridique appréciable.

Mettre en valeur, conscientiser pour l’avenir

Le conservateur du musée provincial des Arts anciens du Namurois (TreMa), J. Toussaint, est convaincu qu’une réflexion en matière d’acquisition, de conservation, d’étude et de diffusion doit être menée. C’est aussi l’avis de M. Lefftz. Pour ce professeur à l’Université de Namur, se former à la gestion et à la conservation préventive du mobilier religieux constitue le passage obligé si l’on veut assurer un avenir à notre patrimoine. La formation organisée à l’Université de Namur avec l’Evêché et l’IRPA (six demi-journées) répond non seulement à cet objectif, mais aussi aux attentes des gestionnaires du patrimoine religieux. Elle rencontre d’ailleurs un franc succès !
Sensibiliser le public par un accueil personnalisé, voilà une bonne pratique pour le président d’Eglises Ouvertes, M. Huynen. Depuis sa création, la Fondation couvre avec 280 membres (nos églises) tout le territoire belge. Infatigable pèlerin, M. Huynen a montré de quelle manière nos églises peuvent être encore plus accueillantes et faire découvrir ainsi les merveilleux trésors qu’elles abritent.

La parole aux participants

Avant d’entendre les conclusions du professeur E. Bousmar, président du CHIREL, et de Mgr Hudsyn, les participants se sont retirés en petits groupes afin d’échanger leurs points de vue sur notre patrimoine : constats alarmants, priorités, espoir… La remontée par les rapporteurs a montré que si les inquiétudes se rejoignent, des solutions convergent dans le même sens : se mettre ensemble, se concerter, former. La formule « Passer du caractère sacré du culte au caractère sacré du patrimoine  » employée par le professeur L.L. Christians, semblait bien synthétiser l’échange.

Mgr Hudsyn a bien senti chez les participants le souci du patrimoine religieux et le caractère décourageant que pouvait susciter cette problématique. Il a voulu les soutenir dans leur investissement et les a assurés combien en tant qu’évêque il était attentif aux questions et défis soulevés. « Comment ne pas laisser dormir le patrimoine dans les sacristies qui raconte la foi des chrétiens d’hier et d’aujourd’hui et dévoiler ces trésors qui nous ont été confiés et pour lesquels nous endossons une responsabilité ?  » Il s’est réjoui de voir que des initiatives allant dans ce sens existent dans les diocèses. L’évêque s’est dit très favorable à un organe comme le CRKC dont il salue les synergies et s’est dit ouvert à s’engager dans cette voie. Mais il a nuancé la sévérité de certains orateurs à l’égard du monde politique et a encouragé l’auditoire à davantage interpeller les politiciens, à les sensibiliser par des initiatives crédibles et performantes.

Bernadette Lennerts



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