Le cardinal Danneels préside les funérailles de la Reine Fabiola

Voici le texte de l'homélie que le Cardinal Danneels a prononcée aux funérailles de la Reine Fabiola ce vendredi 12 décembre 2014 à Bruxelles, en la cathédrale des Saints Michel et Gudule.

Le pèlerinage de la Reine Fabiola, son chemin vers Dieu, a duré quatre-vingt-six ans. Et pour revoir le Roi Baudouin, son époux, elle a dû patienter pendant vingt et un ans.

Fabiola est arrivée à bon port, auprès de Dieu et auprès de son époux. Empruntant les paroles du Cantique des Cantiques, son bien-aimé lui dit : "Lève-toi, mon amie, ma toute belle, et viens… Vois, l’hiver s’en est allé … Sur la terre apparaissent les fleurs, le temps des chansons est venu et la voix de la tourterelle s’entend sur notre terre". Le figuier a formé ses premiers fruits, la vigne fleurie exhale sa bonne odeur". (Cant 2, 10b-13).

Baudouin et Fabiola sont arrivés auprès de Dieu et, comme dans le Cantique des Cantiques, ils se disent mutuellement : "Lève-toi, mon amie, ma gracieuse, et viens…je ne te lâcherai plus".

Venant d’Espagne, Fabiola ne connaissait pas notre pays. Elle était comme Ruth, la jeune fille de la Bible qui, venant de Moab, ce pays lointain, maria un jeune homme d’Israël. Lors de la mort de son époux, sa belle-mère lui dit "Retourne dans ton pays, tu seras trop seule ici". Mais Ruth répondit : "Ne me force pas à t’abandonner". Alors Ruth chanta le plus beau chant de toute la Bible : "Ne me force pas à t’abandonner et à m’éloigner de toi, car où tu iras, j’irai ; où tu t’arrêteras, je m’arrêterai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. Où tu mourras, je mourrai ; et là je serai enterrée". (Ruth 1,15-17).

Fabiola fit de même en disant à Baudouin : "Où tu seras enterré, je veux être enterrée". Fabiola a vécu et est morte chez nous. Notre peuple est devenu son peuple. Elle était une des nôtres et nous sommes devenus les siens. Elle n’avait pas d’enfants mais elle en a accueilli beaucoup en nous accueillant tous. Son coeur battait au rythme de notre coeur ; ce fut un choc pour chacun lorsque son coeur s’arrêta.

Il y a tant à dire de Fabiola. Les media nous en ont offerts de nombreux portraits. On l’a dit mais il est peut-être bon de le rappeler ici : Fabiola fut une croyante, une compagne de route sur le chemin de la foi pour tant et tant de personnes, mais elle était aussi pleine de respect pour ceux et celles qui ne partageaient pas sa foi.

Au premier abord – comme beaucoup de personnalités – Fabiola réunissait en elle des qualités apparemment contradictoires. Elle était sérieuse et plein d’humour ; douce et passionnée ; attachée aux principes et remplie de miséricorde ; simple et élégante.
Tout ceci est le portrait extérieur de Fabiola, c’est ce que nous pouvions voir et entendre. Mais quel est alors son portrait intérieur ?

Intérieurement, il n’y avait que l’amour entre Baudouin et elle ; ce fut leur secret, connu de Dieu seul. Ajoutons peut-être encore un trait.
Fabiola aima tendrement et épaulait son époux dans le respect de sa liberté. Baudouin a dû prendre de grandes décisions ; décisions prises en âme et conscience. Fabiola fut de tout coeur à ses côtés. Mis devant de sérieux défis, elle l’entoura chaleureusement. Mais Baudouin prit seul sa décision. Elle fut l’ange, le compagnon de route, tel l’ange qui chemina avec le jeune Tobie de la Bible.

Le couple royal était ouvert à tous ceux qui souffraient ou étaient dans le besoin. Leurs innombrables gestes de charité, de bonté et de compassion envers tous en témoignent. Qui pourrait compter les nombreux sourires qu’ils nous ont adressés ?
Ce foyer royal fut animé par un amour dépassant l’intimité de leur famille : le pays entier en fut marqué ; ils s’aimaient d’un amour plus fort que la mort.

Quelle était donc la source de cet amour ? Ce ne fut rien d’autre que leur vie de prière, pour ainsi dire jour et nuit. Le langage de ce couple fut le langage de la prière. On ne saura jamais combien ils ont prié pour tout et pour tous. La prière fut comme le battement de coeur de leur vie.

Baudouin mourut inopinément. La foi de Fabiola continua de mûrir comme une grappe de raisins exposée au soleil d’automne. Elle désirait rejoindre son bien-aimé et s’en aller vers Dieu. Pour elle, la distinction entre le monde visible et invisible devenait quasi inexistante. Elle vivait comme si elle avait déjà accès au monde de Dieu et des saints.

Fabiola vivait de cette intime conviction : "Je mourrai, mais je vivrai". Pour elle, la mort n’était pas la fin, mais un passage. Elle disait : "Je vis déjà au ciel ; même mon corps ressuscitera. Je crois dans la résurrection des morts !". Un article bien difficile de notre Credo.

Les Corinthiens déjà le demandèrent à Saint Paul. L’Apôtre écrit : "Comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quelle sorte de corps reviennent-ils ? – Réfléchis donc ! Ce que tu sèmes ne peut reprendre vie sans mourir d’abord ; et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps de la plante qui va pousser, mais c’est une simple graine : du blé, par exemple, ou autre chose. " (1Cor 15,35-38).

La graine n’a pas encore de forme ; c’est Dieu qui donne la forme. C’est Lui qui l’a voulu en donnant à chaque graine sa propre forme.
Le ciel et la Résurrection furent deux réalités évidentes pour Fabiola. Dieu élèvera nos corps mortels vers l’immortel. "Ce qui est semé périssable ressuscite impérissable ; ce qui est semé sans honneur ressuscite dans la gloire ; ce qui est semé faible ressuscite dans la puissance … Ainsi s’accomplira la parole de l’Ecriture : la mort a été engloutie dans la victoire". (1Cor 15,35-37 ; 15,42-43). Saint Paul s’adresse ainsi personnellement à la mort, parfois de façon provocante, parfois d’une manière cynique : "Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort où est ton aiguillon  ?"

Que pourrait dire la Reine Fabiola à chacun de nous aujourd’hui ? Sans doute ceci : "Dis toujours ‘Oui’ à Dieu". Ce sont d’ailleurs les paroles de son image-souvenir. "Dis toujours ‘Oui’ à Dieu et tu seras heureux. Viens et vois comment je suis très heureuse maintenant. Viens. Baudouin et moi nous t’attendons. Viens !". Amen – alléluia !

+ Godfried Cardinal Danneels

 

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