L’initiation : une pédagogie pour la catéchèse aujourd’hui

Depuis une dizaine d’années, on parle volontiers en catéchèse de la « pédagogie d’initiation ». Elle n’est pas à confondre avec l’initiation chrétienne, notamment par les trois sacrements du baptême, confirmation et eucharistie. Que recouvre-t-elle alors précisément ? Comment peut-elle inspirer et renouveler nos pratiques catéchétiques ?

En effet, la pédagogie d’initiation ne décrit pas le processus d’initiation à la foi en lui-même, mais désigne une démarche, une posture en catéchèse. Les évêques français l’ont définie comme "une démarche qui cherche à réunir les conditions favorables pour aider les personnes à se laisser initier par Dieu qui se communique à eux. (…) Une ‟pédagogie d’initiation” regarde donc toujours la personne avec le souhait actif de rendre possible chez elle une ouverture spirituelle. Son fruit est la réalisation en chaque personne de l’acte même de Dieu qui attire à lui." (Texte National pour l’Orientation de la Catéchèse en France, Conférence des évêques de France, 2007, p. 65). La pédagogie d’initiation n’est pas réservée à la catéchèse, mais peut concerner toute proposition pastorale.

Initiation, mot riche de sens

Dans l’Église, ce mot introduit au IVe siècle par les Pères de l’Église, est étroitement lié aux sacrements de l’initiation chrétienne. Parallèlement, dans le langage profane, initiation nous fait penser aux rites de passage, comme dans les tribus où le jeune est initié à la vie adulte au sein de son clan ; ou bien à l’apprentissage comme un entraînement à une technique ; ou encore à l’artisanat où, en faisant avec, on est initié en situation et en temps réels. La pédagogie d’initiation, comme démarche pastorale, s’inspire de ce troisième aspect du mot initiation.

Savoir, savoir-faire et savoir être

Longtemps la catéchèse était empreinte d’une approche scolaire : transmettre un savoir sur Dieu. Cette perspective d’instruction est un des aspects de la catéchèse. Il y a, certes, des savoirs à acquérir, mais il y a aussi des savoir-faire à apprendre et il y a un savoir être. Car en catéchèse on s’initie à être chrétien à travers des expériences vécues avec d’autres. Les savoirs et les savoir-faire de l’enfant prennent chair dans son « savoir être chrétien » qui se forge progressivement au contact des catéchistes, des prêtres et de toute une communauté. C’est ce qu’évoquait le DGC en parlant de « l’initiation chrétienne intégrale qui permet une vie authentique à la suite du Christ. » (Directoire général pour la catéchèse, n° 67). En pédagogie d’initiation, il s’agit donc d’une pédagogie pastorale qui sollicite toutes les dimensions de la personne.

Apprentissage artisanal

Denis Villepelet a proposé un modèle très parlant pour la pédagogie d’initiation : l’apprentissage artisanal qui est « une dynamique globale d’éducation touchant tout l’être dans son corps, dans son cœur, dans son intelligence et dans son rapport aux autres » (D. Villepelet, Les défis de la transmission dans un monde complexe, Desclée de Brouwer, Paris 2009, p. 434). Il s’opère « non par imposition mais par contagion. » Le trait caractéristique de cette initiation c’est l’apprentissage en situation réelle. Pour les enfants en catéchèse, c’est « une expérience à même la vie ecclésiale », particulièrement dans la liturgie. L’articulation entre les trois types de savoir est alors différente : l’instruction au niveau du savoir ne vient pas alors d’office en préalable, mais on met les mots sur ce qu’on expérimente et on apprend les savoir-faire en répétant, en approfondissant, grâce à la structure cyclique des années liturgiques. Comme dans l’artisanat on est progressivement incorporé dans un corps de métier, en catéchèse, on devient membre du corps du Christ dans un processus d’immersion : « en participant à la vie de la communauté ecclésiale, en apprenant à connaître d’autres chrétiens, en vivant et en faisant des expériences avec eux. » (Les sacrements de l’initiation chrétienne pour les enfants et les jeunes aujourd’hui. Orientations pour un renouveau missionnaire, septembre 2013, p. 22-23)

Inspirée par la pédagogie de Dieu

La pédagogie d’initiation veut s’inspirer de la pédagogie même de Dieu que nous découvrons dans la personne de Jésus. Le DGC la résume en quelques points : l’accueil de l’autre, notamment du pauvre, du petit, du pécheur ; l’annonce franche du Royaume de Dieu ; un style d’amour, délicat et fort, qui délivre du mal et soutient la vie ; l’appel pressant à une conduite inspirée par la foi en Dieu, par l’espérance du royaume, et par la charité envers le prochain ; recours à toutes les ressources de la communication entre les personnes (la parole, le silence, la métaphore, l’image, l’exemple), comme cela était le propre des prophètes bibliques. (Directoire général pour la catéchèse, n° 140)

Les principes de la pédagogie d’initiation

Les évêques français ont résumé en sept points les convictions fortes qui sous-tendent la pédagogie d’initiation et les attitudes qui en découlent. Tout d’abord, c’est la liberté des personnes qui en est une condition. Elle présuppose entre autres de « recevoir les demandes dans la foi et de porter un regard fraternel sur les personnes » (Texte National pour l’Orientation de la Catéchèse en France, Conférence des évêques de France, 2007, p. 46). Les évêques belges diront dans leur dernier texte : « il est important que nous puissions être ouverts aux besoins spirituels et religieux de nos contemporains » (Les sacrements de l’initiation chrétienne pour les enfants et les jeunes aujourd’hui. Orientations pour un renouveau missionnaire, septembre 2013, p. 19). Ensuite, la pédagogie d’initiation requiert un cheminement qui implique la proposition d’une démarche structurée en groupe. Celle-ci accompagne une aventure intérieure dans le souhait de « mettre les personnes sur le chemin de la foi chrétienne et les faire grandir dans cette foi » (Ibid., p. 16) . Troisièmement, la pédagogie d’initiation est ancrée dans l’Écriture ce qui signifie « laisser la Parole de Dieu faire son travail et rendre possible le dialogue avec Dieu qui débouche sur la prière chrétienne ». Les évêques belges confirment : « initier à la foi suppose du temps, des rencontres au cours desquelles on écoute des récits de vie et on partage l’Évangile. » (Ibid., p. 22). La pédagogie d’initiation s’appuie aussi sur la médiation d’une tradition vivante qui encourage et stimule la vie de foi par des exemples et qui est transmise aux catéchisés : « expérimenter l’Evangile et l’Eglise est plus important que d’en parler ». (Ibid., p. 23). La pédagogie d’initiation s’inspire du catéchuménat qui prépare et fait déjà participer à la grâce sacramentelle. Don et gratuité en sont les mots d’ordre. La pédagogie d’initiation nécessite une dynamique de choix qui ouvre à la confiance et à une alliance. C’est la tradition biblique qui nous fait entrer dans « la logique de l’appel et de la réponse ». (Ibid., p. 19). Enfin, la pédagogie d’initiation se base sur l’ouverture à la diversité culturelle. Il s’agit de permettre à chacun de trouver son identité grâce à l’usage de différents modes de communication, et notamment de l’art.

Autant d’inspirations et d’orientations clés pour le projet du renouveau de la catéchèse dans notre diocèse aujourd’hui.

Jolanta Mrozowska
Responsable du Service de la catéchèse du Bw

 

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