Jeudi saint 2016 - Basilique Notre-Dame de Basse-Wavre

Homélie de Mgr Hudsyn

Soeurs et frères,
La dernière cène se déroule dans le cadre d’un repas qui commençait de la façon dont nous avons commencé cette messe : les familles juives étaient réunies autour de la table - et elles continuent à faire de même encore aujourd’hui - et le plus jeune interrogeait l’aîné sur le sens de ce repas !
Celui-ci rappelait alors que tout avait commencé un soir dans le pays d’Egypte dominé par Pharaon, un pays où ils étaient maltraités, exploités, opprimés. Nous l’avons entendu : sur l’ordre du Seigneur, les familles s’étaient rassemblées pour le repas de la Pâque - un mot hébreu qui veut dire « passage ». Dans la nuit, ils ont expérimenté ce « passage » que Dieu voulait pour son peuple - et ce qu’il continue de vouloir pour chacun de nous : nous faire passer de la mort à la vie ; passer de ce qui nous retient captifs vers ce qui nous rend libres ; nous faire passer de la nuit à sa lumière. Tout avait donc commencé dans une nuit : l’atmosphère ne devait sans doute pas être si éloignée de celle que nous connaissons hélas ces jours-ci : un climat lourd de violence, d’agression, où on se sent perdus, inquiets devant l’arbitraire du mal qui tue à l’aveugle, qui déchire les corps et les cœurs.
Cette nuit-là, Dieu est venu tirer son peuple de ce chaos : car Dieu ne veut pas de cela. Il n’est pas du côté de la haine, de ce qui engendre la mort, de ce qui détruit l’homme, l’humain, l’humanité…
Bien plus tard, un autre soir, Jésus a rassemblé ses disciples autour du même repas. Pour lui aussi, l’atmosphère était lourde. On l’entend dans les paroles qu’il va leur adresser : il pressentait clairement que le complot qui se tramait contre lui depuis longtemps allait éclater, que le diable s’était emparé du cœur de Judas, et que rien ne lui serait épargné. Pour Jésus aussi ce soir-là régnait - mais en tellement plus intense ! - quelque chose de ce qui habite nos coeurs depuis mardi : une sorte de sidération devant le mal, une angoisse devant la violence, et pour lui, devant la mort qui l’attend.
Alors comment réagit Jésus ? Quel chemin nous propose-t-il ? Et je voudrais vous inviter à contempler cela, à prier cela. Car sa réaction nous dit la réaction de Dieu, nous révèle qui est notre Dieu et le chemin qu’il nous invite à prendre nous aussi, face à l’épreuve du mal. Un chemin - disons-le tout de suite - qui peut nous heurter, comme il a heurté Pierre. C’est un chemin qui peut paraître excessif, insensé même : face au mal et pour vaincre le mal, le Christ a choisi d’aller jusqu’au bout de l’amour : « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout »…
Jésus avait beaucoup parlé de la manière dont réagit le Père face aux contradictions de l’homme : il est comme ce berger qui cherche partout sa brebis perdue et la reprend sur ses épaules ; il est comme ce samaritain qui prend en charge le blessé abandonné ; il est comme ce père qui court au-devant de son enfant prodigue et lui fait la fête. Cette fois, Jésus laisse en testament une parabole en acte. Lui, le Maître et le Seigneur, il dépose son vêtement, met un tablier et prend le rôle laissé aux esclaves : il va laver les pieds de ses disciples.
Il se met à leurs pieds à tous, Judas y compris ; y compris Pierre qui va le trahir. Il ne les regarde pas de haut ; il ne les humilie pas. Il s’abaisse devant eux quitte à ce que Pierre trouve cela indigne car ce n’est pas la conception qu’il a du Christ, ce n’est pas l’idée qu’il se fait de Dieu. Il n’est pas dit que c’est toujours la nôtre… nous croyons parfois aussi qu’entre Dieu et nous, il y a comme un rapport de force où lui s’impose comme devant être le plus fort, et nous qui avons à nous écraser à ses pieds ! Jésus n’est pas comme cela : c’est lui qui se met à nos pieds, à mes pieds, avec la force de sa douceur, et sa miséricorde désarmée et désarmante !
Croyons-nous cela ? Ce soir, il s’incline devant chacun de nous comme il l’a fait devant ses disciples. Parce qu’il les a reçus de son Père ; il s’incline devant notre dignité d’enfants de Dieu. Il s’incline même devant Pierre et Juda, parce qu’il croit que Dieu a déposé en eux aussi son Esprit qui peut les transformer, les convertir. Parce qu’il espère en eux, et en nous : jusqu’au bout Jésus offrira son amitié à Pierre tout comme Judas… même si Judas n’osera pas y croire.
Comment réagir comme Jésus devant le mal ? Comment s’y prendre pour que le mal ne l’emporte pas ? Pour Jésus, la seule façon d’arrêter le mal, d’enrayer la spirale de la violence, la seule façon de convertir les cœurs, de faire passer les cœurs de la mort à la vie, c’est la miséricorde. C’est de faire le choix qui fut le sien : continuer à aimer, continuer à se donner jusqu’au bout, se livrer envers et contre tout ; donner sa vie ; continuer d’offrir l’alliance de son pardon. Même si cela semble un échec, même si cela passe par la mort et le sang versé.

Si nous sommes là ce soir, c’est parce qu’il l’a fait et que la vie l’a emporté ! Mais ce soir, Jésus ne nous dit pas seulement : « Allez-y, faites-le ! » Il nous donne le moyen d’entrer avec lui sur ce chemin. Il nous invite à communier à lui. A nous nourrir de lui. De nous nourrir de tout cet amour qu’il a pour nous ; nous nourrir de son agenouillement devant nous. De boire ses paroles qui nous parlent de toute la confiance qu’il met en nous, de son espérance devant nous. Il nous invite à croire qu’au moment de la consécration, c’est aussi nous, avec nos faiblesses, avec nos fragilités, nos dons, nos engagements, c’est nous qu’il peut consacrer à lui. C’est nous qu’il peut transformer, transfigurer pour que nous devenions avec lui, en lui, corps donné, présence fraternelle de Dieu, serviteurs d’une amitié, d’une alliance nouvelle entre les hommes. La seule qui vainc le mal.

Si c’est de cela qu’il s’agit… alors, oui, Seigneur… lave-nous : et non seulement les pieds mais aussi les mains et le visage !

+ Jean-Luc Hudsyn

 

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