Jeudi-Saint 2013

De même que Dieu demande à son peuple de ne pas oublier ce repas qu’ils ont fait la veille de leur libération d’Egypte, quand ils ont mangé de l’agneau et du pain sans levain, de même après ce repas de Pâques pris avec ses disciples, Jésus leur a dit, ce repas, ce dernier repas avant de passer de ce monde à mon Père, « faites-le en mémoire de moi ».

Et deux millénaires plus tard, ce soir, avec des milliers et des milliers de communautés chrétiennes de par le monde, nous refaisons cela en mémoire de lui. Nous voici réunis autour de ce pain et de ces coupes de vin pour faire mémoire de son corps livré jusqu’au bout, de son sang versé pour nous, de sa vie donnée jusqu’au bout. « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout ! »

Il y a aussi une deuxième chose que le Seigneur nous a demandé de faire en mémoire de lui. Ce soir-là, il s’était abaissé devant chacun de ses disciples, et il leur avait lavé les pieds. Ce beau geste du lavement des pieds, nous allons aussi le refaire ce soir, en mémoire de lui.

Jésus était entré à Jérusalem acclamé par toute la foule des disciples qui criait : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Il est notre Roi ! »

Et voilà que ce Seigneur, que ce roi, quelques jours plus tard, se lève de table, retire son vêtement de fête, prend un linge qu’il se noue à la ceinture et se met à genoux devant chacun de ses disciples. Il fait ce que les esclaves faisaient : il lave les pieds de chacun de ses apôtres.

Pierre n’a pas trouvé cela très supportable. Au fond, c’est bien le signe qu’il avait sans doute très bien compris ce qui était en train de se passer. Il y a comme cela des gestes qu’on comprend très vite, et qui valent mieux que de longs discours. On a vécu cela ces jours-ci avec ce pape qui sait y faire pour nous parler au cœur !

Pierre avait déjà eu de la peine à comprendre ce que Jésus avait essayé de dire par trois fois à ses apôtres : que tout Messie qu’il était, que tout Fils de Dieu qu’il était, il serait rejeté, livré, crucifié. Pour Pierre s’était impensable : si Jésus était le Messie, l’Envoyé de Dieu, il ne pouvait que s’imposer avec force et puissance. Bien sûr, il était d’accord que Jésus vienne prôner l’amour mais quand même pas à ce point-là, pas au point de respecter notre liberté à ce point-là.

Or Jésus est venu pour cela : pour nous dire, à en mourir, que Dieu, que son Père, et que donc lui-même nous aimait tant que jamais il ne nous ferait violence, que jamais il ne viendrait nous imposer son Evangile, que jamais il ne viendrait pour nous contraindre à l’accepter. Un Christ venu pour proposer sans s’imposer, quitte à souffrir de nos refus, quitte à être mis en croix… Chaque eucharistie nous rappelle cet amour fou, cet amour humble, cet amour qui se donne, qui espère, qui fait confiance mais qui ne force pas notre porte, qui vient pour sauver et non pour condamner. Un amour si déconcertant, qu’on a parfois eu de la peine à prêcher cela : un Dieu si infiniment aimant qu’il en est infiniment respectueux de nous. Un amour dont personne n’est exclu, un Dieu qui n’abandonne personne, si pécheur soit-il. Un Dieu qui s’abaisse devant nous pour que nous ne nous rabaissions pas nous-mêmes en nous méprisant. Pour que nous ne rabaissions pas les autres en les humiliant.

Suivre un tel Maître et Seigneur, c’est évidemment consentir à faire comme lui. Ou du moins à l’apprendre. C’est accepter, comme lui, de donner sans nécessairement être payé de retour. C’est aimer malgré les obstacles, les déceptions. C’est servir. C’est donc accepter de souffrir aussi. Pas par exaltation de la souffrance, mais parce qu’aimer sans limite ne vas pas sans souffrance.

Ce chemin d’un amour que rien ne peut arrêter est fascinant, mais il n’est pas toujours facile. C’est pourquoi être chrétien, c’est régulièrement venir faire mémoire de cet amour : pour rester fidèle à l’amour dont nous sommes aimés. C’est ce que nous faisons à chaque eucharistie : faire mémoire de cet amour illimité dont nous sommes aimés chacun, chacune par celui qui nous aime jusqu’au bout de lui-même.

Et à chaque eucharistie, nous venons communier pour nous nourrir de Lui. Pour nous laisser transformer peu à peu par Lui.

Jésus a lavé les pieds de disciples qui n’étaient pas des hommes parfaits. Il leur a lavé les pieds pour que nous osions croire qu’il nous aime avec nos faiblesses, nos limites, nos difficultés d’aimer gratuitement. Il sait nos hésitations devant le fait de recommencer à aimer quand on a été a blessé. Il sait nos résistances certains jours devant sa demande de pardonner à ceux qui nous ont offensés.

C’est sachant tout cela que le Seigneur nous aime, qu’il s’abaisse devant chacun de nous : pour nous laver de nos faiblesses. Et parce qu’il croit que nous pouvons devenir à notre tour son Corps : sa présence, son amitié, son alliance, son pardon là où toute messe nous envoie : à notre vie pour que nous y vivions à la gloire de Dieu et pour le salut et la vie du monde.

+ Jean-Luc Hudsyn

 

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