Définitions et distinctions médicales indispensables à la réflexion éthique sur les fins de vie

Pr. C. Chardot (Professeur Emérite de Cancérologie à l’Université de Nancy - Directeur honoraire du Centre Alexis Vautrin)

Il est déraisonnable d’engager une discussion sur la manière de conduire les soins des personnes en fin vie sans s’être mis d’accord
sur le sens des mots qu’on utilise et sur la définition des situations médicales dans lesquelles se trouvent les malades. Aujourd’hui,
l’euthanasie et le suicide médicalement assisté suscitent bien des discussion à travers le monde.
L’euthanasie doit être définie aujourd’hui comme la mort donnée par un soignant ou par un proche pour soulager une vie déclarée
insupportable par le malade. Il y a donc là l’intention de donner rapidement la mort suivie de l’administration d’une drogue mortelle
par sa nature ou par sa dose.
L’euthanasie peut être réalisée sur demande du malade ou non.
Il est désagréable que l’étymologie du mot laisse entendre que la mort donnée par autrui soit la bonne mais le sens que nous avons
précisé est constamment utilisé de manière non étymologique dans la plupart des milieux, en particulier dans le monde anglo-saxon.
Il faut cesser d’adjoindre des adjectifs au mot « euthanasie » tels que active, passive ou autre car ils créent la confusion entre des actes
de soulagement légitimes et légaux avec la mort donnée délibérément comme moyen de soulagement.
Le terne de suicide médicalement assisté est aujourd’hui de teneur très précise. Il désigne la mort que se donne un malade en prenant
par voie buccale ou intraveineuse une drogue qui lui a été prescrite et mise à sa disposition par un médecin.
La distinction entre ce suicide assisté et l’euthanasie doit être strictement tenue. Dans les deux cas, l’intention de provoquer la mort
est à l’esprit du médecin comme à celui du malade, mais l’exécution relève du médecin dans l’euthanasie et du malade seulement
dans le suicide assisté.
Cette différence est explicite dans la législation de l’état d’Oregon aux Etats-Unis, puisque la dépénalisation n’est prévue que pour le
suicide assisté, tandis qu’en Hollande les deux manières d’interrompre la vie l’ont été.
Il est important de préciser qu’aujourd’hui nulle part ailleurs, sauf en Belgique, l’une ou les deux formes de mort provoquée n’ont été
dépénalisées ; mais des cas exceptionnel sont, au titre des circonstances atténuantes qui ont pu les entourer, fortement ou totalement
exemptés de sanction.
Renoncer à mettre en oeuvre des moyens susceptibles de prolonger une vie très compromise ("with holding" en anglais), n’est pas
une mort donnée.
Il s’agit, généralement sur demande du malade, de ne pas entreprendre certains soins de prolongation qui sont techniquement
possibles. Il arrive aussi qu’une telle décision soit prise en service de réanimation en l’absence de lucidité du malade parce que la
situation médicale ne laisse aucun espoir de retour à la lucidité ou à la guérison
La suspension d’un traitement vital en cours, par exemple une respiration artificielle ("with drowing" en anglais), sur demande du
malade, relève également de ce principe largement admis maintenant qu’un soin médical ne peut jamais être imposé à une personne
ou maintenu contre son gré.
Le renoncement ou la suspension d’un traitement à la demande d’un patient lucide, majeur et clairement informé, libère le médecin de
« l’obligation de moyens ». La plupart des nations dans le monde ont légiféré en ce sens pour éviter des acharnements thérapeutiques
contraires à la volonté du malade et/ ou à une décision bien réfléchie et comprise dans l’intérêt global du malade.
Quand de telles décisions de renoncement ou de suspension de traitement sont prises, il est déplacé de dire qu’il y a une euthanasie
clandestine. Malheureusement on lit ou on entend assez souvent une telle assimilation : c’est une interprétation tendancieuse en faveur
de la mort provoquée.
La sédation terminale : elle est envisagée face à une personne en fin de vie gênée par un essoufflement incoercible ou des douleurs
incontrôlables, ou encore une très grande anxiété. C’est l’administration de sédatif à des doses si élevées qu’elles enlèvent la lucidité
tout en étant nécessaire pour apaiser le malade. Les soignants prennent quelques risques d’écouter la durée de la vie naturellement
finissante, sans l’avoir voulu.
Il est là aussi tout à fait incorrect de qualifier une telle prescription d’euthanasie clandestine.
Il n’est pas facile pour des personnes sans expérience médicale de ces situations, et sans définition précise des mots en cause, de se
rendre compte pleinement de l’importance des précédentes distinctions : c’est le devoir des soignants de les faire connaître à tous ceux
qui sont amenés à en débattre.

 

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