Clôture du Jubilé de la miséricorde - Homélie de Mgr Hudsyn

C'est ce dimanche 13 novembre 2016 en la Collégiale Sainte-Gertrude à Nivelles que le Vicariat du Brabant wallon a clôturé le Jubilé de la Miséricorde.

Vous trouverez ci-dessous le texte de l’homélie prononcée par notre évêque, Mgr Jean-Luc Hudsyn.

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Sœurs et frères, dans ces lectures quelque peu ‘apocalyptiques’ qui nous reviennent chaque année à l’approche de l’Avent, Jésus fait avec nous un constat douloureux : notre vie personnelle mais aussi notre vie collective connaissent des moments difficiles, des bouleversements, des situations parfois violentes, des ébranlements de toutes sortes… Ce jour anniversaire des attentats de Paris nous le rappelle à suffisance :nous connaissons des temps agités avec ce que cela peut susciter en nous comme inquiétude, comme craintes…
Du coup, comme le dit Jésus, ils ne manquent pas « ceux qui parlent de guerres et de désordres », en pratiquant l’art d’agiter les peurs ; qui disent : « c’est moi », c’est moi qui vais mettre de l’ordre là-dedans tout en maniant les simplismes, les caricatures sur celui qui est autre, les approximations sans nuance. Alors, ils nous tentent : tentation du repli sur soi, de la méfiance, de l’agressivité, de la diabolisation de l’autre. Le piège du terrorisme, des terrorismes, c’est justement qu’en nous terrorisant ils risquent de nous faire perdre notre identité. Et en particulier, de nous faire perdre à nous chrétiens notre identité de disciples du Christ : de nous dés-évangéliser en nous faisant basculer du côté de la non-bienveillance, de l’agressivité, de la non-miséricorde…
Or que nous dit Jésus ? Il nous dit : « Prenez garde de vous laisser égarer », ne vous laisser pas terrifier. Et il ajoute : « c’est par votre persévérance que vous garderez votre vie ».
Durant cette année jubilaire, c’est ce que nous avons pu approfondir : cette alternative à la peur, à un monde sans pitié qu’est, pour Jésus, la miséricorde. Cette miséricorde qu’il a manifestée envers et contre tout. Dans laquelle il a persévéré jusque sur la croix. Elle est au cœur de sa Bonne Nouvelle. Elle est ce « soleil » qui apporte « dans son rayonnement la guérison » comme nous l’a dit le prophète Malachie. Et c’est cette attitude de miséricorde dont Jésus rayonnait qui faisait renaître la vie, là où il passait, qui relevait et guérissait… Aussi, pratiquer la miséricorde comme lui, c’est continuer à faire avec lui, œuvre de résurrection. La pratique de la miséricorde, c’est ce qui nous garde en vie - nous, les autres, notre vivre-ensemble. Nous le savons bien : ce qui donne le goût de vivre, et, certains jours, le courage de vivre, c’est d’être accueilli avec bienveillance là où on en est ; c’est cet art de faire confiance et de croire en l’autre dont certains ont le talent ; c’est cette merveille que la foi nous révèle : chacun, nous sommes entourés, environnés par cet amour et ce pardon de Dieu qui dépassent tout ce que nous pouvons imaginer.
Voilà ce qui nous est arrivé cette année : cette découverte - cette redécouverte de ce Dieu tellement plus grand que notre cœur. Je m’émerveille de ce que paroisses et communautés ont mis en œuvre pour approfondir et élargir notre compréhension de cette miséricorde de Dieu comme mystère central de notre foi. La miséricorde est « la carte d’identité de notre Dieu », comme aime à le répéter notre pape ! - L’acteur Roberto Benigni (Vous vous souvenez du film : ‘La vie est belle’ ?) disait il y a peu avec humour à propos de cette année de la miséricorde : ce qui est bien avec ce pape c’est qu’il nous conduit tout droit… vers le christianisme !
Durant cette année, nous nous sommes mis en route, de bien des manières, à pied, à vélo, en bus, en avion. Destination Basse-Wavre, Jodoigne et Nivelles, mais aussi Banneux, Lourdes, Rome, Czestochowa, Tours, Jérusalem, Cracovie… Nous avons retrouvé les vertus du pèlerinage comme chemin vécu ensemble, avec d’autres paroisses, avec ceux avec qui nous vivons une même mission, en mêlant les générations. Le pèlerinage comme symbole de la foi : un chemin, avec ses étapes, avec ce qu’évoquait S. Paul : la peine, la fatigue, les nuits et les jours… Mais avec aussi cette joie, cette espérance, et cette confiance que nous donne le fait de vivre cette route en Eglise, avec d’autres et soutenus par eux. Nous avons eu aussi de belles célébrations, des Dimanche autrement, des journées du pardon, des 24 heures pour Dieu. De belles démarches jubilaires vécues dans les maisons de repos, les hôpitaux, les prisons d’Ittre et de Nivelles. Sans compter les JMJ…
Nous avons eu l’occasion de vivre de bien des manières le partage et la solidarité. Nous avons été provoqués à l’hospitalité. Là où des familles de réfugiés ont été accueillies, nombre d’entre vous m’ont dit combien, en fait, ils avaient beaucoup reçu de ces familles, de leur force d’âme, de la vigueur de leur foi. Comme quoi c’est la rencontre qui rend l’étranger moins étrange.
Pour tout cela, oui, nous allons rendre grâce à Dieu, faire « eucharistie ». Et comme chaque eucharistie est aussi un « envoi », nous allons demander à l’Esprit du Seigneur d’envahir nos cœurs : pour que cette miséricorde continue d’irriguer notre vocation à chacun, notre façon d’être en Eglise, nos missions dans le monde et dans l’Eglise.
Dans les couples, les familles, dans nos relations… jeunes et aînés, parents et enfants, nous n’oublierons pas la tendresse du Christ, son goût pour l’amitié, sa passion pour la rencontre de l’autre.
En lien avec tous ceux et celles qui ont consacré leur vie au Seigneur, portés par leur prière, entrainés par eux, nous nous efforcerons d’être comme des sacrements, des paraboles vivantes du Christ, bon samaritain, bon pasteur, père si prodigue en amour…
Dans nos responsabilités de citoyens, dans les débats sur le vivre ensemble et le souci de notre terre, face à la pauvreté chez nous et au loin, nous n’abandonnerons pas le Christ, lui qui savait nommer le mal, qui luttait contre l’exclusion ; avec lui et en lui, nous chercherons à bâtir « avec persévérance » une « Maison commune » plus solidaire, plus hospitalière à tous, plus fraternelle.
Si nous sommes engagés dans le domaine de la technique de la science, de l’économie, de la politique, de l’enseignement, nous garderons en mémoire que le Christ a toujours mis l’humain au centre.
Face à ceux qui ont mal à la vie, qui sont désemparés, perdus, sans horizon, laissés de côté, ou qui n’en sortent pas avec leurs contradictions ou leur péché, nous ferons comme le Christ, qui se faisait proche, écoutait, dialoguait, tendait la main.
Cela ne sera pas tous les jours facile. Le Christ vient de nous dire que le suivre, l’accompagner ne va pas sans résistance ni opposition - autour de nous, mais aussi en nous. Mais il vient de nous promettre qu’il nous donnera le langage et la sagesse pour relever ce défi. Il nous a mis en Eglise pour nous stimuler les uns les autres, pour nous garder dans la confiance et la joie d’aimer.
Nourris par toute cette année, non, nous n’abandonnerons pas Dieu dans ses œuvres de miséricorde, dans son grand désir de bonté, dans le don du Christ qu’il nous a fait pour faire fleurir le pardon et la réconciliation.
Comme le dit avec feu un texte chrétien du IIème siècle : « Le poste que Dieu nous a fixé est si beau qu’il ne nous est pas permis de le déserter » (Lettre à Diognète).
Amen !

+ Jean-Luc Hudsyn

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