Lulingu, un projet win-win

Le projet de Lulingu c’est d’abord une histoire d’amitié née entre deux paroisses : Sainte-Barbe (RDC) et Saint-Etienne à Braine-l’Alleud. Comme chaque année depuis 5 ans, une petite délégation brainoise s’est rendue en juillet dans cette partie isolée du Kivu. Mia, Pierre et Alain, sont revenus émerveillés de la fraternité partagée avec leurs "paroissiens jumeaux".

A. de Maere, curé de Saint-Etienne revient sur la chronologie du projet

 

Le jumelage est proposé en 2008 par l’évêché de Kasongo à l’occasion de la réouverture de la paroisse de Lulingu, après dix ans de fermeture due aux hostilités dans cette région. L’évêque souhaitait que cette paroisse puisse être épaulée par une autre paroisse. Il ne s’agit pas d’un jumelage de curé à curé, mais de paroisse à paroisse, de communauté à communauté, où les laïcs sont pleinement impliqués.

 

Pour Pierre Dunia, prêtre congolais (Kivu) vicaire à Saint-Etienne, les retombées sont fécondes

 

Ce jumelage entre Saint-Etienne et Sainte Barbe, c’est l’expression de la communion ecclésiale entre ces deux paroisses. Il n’y a pas une partie qui donne et une autre qui reçoit, c’est un réel échange. Ainsi à Pâques le cierge pascal de Saint-Etienne est allumé à Lulingu tandis qu’ici à Braine, en communion avec nos frères et sœurs de là-bas, nous lisons le message qu’ils nous ont écrit. Le premier dimanche du mois à toutes les messes, nous chantons et récitons une prière pour le jumelage à l’intention des paroissiens de Lulingu.

 

Quel fut le rôle de chacun ?

 

 AdM  – Il m’a été demandé d’animer une session pour les responsables d’une communauté de base. Il faut savoir que là-bas, une paroisse a la taille d’une ou deux provinces chez nous. C’est un bel exemple d’ecclésiologie, la paroisse-mère autour de laquelle gravitent une série de communautés de base animées par des laïcs. Ceux-ci sont en charge d’une communauté locale qu’ils réunissent le dimanche en l’absence du prêtre. Ensemble, ils prient, le responsable fait un commentaire de l’Evangile. Quand le prêtre passe, les personnes reçoivent alors les sacrements.

 
Mia 
– L’année dernière on a mis sur pied une organisation de femmes, cette année elles étaient plus de 130. Ensemble, nous avons évalué le travail accompli et les difficultés qu’elles ont vécues : les viols, les traumatismes de la guerre…Elles se sont alors donné pour objectifs, la santé, les changements de comportements, et les savoir-faire qui améliorent le niveau de vie : l’agriculture, le petit bétail, faire du savon et du pain. L’important était de se réunir, d’estimer ce qu’elles pouvaient faire ensemble et renforcer ainsi les liens entre elles.

 

Pierre – Il faut souligner le contexte extrêmement dur dans lequel la population a vécu pendant cinq mois. Les gens n’ont plus été approvisionnés par les avions commerciaux (de Bukavu ou de Goma) à cause de la guerre. Ils ont été déplacés de leur village, n’ont pas fait le suivi de leur champ. Notre venue a été un réconfort, un signe d’espérance, c’est ce que les jeunes m’ont dit lors de la session que j’animais pour eux. Je les ai amenés à réfléchir à la situation de notre pays en guerre depuis une dizaine d’années. Tous en ont conclu que comme "jeunes de Lulingu avec les prêtres nous avons la responsabilité de sortir du gouffre !"


N’avez-vous pas eu peur de partir dans une région réputée dangereuse ?

 

 AdM  - C’est une région très enclavée et coupée du monde, sans internet, sans route, sans réseau téléphonique et pratiquement sans électricité. Chaque fois la question de partir se pose. Ma politique est de faire confiance au curé de Lulingu. Cette année il y avait des rebelles parmi les paroissiens, même s’ils ne faisaient aucun mal, certains membres du groupe ont préféré s’abstenir, ce qui est parfaitement compréhensible. Ceux qui ne sont pas partis étaient de cœur avec nous, pour moi, cela fait partie du jumelage.
Mia, à présent paroissienne de Saint-Etienne, a laissé son cœur là-bas
Je suis partie en 2009 pour la première fois, j’étais non croyante. Je me suis laissé interroger par la foi de cette Eglise malgré tout ce qu’Elle vivait comme difficultés, une foi où on est heureux d’être ensemble pour louer Dieu, heureux de Le recevoir dans nos vies. Moi non croyante, cela m’a interrogée : qui était Dieu pour unir une communauté ? qui était Dieu pour qu’une communauté soit heureuse de le célébrer ? Dieu sans doute m’attendait là-bas… J’ai reçu de tous ces gens, la foi, ça a changé ma vie, c’était le plus beau cadeau qu’ils pouvaient me donner.

 

B.L.

 

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