Appel décisif des catéchumènes

Homélie de Mgr Hudsyn ce 22 février 2015 à Braine-l’Alleud - La première lecture commence en disant : « La parole du Seigneur était rare en ces jours-là ». Je ne sais pas si la parole de Dieu était rare où s’il y avait peu de gens pour l’entendre...

On peut dire la même chose de notre époque où nous sommes entourés de tant d’appels, de tant de sollicitations en tout genre, de tant d’invitations à tenter des expériences de toutes sortes, de tant d’informations tentantes… Et on a l’impression que dans tout ça, Dieu a de la peine encore à se faire entendre. En fait, notre rassemblement de ce jour… et qui se passe dans tous les diocèses du monde, votre présence à vous qui demandez le baptême, cela nous manifeste que bien au contraire : Dieu continue d’appeler, et que son appel des hommes et des femmes d’aujourd’hui continuent de l’entendre. C’est cet appel qui s’est glissé progressivement en vous que nous allons célébrer, renouveler. Et c’est devant nous tous - mais aussi avec nous tous - que vous allez y répondre, de façon décisive à l’entrée de ce carême !
Je note trois choses que cette lecture nous dit sur cet appel de Dieu et qui donne sens à ce que nous allons vivre.
Dans ce récit, Dieu s’adresse à un enfant. Dans les conceptions de ce temps-là, ce n’était pas évident. Dans le monde biblique, l’enfant n’était pas au centre des préoccupations de tous. On n’était pas dans une société de l’enfant-roi. Il suffit de voir comment les apôtres ont traités les enfants qui voulaient s’approcher de Jésus. Jésus a d’ailleurs réagit. Et ici c’est Dieu qui prend la liberté d’appeler non quelqu’un de fort, de puissant, d’hyper compétent. Il s’adresse à un petit, à un être encore malhabile, qui ne sait pas trop comment s’y prendre. Vous qui avez découvert cet appel résonner en vous, et nous qui essayons d’entendre cet appel au quotidien, il y a cette merveille que nous expérimentons, et qu’exprimera si bien la Vierge Marie : « Le Seigneur a fait pour moi des merveilles : il s’est penché sur son humble servante ». Nous savons nos faiblesses, nos lenteurs, nos détours parfois savamment organisés pour retarder notre réponse à la voix du Seigneur… Mais Lui, il ne se lasse pas, il reste à notre recherche, il prend son temps : il connait nos résistances, nos contradictions. Mais il préfère croire en ce qu’il y a de meilleur en nous ; il nous attend et n’arrête pas de dire notre nom tout bas… Oui, malgré nos faiblesses, il nous appelle chacun. Sans mérite de notre part, sans que nous ayons à faire nos preuves, à mériter son amour : quelle paix cela peut donc nous donner ! Quelle joie que de savoir ainsi aimé, appelé gratuitement !
Je voudrais noter aussi que plusieurs d’entre vous, vous avez entendu cet appel du Seigneur… grâce à vos propres enfants. Je me rends compte que c’est de plus en plus fréquent. Leur demande à eux de recevoir le baptême, le chemin de foi qu’ils sont en train de faire… c’est à travers cela que le Seigneur a fait entendre en vous sa voix : et c’est beau de voir que l’Esprit-Saint fait de ces enfants, de ces jeunes des prophètes du Seigneur, des précurseurs qui préparent ses chemins…
Cela nous mène à cet autre enseignement de cette lecture. Pour bien entendre et discerner les appels du Seigneur, nous avons besoin de compagnons de route. Comme ce prêtre Eli qui apprend à Samuel à écouter, à se rendre disponible. Le Seigneur nous appelle chacun personnellement. Mais il nous appelle en même temps avec l’aide des autres. C’est ce que vous expérimentez : ces témoins qui vous ont éveillé à cette voix qui habitait depuis longtemps en vous ; vos accompagnateurs, la communauté qui vous entoure et vous soutient - et que vous serez appelés à soutenir à votre tour. L’Eglise ce n’est pas d’abord une institution. C’est d’abord une famille, des frères et des sœurs et vous faites bien de nous le rappeler : une communauté n’engendre à la foi que si elle soigne cette dimension d’hospitalité, ce climat de fraternité qui émane du Christ.
Il y a un troisième aspect de cette lecture qu’on ne peut oublier. Samuel a pu répondre au Seigneur… que parce qu’il a entendu sa voix. Et comment a-t-il fait pour l’entendre ? … Il était dans le silence de la nuit ; il était dans le temple. Rassurez-vous : la voix du Seigneur ne se fait pas entendre que la nuit, ou que dans des églises… Mais on ne l’entend vraiment que si il y a des moments où on fait silence et si on habite ce temple intérieur, ce sanctuaire en nous, où Dieu a fait sa demeure. Où il nous attire à lui. On n’entend pas le Seigneur sans mettre du recueillement dans sa vie, de l’écoute intérieure : et… cela vous est arrivé, sinon vous ne seriez pas ici. « Parle Seigneur, ton serviteur écoute ». Etre croyant, c’est cultiver cette écoute : l’écoute de Dieu et de sa Parole, l’écoute des autres aussi, l’écoute de la vie, des appels qu’on peut y entendre, l’écoute aussi de ce qui se passe en nous, de ce que le meilleur de nous désire en nous.

Quant à l’Evangile de ce jour, il nous dit que grandir dans la foi, ne se fait pas sans tentation. J’en relève trois à partir de ce récit du Livre de Samuel.

La tentation de désespérer de nous quand nous sommes face à nos faiblesses. Etre tenté de croire que nos faiblesses, et même notre péché peut éloigner le Seigneur… Dieu nous sera toujours fidèle. Il est la fidélité même !

La tentation de vivre sa foi tout seul, sans le soutien des autres ; sans la vie de la communauté ; sans donner un peu de soi à la vie de l’Eglise.

La tentation de laisser les bruits de la vie et du monde nous envahir, sans cultiver cet art de vivre et d’aimer qu’est cette attitude de l’écoute.

Le Seigneur est là avec nous dans ces moments de désert que chacun peut connaître. Ses anges sont à nos côtés comme pour Jésus ; son amour est là à nos côtés pour nourrir et faire grandir notre fidélité et notre joie de croire. Et sans être des anges - enfin pas tous - nous sommes là aussi pour vous soutenir, témoignage !

+ Jean-Luc Hudsyn


Première lecture : L’appel de Samuel - 1 Samuel 3,10
Evangile : Les tentations au désert - Mc 1, 12-15
 

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