A 17 ans, faire une retraite sociale

Bénédicte Simon est rhétoricienne dans une école du Brabant wallon. Dans le cadre du cours de religion, elle avait le choix d’une retraite à caractère spirituel ou dans le domaine social. Elle a choisi de faire du social. N’ayant pas trouvé dans les propositions du programme scolaire une insertion motivante, elle a fait appel à la Pastorale de la santé. Voici son témoignage :

"Étant en rhéto, il nous a été proposé cette année de faire une semaine de retraite durant ce mois de septembre. Nous avions le choix entre du spirituel et du social. N’ayant pas l’habitude d’en faire contrairement au reste, j’ai décidé de faire du social. Mais ce que les professeurs nous proposaient ne me motivait pas vraiment, alors j’ai choisi de faire un projet personnel et de me débrouiller pour l’organiser. C’est comme ça que je suis tombée sur la Pastorale de la Santé et donc sur Marie Lhoest ! Elle m’a aidé à réaliser ce projet et a trouvé trois endroits totalement différents où faire ma retraite. Je dois dire que j’ai eu énormément de chance car je suis tout de suite tombée sur les bonnes personnes. Celles-ci m’ont aidée et soutenue du début à la fin dans mon projet et y ont cru jusqu’au bout. Elles se sont démenées autant que moi pour que je puisse vivre cette merveilleuse semaine. Et sans leur aide, je n’y serais jamais arrivée. C’est la première chose que je retiendrai de cette expérience : des rencontres ! J’ai eu la chance d’apprendre à connaître des gens formidables qui ont un très grand coeur, vraiment ce sont des personnes en or.


Le premier endroit dans lequel je suis allée était un home pour personnes issues d’un milieu assez aisé (le Point du Jour). L’accueil était très chaleureux, je me suis très bien sentie là-bas et c’était très agréable de travailler dans cette atmosphère très joyeuse.
J’ai aussi passé une de mes journées dans une autre maison de repos, mais complètement différente. Les résidents avaient été placés là (la Closière) par le CPAS. J’y ai donc rencontré des gens désespérés, désorientés et pour la plupart déprimés. C’était assez dur de voir ces gens dans la détresse et assez peu encadrés à cause d’un manque de personnel…


Mais l’expérience la plus enrichissante de cette semaine, ce sont les deux jours que j’ai passés au Centre Neurologique William Lennox. Je suis arrivée avec pas mal d’appréhension et de peurs car il avait fallu batailler pour qu’ils m’acceptent. J’avais peur de me sentir de trop ou bien d’être dans le chemin… Mais ce fut totalement le contraire ! Je me sentais tellement utile ! J’ai vraiment vu de tout là-bas : des petits bouts de 3 ans aux personnes âgées. Les problèmes étaient donc très différents et les approches aussi. Il y avait des gens malades ou en revalidation après un accident, etc… Le premier jour je suivais Sophie, l’aumônière. Nous accueillions les enfants d’environ 8 à 12 ans et nous jouillions le texte du jour avec eux. Ensuite, nous essayions d’en discuter. Certains ont bien voulu me partager leur quotidien ainsi que leurs peurs, regrets et donc pourquoi ils étaient là. C’était très touchant de voir des enfants marqués par la vie à un si jeune âge ! Parfois à cause de leur entourage, parfois à cause d’accidents ou de maladies. Derrière chaque nouvel enfant que j’apprenais à connaître se cachait une histoire très souvent terrible. Voir des gens innocents subir de telles choses, c’est vraiment dur… C’est impossible de rester insensible et de ne pas être touché tellement c’est injuste ! Pourtant malgré leurs soucis, ils ont tous le sourire et la joie de vivre. Et par leur attitude, ils vous donnent une énorme claque ! Alors qu’ils sont tous différents, ils arrivent à s’accepter beaucoup plus facilement que nous. Il suffit de voir comment nous nous comportons à l’école : tout le monde se regarde de haut et se prend pour le centre du monde. Ca m’a fait fameusement réfléchir et je me suis rendue compte que, moi aussi, je jugeais parfois les gens… Je pense réellement que même, et surtout, ces enfants ont énormément à nous apprendre et que dans notre société, nous devrions faire attention à eux au lieu de les écarter volontairement de nos vies.


Le deuxième jour, je suivais le professeur de sport. J’étais vraiment confrontée au passé des patients, ce qui n’était pas facile à gérer. C’est dur bien sûr d’être face à des personnes qui avaient, pour certaines, de lourds problèmes. La plupart des adultes et adolescents étaient là pour de la rééducation souvent suite à des accidents. J’ai eu l’occasion d’un peu parler et échanger avec eux. Certains avaient mon âge et, après un accident, s’étaient retrouvés paralysé pendant quelque temps. Mais ce qu’il y a de vraiment beau dans ce travail, c’est de voir tous ces gens progresser et retrouver le sourire. Aussi dur qu’ait pu être leur passé, cela fait plaisir de les voir à nouveau marcher ou parler ! Cela nous montre, même si c’est très dur, qu’on peut se relever. Il y a toujours de l’espoir, et par dessus tout, nous ne sommes jamais seuls dans les épreuves. Mais quand certains ne peuvent pas progresser à cause de leur maladie ou accident, c’est très difficile d’imaginer ce à quoi ressemblera leur futur. Fréquenter ces personnes pendant deux jours m’a vraiment fait prendre conscience du prix inestimable de notre vie, mais aussi de l’immense chance que nous avons d’être comme nous sommes et là où nous sommes. Car d’un jour à l’autre, toute notre vie, ce que nous avons construit pendant des années, mais aussi toutes nos certitudes et tous nos rêves peuvent s’écrouler comme un château de cartes. Tout peut basculer, et l’on ne peut rien y faire, juste y assister, impuissants. Notre vie ne tient réellement qu’à un fil qui menace de céder à chaque seconde, même lorsqu’on ne s’y attend pas et qu’on se croit invincible. Il faut profiter à fond de chaque seconde qui nous est offerte de vivre, de chaque respiration. On croit pourtant que tout nous est toujours acquis : réussite professionnelle, familiale, sociale, etc. Alors que c’est complètement faux !

Ce genre d’expérience secoue très fort et au plus profond de nous, mais nous fait, par dessus tout, réfléchir sincèrement sur nous, la vie que nous menons et celle que nous voulons mener, les choix que l’on a faits, et ceux que nous sommes amenés à faire maintenant, mais aussi dans le futur. Cela amène évidemment des milliers de questions. Certaines auxquelles nous pouvons répondre, et d’autres qui resteront jusqu’au bout désespérément sans réponse…Mais cela apporte énormément d’espoir en l’avenir et en la vie… Et une confiance grandissante en Dieu !"

Bénédicte Simon

 

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