50 ans de Vie Montante

Toute la question est là : « Est- il possible de naître quand on est déjà vieux ? »… Vie Montante est là… pour nous dire « Oui ! ».

Sœurs et frères,

Toute la question est là : « Est- il possible de naître quand on est déjà vieux ? »… Vie Montante est là… pour nous dire « Oui ! ». Oui, il est toujours possible de naître à une nouveauté inattendue. Il n’y a pas d’âge où l’on cesserait de nouer des amitiés, où la vie spirituelle serait en décroissance, où l’on n’aurait plus rien à apporter et à donner au monde qui nous entoure.

Vie Montante ne cesse de montrer – comme le dit si bien le thème de cette journée - que les aînés sont une richesse pour notre société. Si vous êtes ici, c’est parce que, dans ce mouvement qui fête ses 50 ans, vous vous sentez un peu comme Sara et Abraham : ils ne sont plus tout jeunes, mais ils sont encore sur le départ pour découvrir des espaces inattendus ; malgré leur âge, ils demeurent des aventuriers, des pèlerins de la foi ; ce sont des anciens, mais ils continuent à engendrer autour d’eux de la vie, de l’espérance et de la joie.

Ils allaient comme des nomades, d’oasis en oasis. Vos réunions mensuelles sont comme ces puits autour desquels vous vous réunissez pour puiser amitié pour vous soutenir mutuellement, confiance et élan pour passer les épreuves, appui pour partager et ressourcer votre foi. Garder « une vie montante »…

Dans la Bible, il y a des psaumes chantés par les pèlerins en route vers Jérusalem : on les appelle les « Psaumes des Montées ». Vie Montante, je le crois, je le vois, est là pour faire de votre vie une montée, et aussi pour faire de votre vie comme un psaume !

Nous allons rendre grâce pour tous les membres de Vie montante – ceux d’hier et d’aujourd’hui – qui vous ont permis de faire de votre vie une « montée », en vous tirant vers le haut, en permettant de faire de votre âge – et du mien ! -, encore et toujours un âge de croissance, un âge d’engendrement, de re-naissance…

Nous allons rendre grâce pour ce mouvement qui permet de faire aussi de votre vie comme un « psaume » pour le Seigneur – qui vous garde en lien avec Lui et en marche vers Lui.

Et les psaumes – comme le psaume 71 que nous avons chanté - il y en a de toutes les sortes : des psaumes de joie, des psaumes de louange mais aussi des appels lancés dans la nuit, des cris de souffrance. Les psaumes sont réalistes : ils savent ce que sont nos vies. Et qu’avec l’âge peut surgir le doute ; et parfois le découragement devant nos faiblesses croissantes ; la peur face au vieillissement ; la détresse face au vide qu’engendre le veuvage ou la perte d’êtres chers ; il y a aussi la tentation de s’enfermer dans la plainte ou la tristesse… ou la tentation, avouons-le, de se faire le centre quelque peu tyrannique de l’univers…

C’est justement pour cela que nous avons besoin de nous retrouver avec d’autres, de retrouver autour de la margelle de ces puits d’eau vive que sont vos rencontres. Là – les uns grâce aux autres et enracinés dans le Christ - vous pouvez expérimenter ce que Sara et Abraham ont reconnu avec gratitude : que « Dieu est fidèle à ses promesses » et que nous, les aînés, nous pouvons être à notre façon « une richesse pour notre société ».

Et cela, je le vois de trois façons.

□ Avec l’âge, nous le savons, et parfois nous le craignons, le rythme de la vie se ralentit – et c’est peut-être justement une tentation que de le refuser, que de vouloir rester hyper actif en multipliant les occupations comme pour se donner l’impression qu’on existe !
Ne ratons pas cette chance d’avoir un peu plus de temps pour un retour à l’intériorité , pour avoir une attention plus grande à ce qui est de l’ordre de la gratuité : l’attention aux autres, le temps de l’écoute pour nos proches. Mais aussi le temps d’ouvrir davantage la Parole de Dieu, le temps de prier. Vivre de temps à autre l’eucharistie en semaine…
Ne ratons pas cette chance de retrouver la saveur des choses essentielles. C’est une richesse : pour nous, mais aussi pour ceux qui nous entourent. Nous pouvons montrer, entre autre aux plus jeunes, que la vie ne se résume pas à avoir une activité incessante. Que vivre c’est aussi savoir savourer, contempler.
Que l’essentiel est aussi dans les choses simples de la vie, que le tout de la vie n’est pas dans l’intensité du faire, ni dans la fièvre d’un agenda overbooké. Le monde a bien besoin d’hommes et de femmes qui prennent le temps de partager une présence, qui écoutent, qui apaisent, qui font de la rencontre de l’autre une œuvre d’art ! Qui rappellent à ce monde si volontiers extraverti que nous sommes des êtres habités, que Quelqu’un nous attend en nous, « que le ciel est en nous » (Silesius).

□ Et donc, continuons nous-mêmes à mieux habiter notre foi puisque, chrétiens, on ne cesse de le devenir (Tertullien).
De cette façon, nous pourrons contribuer à ce nouvel élan d’évangélisation auquel l’Eglise nous invite . L’avenir de la foi nous est à nous aussi confié.
On voit mieux aujourd’hui – comme on ne cesse de le répéter en catéchèse – combien l’intergénérationnel est une richesse pour la transmission de la foi..
Les grands-parents peuvent être de vrais messagers de l’Evangile. Et par des choses simples. Pas en faisant la morale, encore moins en faisant des reproches. Mais en vivant notre foi, en partageant la joie qu’elle nous donne, en proposant, en invitant à poser des gestes de foi. On ne transmet pas la foi, mais on peut transmettre quelque chose de sa foi.

Je voyais récemment à une rencontre de familles, une petite fille de 4/5 ans se détacher soudain du groupe d’enfants qui jouait dehors et venir près d’une statue de la Vierge dans le parc. Je la voyais par la fenêtre et je me suis aperçue que, plantée devant la Vierge, elle s’est mise à lui parler. Puis en deux cabrioles, elle est revenue sautillante vers son groupe. J’ai trouvé cela très touchant et je me suis permis de le dire à sa maman qui s’est écriée : « Ah ! mais ça, c’est sa grand-mère ! ». Quand elle va chez elle, et qu’il fait beau, sa grand-mère l’emmène cueillir quelques fleurs puis elles vont les porter à une potale qui se trouve dans le fond du jardin ; là, elles prient ensemble un moment ».

Un geste tout simple, un acte d’initiation…que cette petite a refait toute seule ! C’est cela la contagion de la foi. Cela ne dépend pas de nous mais que cela ne se fait pas non plus sans nous.
□ Avoir le souci de transmettre la foi, c’est servir le Christ mais c’est aussi servir la société, c’est servir l’humain, c’est servir le vivre ensemble . Mais nous pouvons ô combien aussi être une richesse pour la société en nous engageant chacun à notre manière, chacun avec notre expérience, dans l’associatif, dans les réseaux sociaux ou politiques, dans le bénévolat, en donnant une part de notre temps dans le souci des plus démunis. En sachant aussi – et vous êtes nombreux à y être engagés - que prendre soin de la famille, c’est prendre soin de ce premier chaînon de la société, sa cellule-mère si malmenée parfois.

Rendons grâce pour cette mission que le Seigneur confie aux aînés :
□ contribuer à un monde plus intériorisé,
□ contribuer à une Eglise qui annonce le Christ aux générations à venir ;
□ contribuer à une société plus solidaire, plus fraternelle !

S’y lancer c’est renaître soi-même et c’est contribuer avec le Christ à faire renaître ce monde qui – « même quand on est vieux » – nous est confié.

+ Jean-Luc Hudsyn

 

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