150 ans de la construction de l’église de Tilly - 20 mai 2012

Nous venons d’entendre un passage de la prière que Jésus a prononcé devant ses disciples le soir de la dernière cène. Il disait - et il nous redit cet après-midi : « Père très saint, garde mes disciples dans la fidélité à mon Nom »

Et dans la première lecture, le jour de la consécration du temple de Jérusalem, Salomon fait lui aussi une prière où il dit : « Veille, Seigneur, sur ce temple dont tu as dit : ‘C’est ici que sera mon Nom’ ».

Le Christ nous invite à rester fidèles à son Nom. Et Salomon nous dit que ce temple qu’il a construit est là pour que le Nom du Seigneur puisse habiter sur la terre, au milieu de nous.

Comment comprendre cette insistance par deux fois sur le Nom, le Nom du Seigneur ?

Dans la Bible, le nom c’est très important. Et d’ailleurs pour nous aussi ! Etre appelé par son nom a toujours quelque chose de réconfortant : c’est le signe que je compte pour quelqu’un. Je suis sûr que vous n’aimez pas trop qu’on écrive mal votre nom car le nom c’est un peu ‘moi’, dans mon originalité, dans mon identité. Et je veux être respecté !

Dans la Bible, on insiste sur le fait que notre Dieu a un nom. Ce n’est pas une vague divinité, une sorte d’énergie abstraite, c’est Quelqu’un ! Quelqu’un de mystérieux, il a d’ailleurs un nom un peu étrange : « Je Suis » mais il a un nom parce qu’il est un être qui est en relation avec nous : Il m’aime et m’appelle par mon nom. Je peux lui dire « Tu » : être chrétien c’est vivre sa vie en amitié avec Quelqu’un, c’est tout vivre en relation avec ce Dieu que le Christ appelle son Père et notre Père. C’est ce que le Christ demande dans sa prière : que notre lien à Dieu soit si fort que nous soyons un, comme lui ne fait qu’un avec Dieu son Père.

Et nous pouvons déjà comprendre pourquoi Salomon a construit un temple de pierres : c’est pour que le peuple de Dieu n’oublie pas que ce Dieu que les cieux et les hauteurs des cieux ne peuvent contenir, comme il dit - ce Dieu si grand, s’est fait aussi le Dieu si proche. Le Très Haut, s’est fait aussi le Très Bas pour demeurer au milieu de nous. Si nous voulons le trouver et le rejoindre, comme nous disaient les anges du jour de l’Ascension, il ne faut pas le chercher en restant les yeux rivés au ciel… il est là au milieu de nous. C’est bien pourquoi le Christ dit qu’il ne vient pas pour nous retirer du monde mais pour nous y envoyer : pour que nous soyons signe de cette présence, et de son amour qui à la fois nous entoure et qui est là cachée dans le cœur de chacun.

C’est ce que nous fêterons dimanche prochain, à la Pentecôte : cette flamme sacrée de l’amour et de la bonté de Dieu qui habite au cœur de l’homme. On peut l’étouffer, on peut l’ignorer, on peut la mettre sous le boisseau, mais nous croyons qu’elle demeure en chacun. En chacun, il y a cette braise de bonté qui dort parfois sous la cendre mais qui ne demande qu’à se réveiller, à réchauffer, à rayonner. Nelson Mandela qui au temps de l’apartheid a passé 28 ans de sa vie en prison, a dit qu’il avait toujours gardé l’espoir parce qu’il n’avait jamais cessé de croire en cette flamme de bonté cachée dans le cœur de chacun.

Dans la Bible, le nom qu’on donne à quelqu’un dit qu’elle est sa mission, quel est sa vocation. C’est pourquoi, par ex., Jésus change le nom de Simon et l’appelle « Pierre », car c’est sur lui qu’il veut bâtir son Eglise. S. Jean nous a dit que s’il faut résumer l’identité de Dieu alors il faut dire : « Dieu est Amour ». L’amour - tel que Jésus concevait l’amour et en vivait - l’amour est le nom qu’on peut donner à Dieu. Salomon dit que le temple de Jérusalem est là pour nous rappeler que le Nom du Seigneur habite au milieu de nous. Et nous, chrétiens, nous pouvons dire que nos églises sont là pour que nous n’oubliions pas que l’amour de Dieu habite au milieu de nous.

Une église est là au milieu d’un village pour nous rappeler, en ce monde si pressé, qu’à force de sacrifier l’essentiel pour ce qu’on estime urgent… on court un risque : celui de finir par oublier l’urgence de l’essentiel. Même des non-croyants peuvent être sensibles à ce signe. Comme dit une romancière française : « Dans notre univers parfois si desséché, si profane, les clochers des églises sont les dernières flèches en direction de l’autre monde, les derniers appels du divin. Et aussi de l’humain.
Ces flèches nous disent : Levez les yeux de vos écritures et de vos calculs. Soyez humains ! Soyez divins ! » (Laurence Cossé).

C’est ce que font aussi ces voutes qui nous tirent vers le haut, qui nous dilatent. Ce lieu nous dit tout bas que l’homme dépasse l’homme comme disait Pascal. Que nous sommes faits pour plus grands que nous. Il y a ici devant cet ancien et si beau baptistère qui nous rappelle notre baptême. Qui nous rappelle que vivre dans le Christ c’est passer sans cesse avec lui de la mort à la vie, c’est croire que dans nos creux, dans le pire des abaissements le dernier mot n’est pas dit, qu’une renaissance est possible.

Il y a cette nef rythmée par les vitraux, et celui de l’entrée : cet assemblage savant du verre et de la couleur qui ne se mettent à vivre qu’éclairés par une lumière qui vient d’ailleurs, une lumière qui vient d’au-delà de nous : ils nous invitent à voir la réalité à la lumière de Dieu. Elle prend alors d’autres couleurs !

Dans l’aventure de notre vie et de notre foi, une église nous dit aussi que nous ne sommes pas seuls. Les colonnes qui jalonnent la nef représentent les apôtres sur qui repose notre foi (même s’il n’y en a ici que 8+2 demis !). Il y a les statues des saints qui nous ont précédés et qui nous tirent en avant : ils nous disent : « courage », nous sommes avec vous. S. Martin et S. Eloi, Ste Barbe, S. Antoine, S. Rita, S. Thérèse… toute une délégation de l’Eglise du ciel est là avec nous pour nous rendre plus humains et plus divins. Et il y a dans le fond Marie, mère des affligés, soucieuses des petits, des faibles, de ceux qui sont dans la peine et que le Christ appelait « ses frères ». Marie nous les confie aussi à nous pour que nous soyons nous aussi plus fraternels, plus aimants.

Les églises contribuent à sauver Dieu de l’oubli. A sauver de l’indifférence les trésors de notre foi. Pour cela il ne suffit pas d’entretenir, même avec amour, ces pierres, ces murs et ces vitraux. Pour sauver Dieu de l’oubli ou de l’indifférence, il faut des hommes, des femmes, des enfants, des aînés qui annoncent Dieu chacun à leur manière. Il nous faut pratiquer Dieu, mettre son amour en pratique, il faut en témoigner « en vérité », comme dit l’Evangile de ce jour. C’est pour nourrir et relancer cela en nous, que nous sommes invités à être fidèles à ce petit temple de Dieu au milieu des maisons qu’est une paroisse. C’est pour cela que nous sommes invités à nous réunir en ses murs, pour nous laisser pénétrés par la Parole de Dieu, pour célébrer ensemble l’eucharistie, pour venir célébrer ici le sens d’une naissance, d’un mariage, de la mort, du pardon…

En 150 ans, tant et tant de chrétiens sont venus en cette église, et depuis des siècles dans l’église S. Martin qui la précédait. Comme eux, habitons ce lieu par notre foi et notre prière. Pour que cette église nous permette de devenir réellement plus humains, plus divins ! Des pierres vivantes à l’image de ce Dieu dont le nom est « Amour ».

+ Jean-Luc Hudsyn

 

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